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Analyse sur le rapprochement entre la Turquie et l’Iran



Publié par Gilles Munier sur 13 Octobre 2017, 10:43am

Catégories : #Turquie, #Irak, #Kurdistan, #Syrie
Les présidents Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani

Les présidents Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani

Par Cemil Dogac Ipek (revue de presse : TRT en français – 13/10/17)*

L’Iran et la Turquie sont deux puissances régionales qui partagent une frontière de 560 kilomètres qui n’a pas changé depuis près de 4 siècles. Outre l’ambassade de la Turquie à Téhéran, la Turquie a un consulat général à Tabriz, Ourmia et Mashhad. L’Iran a de son côté comme représentation en Turquie, l’ambassade d’Iran à Ankara et les consulats généraux d’Istanbul, d’Erzurum et de Trabzon. La Turquie vise à développer ses relations avec l’Iran, sur les principes de respect, de bon voisinage et de ne pas se mêler des affaires internes entre eux. Les deux pays font des efforts en vue de développer et faire avancer le dialogue politique et les relations bilatérales via les visites réciproques de hauts rangs réalisées en particulier ces derniers temps.

L’un des résultats du référendum illégal d’indépendance tenu il y a quelques jours en Irak du nord, a été le rapprochement entre les deux pays. Ce rapprochement, est également évalué par certains comme une nouvelle formation d’alliance au Moyen-Orient. Actuellement, il est encore tôt pour qualifier ce rapprochement d’alliance. Toutefois, si le rapprochement entre les deux pays va vers une alliance, ce ne sera pas une surprise.

Depuis de longues années, la Turquie et l’Iran sont en concurrence dans une large géographie allant de l’Asie du sud-est au Caucase, de l’Asie centrale au Moyen Orient. La concurrence n’a jamais disparue. Mais, nous savons que les deux Etats sont en coopération dans les traités où la sécurité est primordiale telles que le traité de Sa’dabad et le pacte de Bagdad, et les organisations centrées sur l’économie et le commerces telles que le RCD, le D-8 et ECO.

Dans ce contexte, la visite du président de la République turque Recep Tayyip Erdogan il y a quelques jours en Iran a tourné l’attention du Moyen-Orient vers les relations turco-iraniennes. Nous pouvons affirmer que la dimension sécuritaire est très en avant plan dans les relations turco-iraniennes ces derniers temps en raison de la visite du chef d’état-major turc Hulusi Akar en Iran à la veille de celle du président Erdogan, et de la visite du chef d’état-major iranien Mohammed Bakri en Turquie au mois d’aout.

Le cours des évènements actuel qui va vers une division de l’Irak et de la Syrie, rapproche Ankara et Téhéran. L’approche commune adoptée au terme du référendum illégale réalisé au nord de l’Irak, font hausser les commentaires selon lesquels ce rapprochement pourrait atteindre une dimension supérieure. Dans ce contexte, la visite du président de la République turque Erdogan à Téhéran la 4e réunion du haut conseil de coopération, paraît importante aux yeux de l’opinion publique. Un grand nombre d’accords allant du tourisme au secteur bancaire, de la coopération économique au sujet du gaz naturel, ont été signés lors de cette visite du président Erdogan. Par ailleurs, le volume commercial de 30 milliards de dollars et l’usage des monnaies nationales, ont été les sujets prééminents. De plus, des négociations à savoir quel genre de politique sera suivi contre la décision de référendum de l’administration régionale kurde d’Irak du nord et comment seront dirigées les régions de désescalade en Syrie, ont eu lieu. Cette situation montre que les deux pays sont en quête de coopération étroite dans les domaines de la défense et des renseignements.

Ankara et Téhéran sont déterminés à faire renoncer Barzani à son erreur, en soutenant les mesures prises par Bagdad contre Arbil. Les déclarations et décisions annoncées par Erdogan lors de ses entretiens avec les leaders iraniens à Téhéran, montre cela. Par exemple, l’approche commune adoptée par les leaders iraniens au sujet de la déclaration d’Erdogan, selon laquelle Israël et les Etats-Unis sont derrière cette initiative entreprise par Barzani, est appréciable. Une autre décision prise lors des entretiens de Téhéran, est l’alourdissement des sanctions contre l’administration de Barzani. Ces nouvelles sévères sanctions sont pour le moment inconnues. La Turquie est en particulier restée prudente et devrait maintenir cette approche.

Les organisations terroristes telles que le PKK/PYD soutenu et utilisé comme outils par certains pays occidentaux dans leurs politiques moyen-orientales, ont obtenu certains acquis en Irak et en Syrie. Ces acquis poussent la Turquie et l’Iran à mettre de côté leurs différences de vues sur ces sujets, et à coopérer dans le domaine de la sécurité. A ce niveau, il faut que les alliés de la Turquie qui ferment les yeux sur les intérêts vitaux de la Turquie dans la région, commencent à comprendre que cela pousse Ankara à coopérer avec Moscou et Téhéran. Car ce qu’il se passe, est une question d’existence pour la Turquie. Les alliés de la Turquie doivent comprendre cette situation et faire ce que nécessite l’alliance. Dans le cas contraire, il sera inéluctable que la Turquie se rapproche de l’Iran et de la Russie.

La Turquie et l’Iran sont actuellement conscients de la menace qui les vise dans la région. C’est pourquoi, leur rapprochement va continuer. Les craintes communes sur la sécurité accélèrent ce rapprochement. La lutte de supériorité en Syrie et en Irak entre les deux pays, a causé le renforcement de l’organisation terroriste PKK qui menace l’intégrité territoriale des deux pays. C’est peut-être pour cette raison que la coopération est désormais devenue une obligation. Alors, est ce que la Turquie et l’Iran pourront mettre de côté leur concurrence historique et se diriger vers une alliance étroite ? Les développements qui auront lieu dans la région dans la période à suivre, nous le montreront.
Cemil Dogac Ipek, docteur en Relations internationales à l’Université Ataturk

*Source : TRT

About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.