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Après le retrait américain de Syrie, les groupes pro-Israël dans l’impasse


France-Irak Actualité : actualités sur l’Irak, le Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak, au Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne, enquêtes et informations exclusives.

Publié par Gilles Munier sur 25 Décembre 2018, 08:49am

Catégories : #Israel, #aipac, #trump, #syrie, #erdogan

Par Eric Cortellessa (revue de presse : The Times of Israël -23/12/18)*

WASHINGTON — La décision du président américain Donald Trump de retirer ses troupes de Syrie a créé une sérieuse tension politique avec Israël. Cela pourrait potentiellement compliquer ses relations avec la communauté pro-Israël pour la première fois depuis son entrée en fonction.

Le départ de quelque 2000 soldats de Syrie va certainement compliquer la lutte d’Israël contre l’Iran qui veut s’implanter militairement et étendre son influence dans le pays déchiré par la guerre.

A l’instar du gouvernement israélien, qui cherche à préserver ses liens forts avec l’administration Trump même si Jérusalem se sentirait « trahi », la communauté pro-Israël aux Etats-Unis doit également trouver un équilibre entre soutenir Trump et soutenir Israël.

« Je pense que la relation entre l’adminsitration Trump et la plupart des groupes pro-Israël a été compliquée par cette décision », a déclaré Alan Dershowitz, ancien professeur de droit à Harvard et défenseur d’Israël, au Times of Israël.

Les principaux groupes politiques pro-Israël ont largement évité de se confronter avec la Maison Blanche sous Donald Trump et leurs positions politiques sur l’Iran et Israël se trouvaient généralement en accord avec l’administration.

Jeudi pourtant, un communiqué succinct publié par le Comité des affaires publiques américano-israéliennes (AIPAC) semblait laisser entendre un désaccord avec la décision de la Maison blanche sur la Syrie.

« Il est impératif d’empêcher l’Iran et le Hezbollah de profiter de cette décision pour déstabiliser plus encore la région et de menacer nos alliés », a déclaré le puissant lobby.

« L’administration devrait travailler avec nos alliés régionaux et prendre des mesures pour contrer l’agression croissance de l’Iran et son allié terroriste du Hezbollah. Il ne faut pas permettre à l’Iran d’avoir une présence militaire permanente en Syrie. Cela irait à l’encontre des intérêts américains et cela menacerait la paix et la sécurité de la région ».

Le Comité juif américain a exprimé une critique encore plus directe du retrait.

« Nous appelons le président Trump à reconsidérer le retrait de toutes les troupes américaines de Syrie, a tweeté l’organisation. Ils ont réalisé un service héroïque mais leur boulot n’est pas fini. Les seuls gagnants seront la Russie et l’Iran – et un Etat islamique renaissant. Pourquoi devrions-nous leur céder le terrain ? Gardons le cap ! »

Beaucoup des groupes qui ont soutenu jusqu’à présent les politiques de Trump sur Israël et l’Iran – StandWithUs (Soyez avec nous), le Conseil israélo-américain et la Coalition républicaine juive – n’ont pas commenté publiquement la décision du retrait américain de Syrie.

Au cours des dernières années, Israël a répété, à de nombreuses reprises, que l’Iran cherchait à établir une présence militaire en Syrie. Le régime iranien a combattu aux côtés de la Russie et de son allié libanais du Hezbollah au nom du président syrien Bachar Assad.

Pour Israël, le retrait américain laisse l’État juif sans un allié stable dans la lutte contre l’implantation de l’Iran en Syrie. Cela ouvre potentiellement la porte à Téhéran pour créer ce que l’on a appelé le « pont terrestre » établi depuis l’Iran, à travers l’Iraq et la Syrie, vers le Liban et la mer Méditerranée.

Alors que la majorité des troupes américaines a été postée dans le nord-est de la Syrie, soutenant ainsi les combattants kurdes, un petit contingent de soldats américains a maintenu une présence le long de la frontière irakienne à al-Tanf, bloquant ainsi les efforts iraniens à transférer des armes et des technologies.

D’un point de vue diplomatique, le retrait est globalement perçu comme un abandon du champ bataille à la Russie, qui a été moins enthousiaste sur les demandes israéliennes d’empêcher l’Iran de s’implanter militairement dans le pays.

Les soldats américains se retrouvent pour un briefing pendant un exercice conjoint de patrouille à Manbij, en Syrie, le 7 novembre 2018 (Crédit : Armée américaine by Spc. Zoe Garbarino via AP)

Même s’il a été surpris par le retrait prévu, le gouvernement israélien a soigneusement évité de critiquer Trump publiquement. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est contenté de déclarer qu’il avait été informé de la décision en promettant de redoubler ses efforts pour empêcher l’Iran et ses milices alliées de s’enraciner dans le pays.

En privé pourtant, certains officiels israéliens ont critiqué la décision. Un diplomate officiel anonyme a qualifié la décision de « coup » contre Israël dans un média en hébreu. Vendredi, le New York Times a expliqué que des officiels des services de renseignement israéliens « se sentaient trahis par le retrait américain ».

Tout au long de son premier mandat, Trump a eu des relations extrêmement chaleureuses avec Israël – et une relation complexe avec les Juifs américains et la communauté pro-Israël.

Le président américain Donald Trump (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se réunissent à l’Assemblée générale des Nations Unies le 26 septembre 2018 au siège de l’ONU (Crédit : AP/Evan Vucci).

Alors que des groupes juifs ont critiqué l’incapacité du président à condamner sans équivoque les émeutiers suprémacistes blancs de Charlottesvile et ses soutiens antisémites, beaucoup d’entre eux ont salué ses décisions de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem et son retrait de l’accord sur le nucléaire iranien.

Trump et ses soutiens ont qualifié la décision sur la Syrie d’une mise en pratique d’une partie de sa politique isolationniste d’America First (l’Amérique en premier). Dans le passé, Israël a habituellement fait figure d’exception : tandis que Trump s’est plaint de l’aide militaire attribuée à de nombreux pays, il s’est vanté des milliards qu’Israël reçoit chaque année.

Maintenant qu’il a clairement affirmé vouloir s’assurer que l’Amérique ne serait pas utilisée comme le gendarme du monde, Israël va peut-être se trouver dans la même situation que tout le monde.

Et cela inquiète même certains de ses proches soutiens.

Dershowitz, qui a défendu Trump tout au long de son mandat, a déclaré que la décision du président l’avait « vraiment embarrassée ».

« Je pense que cela crée un vide qui sera rempli par l’Iran et la Russie, a-t-il déclaré samedi. C’est quelque chose de très préoccupant. Obama a aussi créé un vide quand il n’a pas fait ce qu’il avait promis après l’utilisation d’armes chimiques. Cela a laissé une porte ouverte aux Russes. J’espérais que cette erreur ne se reproduirait pas ».

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

*Source : The Times of Israël

About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.