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La Turquie, maître du jeu au centre de toutes les alliances en Syrie


France-Irak Actualité : actualités sur l’Irak, le Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak, au Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne, enquêtes et informations exclusives.

Publié par Gilles Munier sur 6 Janvier 2019,

Catégories : #turquie, #erdogan, #syrie, #kurdistan

Il est évident que quelle que soit la nature des alliances qui se forment en Syrie, s’il y a un pays qu’aucun autre acteur ne pourra éviter dans la détermination de ses stratégies, c’est bien la Turquie.

Analyse de Öznur Küçüker Sirene (revue de presse : TRT – 2/1/19)*

Tout paraissait clair au début : soucieux de se concentrer sur l’immigration illégale dans son pays que les enjeux au Moyen-Orient tout en réduisant des dépenses militaires qu’il juge excessives dans la région, Trump avait décidé d’externaliser le combat contre Daech en le confiant à la Turquie.

« Le président Erdo?an de Turquie m’a très fermement informé qu’il éradiquerait ce qui reste de Daech en Syrie », a écrit le président américain sur son compte Twitter, soulignant que grâce à sa position géographique, la Turquie est la mieux placée pour ce faire.

Cependant ni les alliés occidentaux de Trump ni même certains de ses plus proches conseillers n’étaient aussi enthousiastes que le président américain face à ce revirement de situation en Syrie : le secrétaire à la Défense Jim Mattis a annoncé qu’il quittait son poste, tout comme Brett McGurk, l’émissaire des Etats-Unis pour la lutte contre Daech.

Ces démissions ont été suivies de développements régionaux inattendus en donnant naissance à de nouvelles alliances au grand dam de Trump.

La France engagée à maintenir sa présence militaire en Syrie

Principal partenaire des États-Unis au Moyen-Orient, la France a été l’un des premiers pays à protester contre la décision de Trump. « Un allié se doit d’être fiable », a déclaré le président français Emmanuel Macron, affirmant que la France restera engagée dans la coalition anti-Daech en dépit du retrait annoncé des troupes américaines de Syrie.

La Turquie a cependant averti qu’il n’était « pas bénéfique » pour la France de maintenir une présence militaire en Syrie pour « protéger » les YPG, la branche syrienne de l’organisation terroriste PKK.

Si la France semble soucieuse de protéger les YPG pour éviter « la résurgence de Daech », elle est sans doute aussi motivée par des intérêts économiques que la lutte contre le terrorisme. Rappelons que dans la région de Deir ez-Zor, les YPG tirent encore profit des ressources pétrolières des zones qu’elles contrôlent. N’oublions pas non plus que la France fait partie des cinq plus gros exportateurs d’armes au monde !

Les forces d’Assad à Manbij : « une opération psychologique » selon Erdo?an

Autre développement inattendu : se sentant trahis par les Etats-Unis et dans le but de se protéger des offensives turques, les terroristes des YPG / PKK auraient laissé le contrôle d’un bourg de Manbij, ville clé du nord de la Syrie, aux forces du régime d’Assad pour gagner leur protection. C’est ainsi la première fois en six ans que le régime de Damas serait retourné dans cette région.

Face à cette information faisant état de l’entrée des troupes du régime syrien à Manbij, Erdo?an s’est dit perplexe, estimant que le régime mène « une opération psychologique ».

La Russie et l’Iran : deux alliés du régime d’Assad pourtant proches de la Turquie

Deux alliés du régime d’Assad contrairement à la Turquie, la Russie et l’Iran ont bien évidemment accueilli positivement le retrait des troupes américaines de Syrie.

« La présence de forces américaines dans la région était, dès le départ, une erreur, illogique, et source de tension », a déclaré le porte-parole de la diplomatie iranienne, Bahram Ghassemi.

Quant à la Russie, grande rivale des Etats-Unis, la situation est certainement plus compliquée pour elle : si elle reste un allié principal du régime d’Assad, elle ne pourrait certainement pas sacrifier son partenaire turc dans cette alliance. C’est ainsi que la Russie et la Turquie n’ont pas tardé à décider de « coordonner » leurs actions sur le terrain avec « pour but d’éradiquer la menace terroriste en Syrie », après l’annonce du retrait des troupes américaines.

Maintenant reste à savoir quelle sera la position de Moscou vis-à-vis de l’opération d’Ankara pour en finir avec les YPG qui se sont rapprochées du régime syrien ou s’il cherchera plutôt un compromis entre le régime syrien et son partenaire turc.

Israël : l’éventualité d’une guerre d’envergure en Syrie

Alors que de nouvelles alliances se forment en Syrie, le pays qui s’est le plus isolé dans la région après la décision surprise des Etats-Unis est sans aucun doute Israël. Désormais seul face à la présence iranienne, « Israël peut même se préparer à une guerre de grande envergure en Syrie » selon certains analystes.

Les propos du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou cité par le quotidien Nezavissimaïa gazeta sont de nature à confirmer cette hypothèse : « Nous continuerons d’agir en Syrie afin d’y empêcher le renforcement militaire de l’Iran, qui est orienté contre nous. Nous n’avons pas l’intention de réduire ces efforts, et envisageons même de les intensifier».

Trump temporise sur le retrait des troupes de Syrie face aux alliances de ses rivaux

Après tous ces développements régionaux, Trump qui avait annoncé « un retrait rapide de Syrie » a récemment revu sa stratégie en indiquant que le rapatriement des troupes américaines se ferait finalement « lentement ».

Le président américain a effectivement changé d’avis après avoir compris qu’un retrait précipité de Syrie comme prévu au départ laisserait la voie libre aux alliés d’Assad en Syrie, dont notamment la Russie et l’Iran, bête noire de l’administration Trump.

« Nous allons ralentir les choses d’une manière intelligente », a ainsi déclaré le sénateur républicain Lindsey Graham, qui considère le retrait des forces américaines comme « une erreur ».

La Turquie : le maître du jeu au centre de toutes les alliances en Syrie

Enfin, il est évident que quelle que soit la nature des alliances qui se forment en Syrie, s’il y a un pays qu’aucun autre acteur ne pourra éviter dans la détermination de ses stratégies, c’est bien la Turquie.

Alors que le président Erdo?an a déjà annoncé une nouvelle offensive militaire à l’Est de l’Euphrate, chacun des acteurs régionaux et internationaux devra placer ses pions après consultation et négociation avec la Turquie, dans le respect de ses préoccupations en termes de sécurité et d’intégrité territoriale.

S’il existe encore des zones d’ombres sur la redistribution des cartes en Syrie entre les différents camps qui se créent progressivement en 2019, la prochaine visite de Trump en Turquie à l’invitation du président Erdo?an nous permettra certainement d’y voir plus clair.

*Source : TRT en français

About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.