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L’Oncle Sam face à la Russie en Syrie orientale – Le scénario du cauchemar


ARRÊT SUR INFO

Par Mike Whitney — 24 septembre 2017

L’effondrement imminent de l’Etat Islamique (ISIS), a provoqué une compétition pour gagner du terrain dans la partie orientale pétrolière de la Syrie, qui oppose les forces soutenues par les les États-Unis à la coalition syrienne menée par la Russie, l’Iran et le Hezbollah. C’est le scénario de cauchemar que tout le monde voulait éviter. Les armées de Washington et de Moscou convergent maintenant sur la même zone, tout en augmentant considérablement la probabilité d’une conflagration entre les deux superpuissances nucléaires. La seule manière de l’éviter serait qu’une des parties recule, ce qui semble de plus en plus improbables.

Cette situation peut être facilement expliquée. La vaste étendue de territoire capturée par l’ISIS diminue constamment en raison de la persévérance obstinée de l’Armée Arabe Syrienne (AAS) qui a libéré la plupart des campagnes à l’Ouest de la rivière Euphrate, y compris l’ancien bastion de l’ISIS à Deir Ezzor, une garnison critique au centre des combats. L’ISIS subit également une pression depuis le Nord, où les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) soutenues par les États-Unis, bombardent leur capitale Raqqa tout en déployant des troupes et des chars vers le Sud dans les champs de pétrole de la province de Deir Ezzor.

Washington a précisé qu’il voulait que son armée par procuration [composée de combattants arabes et kurdes, ndlr] contrôle la zone à l’Est de l’Euphrate, établissant une partition douce entre l’Est et l’Ouest. Les États-Unis veulent également contrôler les vastes ressources pétrolières de Deir Ezzor afin d’assurer un flux continu de revenus pour l’Etat kurde émergeant.

Le Président syrien Bashar al-Assad a déclaré maintes fois qu’il n’accepterait jamais le partage du pays. Mais la décision ne sera pas prise par Assad seul. Ses partenaires de la coalition – Moscou, Beyrouth et Téhéran – contribueront également à façonner le règlement final. En ce qui concerne Poutine, il semble extrêmement improbable qu’il risquerait une guerre prolongée et sanglante avec les États-Unis simplement pour reprendre chaque pouce carré du territoire syrien. Le président russe permettra probablement aux États-Unis de garder ses bases dans le Nord-Est à condition que des zones cruciales soient concédées au régime. Mais où sera la ligne de séparation, telle est la question ?

Les États-Unis veulent contrôler la zone à l’est de l’Euphrate, comprenant les champs pétrolifères lucratifs. C’est pourquoi ils ont déployé des troupes des FDS vers le Sud, bien qu’elles soient encore nécessaires à Raqqa. Au début de cette semaine il semblait que l’armée syrienne avait un avantage sur les Forces Démocratiques Syriennes alors que ses troupes et ses véhicules blindés traversaient l’Euphrate en direction de l’Est vers les champs de pétrole. Mais les rapports qui ont été publiés jeudi dernier indiquent que les Forces Démocratiques Syriennes les ont battus d’un seul coup. Ceci vient du Front Sud :

« Jeudi, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) soutenues par les États-Unis, se sont emparées des champs pétroliers de Tabiyeh et d’al-Isba dans la campagne au Nord-Ouest de Deir Ezzor, selon des sources pro-Kurdes. Si ces rapports sont confirmés, les FDS contrôleront plus de la moitié des réserves du pétrole de la Syrie. De plus, cela signifie que les FDS ont bloqué la voie – du moins en partie – aux troupes de l’Armée arabe syrienne sur la rive est de la rivière Euphrate ». (« Les Forces Démocratiques Syriennes s’emparent de champs pétroliers stratégiques à Deir Ezzor », front Sud).

C’est un revers majeur pour la coalition russe. Cela signifie que l’Armée Arabe Syrienne soutenue par l’Armée de l’Air russe devra se battre contre un groupe qui, jusqu’à présent, était un allié dans la guerre contre ISIS. Maintenant, il est clair que les FDS, principalement des Kurdes, ne sont pas des alliés, mais un ennemi qui veut piller les ressources de la Syrie et l’affaiblir sur son flanc Est.

La nouvelle de l’arrivée des FDS sur les champs de pétrole, est venue quelques heures seulement après que le porte-parole du Ministère de la Défense russe, le Major-Général Igor Konashenkov, ait adressé un sévère avertissement aux États-Unis et au FDS en indiquant que la Russie réagirait si les positions de l’Armée syrienne étaient à nouveau attaquées. Citation:

« La Russie a averti les commandants des forces américaines aériennes stationnées à Al Udeid Airbase (Qatar), qu’il ne sera toléré aucun bombardement provenant des zones où les FDS sont stationnées. Les tirs provenant des positions contrôlées par les FDS seront contrés par tous les moyens nécessaires. »

Rétrospectivement, il semble que les FDS aient déjà décidé une escalade avec le gouvernement. Washington utilise les FDS pour s’emparer des champs de pétrole et contrôler tout le côté Est de l’Euphrate. Il ne fait aucun doute que ces unités de combat des FDS sont accompagnées par des Forces Spéciales Américaines qui assurent les communications, un soutien logistique et tactique. Cette opération porte la signature de Washington.

Le vendredi matin, les troupes de l’Armée gouvernementales dirigées par le 5ème Corps d’Assaut contre l’ISIS, ont pris le contrôle total du village de Khusham, sur la rive Est de la rivière Euphrate, près de la ville de Deir Ezzor. Le village occupe un lieu stratégique qui bloque une route reliant la zone contrôlée par les FDS aux champs pétroliers d’Omar.

Voulez-vous la photo ? Les forces soutenues par les États-Unis et les membres de la coalition russe opèrent maintenant sur le même théâtre essayant de s’emparer des mêmes morceaux de territoires riches en pétrole. Cela a toutes les caractéristiques d’une collision frontale majeure.

Poutine est un homme prudent et raisonnable, mais il ne livrera pas les champs de pétrole de la Syrie sans se battre. En outre, Assad a besoin des recettes pétrolières pour financer la reconstruction de son pays décimé. Tout aussi important : il a besoin du territoire à l’Est de Deir Ezzor pour établir une route terrestre reliant Beyrouth à Damas, Bagdad et Téhéran, appelée l’autoroute arabe. Le travail de Poutine consiste à récupérer la plus grande partie du territoire syrien pour que l’Etat soit viable. Donc, bien qu’il permette aux FDS et aux militaires américains d’occuper des parties du Nord-Est, il ne va pas abandonner des ressources cruciales ou un territoire stratégiquement situé.

Alors, qu’est-ce que tout cela veut dire ? Cela signifie-t-il que la Russie soutiendra les tentatives d’Assad de libérer les champs de pétrole, même si cela pourrait déclencher une guerre plus ample avec les États-Unis ?

Oui, c’est exactement ce que cela signifie.

Poutine ne veut pas une bagarre avec l’oncle Sam, mais il ne va pas abandonner un allié non plus. Donc, il y aura une confrontation car aucune des parties ne veut renoncer à ce qu’elle estime nécessaire pour réussir.

Telle est la situation. Alors que l’impasse commence à prendre forme dans l’Est de la Syrie, les deux superpuissances rivales se préparent au pire. De toute évidence, nous avons atteint le moment le plus dangereux dans ces six longues années de guerre.

Par Mike Whitney | 22 Septembre 2017

Article original : Counterpunch

Traduit par Jean-Louis Scarsi pour Arrêt sur info

Source: http://arretsurinfo.ch/loncle-sam-face-a-la-russie-en-syrie-orientale-le-scenario-du-cauchemar/

About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.