Aller à…
RSS Feed

Pourquoi Trump ne peut pas retirer les troupes américaines de Syrie (pour l’instant en tout cas) Le président américain semble avoir entendu ses conseillers et reculé, temporairement au moins.


The Huffington Post
INTERNATIONAL
04/04/2018

Le HuffPost avec AFP

Getty Images

INTERNATIONAL – Malgré son impatience, Donald Trump semble avoir renoncé à un départ imminent des troupes américaines de Syrie. Les États-Unis ont effectivement annoncé ce mercredi 4 avril le début de la fin de leur mission antijihadistes dans le pays, mais le président américain donne l’air d’avoir pour l’instant cédé aux pressions de ses conseillers et de ses alliés, ne fixant pas de calendrier de retrait rapide de ses soldats.

« La mission militaire visant à éradiquer » le groupe État islamique « touche à sa fin », a déclaré la Maison Blanche. L’organisation jihadiste est « presque complètement détruite » mais les États-Unis et leurs partenaires restent déterminés « à éliminer la petite présence de l’EI en Syrie qui (…) n’a pas encore été éradiquée », a-t-elle ajouté, sans jamais évoquer un éventuel départ des GI’s dans son communiqué. De la lutte antijihadistes aux autres enjeux régionaux, plusieurs raisons plaident pour une présence prolongée.

Mission accomplie?

Le président américain a justifié ces derniers jours son envie de retrait rapide par la victoire militaire contre le groupe État islamique. Et comme la présence de quelque 2.000 soldats américains a officiellement pour seul objectif la guerre contre les jihadistes, l’équation semblait simple: « il est temps de rentrer à la maison ». Mais ses alliés occidentaux, ainsi que ses propres conseillers militaires et diplomatiques, sont montés au créneau.

« Notre mission n’est pas accomplie et nous allons l’accomplir », a assuré Brett McGurk, l’envoyé spécial américain auprès de la coalition internationale antijihadistes. L’EI n’est pas encore complètement vaincu, renchérissait-on à Paris. Au contraire, « on voit des retours de combattants », et si la coalition n’y prend garde, il existe un vrai « risque » de voir le groupe jihadiste « regagner du terrain », prévenait récemment un diplomate européen. Donald Trump a donc dû s’engager à rester jusqu’à la « défaite totale de l’EI ».

Une issue politique en vue?

Rex Tillerson, alors secrétaire d’État avant son limogeage, avait défendu en janvier le maintien d’une « présence militaire et diplomatique en Syrie ». Il avait aussi fait le lien avec la nécessité d’aboutir au départ du président Bachar al-Assad, même si cela ne fait pas partie des objectifs officiels et alors que la base juridique de l’engagement militaire des États-Unis fait l’objet d’un débat au Congrès américain.

« Un retrait total du personnel américain à ce stade aiderait Assad à continuer de brutaliser son propre peuple », avait-il justifié, estimant qu’un « départ » du président syrien, dans le cadre du processus de paix sous l’égide de l’ONU, « créera les conditions pour une paix durable ».

Or ce processus est au point mort. En attendant qu’il se débloque, l’administration américaine souligne la nécessité de stabiliser les zones « libérées » de l’EI par la coalition. « Il y a un rôle à jouer pour les militaires dans cette phase de stabilisation », a estimé le général Joe Votel, qui supervise les forces américaines engagées en Syrie, semblant contester toute velléité de départ rapide.

Un boulevard pour l’Iran?

Rex Tillerson avait aussi prévenu qu’un « désengagement américain » fournirait à l’Iran, soutien de Damas, « une occasion en or pour renforcer encore davantage ses positions en Syrie ». C’est l’autre grande crainte des experts, au moment où le régime Assad et ses alliés iraniens et russes s’affichent de plus en plus comme les vainqueurs sur le terrain après sept ans de guerre.

Donald Trump a fait de l’Iran sa bête noire au Moyen-Orient, et menace de se retirer de l’accord de 2015 censé empêcher Téhéran de se doter de la bombe atomique, trop peu contraignant à ses yeux. « Cela créerait une illusion de dureté sur l’Iran, sans conséquences », s’alarme l’ex-diplomate Denis Ross dans une tribune dans le Washington Post. « L’Iran est dangereux avant tout par son expansion dans la région » et son « endiguement » devrait « être la priorité de l’administration Trump », plaide-t-il. « Or ce n’est pas le cas, puisque Trump dit clairement qu’il veut que +d’autres s’en occupent à présent+. »

Que faire face aux Turcs?

C’est le sujet le plus brûlant. Le jeu de la Turquie, alliée des Occidentaux qui appuie des rebelles syriens, inquiète aussi Washington. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a rejoint ses homologues russe et iranien, Vladimir Poutine et Hassan Rohani, dans un processus de discussions sur la Syrie parallèle à celui de l’ONU.

Surtout, Ankara a lancé une offensive dans le nord-ouest syrien contre des Kurdes alliés des Américains contre les jihadistes mais accusés de « terrorisme » par la Turquie, qui redoute la constitution d’un embryon d’État kurde à sa frontière. Cette opération, que les États-Unis n’ont pas réussi à contenir, menace désormais Minbej, où sont pourtant stationnées des troupes américaines. Pour l’instant, loin de tout retrait, l’armée américaine semble plutôt avoir tendance à renforcer ses positions dans la région de Minbej.

Car au niveau diplomatique, les discussions avec Ankara n’ont guère permis à ce stade d’exclure une confrontation. Lors d’une rencontre entre hauts responsables américains et turcs vendredi dernier à Washington, les deux parties se sont seulement engagées à « poursuivre leurs efforts pour résoudre les problèmes en suspens », dit à l’AFP un porte-parole du département d’État. Et aucune nouvelle réunion du groupe de travail mis en place spécifiquement pour déminer cette situation n’a été annoncée pour l’instant.

À voir également sur Le HuffPost:

About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.