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Syrie. La bataille pour Afrin (II) : La fin des équivoques en Syrie


LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY
Luc Michel

Jeudi 8 février 2018

Le « Grand jeu syrien » bat son plein. Avec des partenaires multiples aux agendas et aux ambitions incompatibles. La bataille d’Ifrin est bien la première bataille de la nouvelle guerre de Syrie. Elle voit la fin des équivoques autour de la Turquie et de ses coups de poker opportunistes. Que reste-t-il des illusions de la Conférence de Sotchi, avec la confrontation turco-syrienne, les doutes motivés de Moscou et la colère de Téhéran (où le discours anti-Erdogan domine) ?
C’est la fin des équivoques en Syrie et un nouveau bouleversement des lignes géopolitiques …

* Lire aussi sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/ SYRIE : LA BATAILLE POUR AFRIN. LE BASCULEMENT DE LA TURQUIE CONTRE DAMAS ET FACE A LA RUSSIE
sur http://www.lucmichel.net/2018/01/22/luc-michels-geopolitical-daily-syrie-la-bataille-pour-afrin-le-basculement-de-la-turquie-contre-damas-et-face-a-la-russie/

– I/
LES REALITES DU FRONT : LA TURQUIE S’ENLISE A AFRIN

Le samedi 20 janvier, l’armée turque a lancé une offensive d’envergure, dite opération « Rameau d’olivier », afin de faire reculer les Unités de protection du peuple (YPG) de la ville syrienne d’Afrin. Plus de 6 000 soldats sont engagés dans cette opération.
Selon l’agence de presse turque Anadolu, l’armée de la Turquie a récemment intensifié ses attaques et réussi à s’emparer de régions stratégiques comme le mont de Barsaya, en banlieue d’Afrin, et le village d’Umar Ushaghi. Sur le terrain, l’Armée turque s’enlise, loin d’une « guerre éclair » …

Le journal ‘Asharq al-Awsat’, cite l’un des commandants des YPG, Siban Hamou, qui confirme l’information selon laquelle Damas « enverrait vivres et médicaments » aux forces kurdes. « La Turquie a lancé son offensive « Rameau d’olivier », croyant pouvoir l’emporter en l’espace de quelques jours. Or, 17 jours plus tard, l’armée turque en est toujours au point de départ. Elle voulait prendre le contrôle d’Afrin avant de s’emparer des banlieues est et ouest d’Alep puis de mettre le grappin sur Alep elle-même », car Erdogan « croit que cette ville appartient à la Turquie » …

VERS UNE GUERRE D’USURE ?

Le conflit d’Afrin risque de se transformer en une guerre d’usure qui va coûter cher à la Turquie …

Interviewé par l’agence de presse iranienne Mizan, Hassan Hani-Zadeh, expert iranien des questions du Moyen-Orient, a déclaré que la ville syrienne d’Afrin était occupée par l’armée turque. « La Turquie s’enlise dans un bourbier d’où le gouvernement d’Erdogan ne pourra pas sortir facilement, car les Kurdes syriens, grâce aux formations militaires qu’ils ont reçues, seront capables de s’engager dans une guerre d’usure contre l’armée turque. En plus, les Kurdes syriens sont sur la même longueur d’onde que les Kurdes turcs, et ce lien ethnique crée une sorte de convergence entre ces deux groupes et les rassemble dans le désir de porter atteinte à l’armée turque. En réalité, les États-Unis ont tendu un piège à la Turquie dont elle ne pourra pas sortir aisément. »

Hassan Hani-Zadeh a ajouté que la présence de l’armée turque en Syrie « lui coûterait cher, si elle ne se retire pas immédiatement du territoire syrien ». Il a aussi prévu « le déclenchement d’une guérilla opposant les Kurdes syriens à l’armée turque », ce qui ne serait nullement « dans l’intérêt de la Turquie à long terme ».

LES MASQUES TOMBENT : LES DJIHADISTES D’AL-QAIDA AU SECOURS D’ANKARA

Un grand convoi militaire arrive en Turquie, « en transit », pour appuyer l’armée turque dans l’opération « Rameau d’olivier », en cours contre les unités kurdes du Nord syrien. Un grand convoi militaire, composé d’équipements et de forces, a été acheminé par les groupes terroristes ‘Faylaq al-Cham’ et ‘Nour al-Din al-Zenki’ (1) pour rejoindre l’armée turque, impliquée actuellement dans l’opération « Rameau d’olivier » visant les Kurdes syriens.

Les photos de ce convoi ont été rendues publiques le dimanche 4 février. Le convoi est arrivé sur le sol turc via la province d’Idlib et il va regagner la Syrie, via la province d’Alep. Les éléments terroristes qui accompagnent le convoi sont sous le commandement d’Abou Walid al-Homsi et aideront les militaires turcs à attaquer les régions à peuplement kurde, en Syrie.

Le groupe terroriste Front Fatah al-Cham (ex-Front al-Nosra) ainsi que certains médias de l’opposition syrienne ont critiqué les terroristes de Faylaq al-Cham et de Nour al-Din al-Zenki pour avoir décidé de rejoindre l’opération « Rameau d’olivier », « en échange d’une poignée de dollars », au lieu de poursuivre leur lutte contre le gouvernement syrien.

– II/
LES REACTIONS DE MOSCOU

Même si Moscou officiellement reste dans les illusions du processus de Sotchi concernant la Turquie, dans la réalité l’irritation de Moscou est visible envers Ankara.

QUAND MOSCOU APPELLE ANKARA A L’ORDRE

À en croire le journal ‘Al-Quds al-Arabi’, « la Russie aurait demandé à Ankara de cesser ses frappes aériennes sur Afrin ». Cité par le journal, ce sont les activistes kurdes dans le nord syrien qui annoncent cette information, bien qu’elle ne soit confirmée ni par les officiels russes ni par les autorités turques. Aucun raid aérien n’a été mené ces dernières 48 heures à Afrin où l’armée turque et ses mercenaires continuent toutefois à avancer et à multiplier le feu d’artillerie sur les positions des Kurdes des YPG.

Lundi, l’Iran de son côté a officiellement demandé à la Turquie de « cesser ses raids aériens contre Afrin » et de « respecter l’intégrité territoriale syrienne ».

L’INCIDENT GRAVE DE L’AVION RUSSE ABATTU : QUELLE SERA LA REACTION DE POUTINE A LA MORT DU PILOTE RUSSE ?

Les autorités russes ont annoncé que « e pilote du Soukhoï S-25 avait été tué peu de temps après que l’avion eut été abattu ». L’éditorialiste du journal ‘Rai al-Youm’, Abdel Bari Atwan, s’attarde sur les différents aspects de la destruction d’un Soukhoï russe S-25 par le Front al-Nosra dans la province d’Idlib en Syrie. Selon le journaliste arabe, « le communiqué émis par le commandant militaire de la coalition terroriste Hayat Tahrir al-Sham, Mahmoud al-Turkamani, sur l’écrasement de l’avion de chasse russe au-dessus de la ville de Saraqib dans la province d’Idlib, marque un tournant dans la guerre en Syrie. Une nouvelle phase se déclare désormais dans la crise syrienne, qui sera porteuse de graves conséquences politico-militaires, non sans détériorer les relations entre les deux puissances que sont les États-Unis et la Russie ».

« Les rapports préliminaires confirment que le Soukhoï russe a été abattu par un missile thermique tiré à épaule de type MANPADS, ce qui prouve qu’une partie a récemment fourni cette arme au Front al-Nosra [rebaptisé Front Fatah al-Cham].

Mais quelle partie ? Deux hypothèses sont envisageables :

– « Les États-Unis auraient fourni directement ce type de missile au Front al-Nosra de Mohammed al-Jolani, le plus important groupe terroriste de la coalition ‘Hayat Tahrir al-Cham’, et ce, dans le cadre du nouveau plan américain d’étendre la guerre en Syrie et d’intensifier les pressions sur la Russie et ses alliés » (2). Mais quelques heures après que les opposants armés ont abattu un avion russe Su-25 au cours d’un vol au-dessus de la zone de désescalade d’Idlib, un porte-parole du Pentagone, Eric Pahon a souligné que son pays « n’avait mis aucun missile sol-air à la disposition des alliés kurdes des Etats-Unis ». « Les États-Unis se concentrent encore sur la bataille contre Daech. Ils n’ont fourni d’armes sol-air à aucun de leurs alliés en Syrie et ils n’ont pas l’intention de le faire », a-t-il indiqué.

– Reste la seconde hypothèse, où Ankara apparaît comme lapiste la plus évidente. Ce serait « une partie régionale qui aurait fourni cette arme aux terroristes. Et les noms de quatre pays viennent respectivement à l’esprit : la Turquie, le Qatar, la Jordanie et l’Arabie saoudite ».

« Si nous croyons le démenti américain, cela veut dire qu’“un pays” a décidé de fournir ces missiles à ce groupe terroriste, afin de changer le rapport de forces à Idlib en faveur des Nosratistes et ce, en vue de stopper l’avancée de l’armée syrienne qui, avec l’appui de l’aviation russe, a réussi à libérer des centaines de villages mais aussi et surtout l’aéroport militaire Abu al-Dohur », dit encore ‘Rai al-Youm’.

L’OMBRE DE L’AFGHANISTAN DES ANNEES ’80 : SUKHOÏ-25, POURQUOI LE DEMENTI AMERICAIN ?

‘Rai al-Youm’ ajoute que « L’envoi par les Américains d’une grande quantité de missiles tirés à l’épaule Stinger aux moudjahidine afghans afin qu’ils mènent la guerre à son terme a abouti à la chute de l’ex-Union soviétique, qui a fini par retirer toutes ses forces de la région. Ce ne serait pas une exagération si l’on disait que ces missiles avaient marqué le début de la fin de l’ordre communiste. Une question s’impose : est-ce que les Américains souhaitent répéter la même expérience en Syrie, en utilisant les missiles PADMANS pour vaincre la Fédération de Russie en Syrie, et ainsi mettre fin à la présence militaire des Russes et de leurs alliés dans le ciel syrien ? »

Pour l’instant, la colère de Moscou s’esprime sur le terrain : « Il n’est donc pas exclu que la première conséquence de la destruction du Soukhoï russe et de la mort dans des conditions tragiques de son pilote consiste à accélérer les efforts dans le sens d’une reprise complète d’Idlib et d’une destruction totale du Front al-Nosra et d’autres groupes que Moscou a mis sur sa liste de groupes terroristes ».

L’ENQUETE RUSSE

La Russie compte récupérer la carcasse de son Su-25 abattu par les terroristes à Idlib, afin d’identifier le constructeur du missile qui a détruit l’avion de chasse russe. Le ministère russe de la Défense a demandé, ce mardi 6 février, à la Turquie de l’aider à récupérer la carcasse de son avion de chasse Su-25, abattu le samedi 3 février par les terroristes opérant dans la province d’Idlib. Le ministère russe de la Défense a annoncé sa décision d’identifier le constructeur du missile tiré sur le Su-25, et en conséquence la partie ayant fourni le missile aux terroristes du Front Fatah al-Cham (ex-Front al-Nosra), en examinant les pièces détachées de la carcasse de l’avion russe.

C’est la première mesure adoptée par la Russie pour identifier les parties qui étaient à l’origine de la destruction de ce Su-25 en plein vol au-dessus de la Syrie. Par ailleurs, le corps du pilote russe Roman Filippov, qui s’est fait exploser après la destruction de son avion par les terroristes, a été transféré dans une base aérienne, près de Moscou. Les funérailles du pilote russe auront lieu le 8 février.

« LES TERRORISTES D’AL-NOSRA SONT SOUTENUS PAR LES PAYS QUI N’AIMENT PAS LA PRESENCE RUSSE EN SYRIE » (MAE RUSSE)

Le ministère russe de la Défense a annoncé que les terroristes du Front Fatah al-Cham (ex-Front al-Nosra) étaient instrumentalisés par un ou plusieurs pays. Dans un communiqué publié ce mercredi 7 février, le Ministère russe de la Défense a annoncé que les terroristes du Front Fatah al-Cham étaient instrumentalisés par un ou plusieurs pays qui n’appréciaient pas l’implication de la Russie dans la lutte antiterroriste en Syrie.

« Les éléments du Front Fatah al-Cham, affiliés à al-Qaïda (voir Note 1), sont la principale source d’instabilité en Syrie. Les terroristes de ce groupe, qui bénéficient d’un large soutien financier et militaire, cherchent à perturber le processus de paix en cours dans les zones de désescalade en Syrie, ce qui constitue une importante source de préoccupation pour Moscou », indique le texte. Le souci c’est que les « nosristes » sont liés à Ankara. Ces terroristes du Front Fatah al-Cham ont abattu, le 3 février 2018, par un missile, un Su-25 russe, aux alentours d’Idlib.

L’OBJECTIF IMMEDIAT DE POUTINE EN SYRIE : LA FIN D’AL-NOSRA

Dans son dernier éditorial du journal ‘Rai Al-Youm’, le célèbre analyste arabe Abdel Bari Atwan a examiné les dernières évolutions dans le Nord syrien. « La dépouille du pilote du Su-25 russe qui a été abattu par un lance-missile sol-air portable appartenant aux éléments du groupe terroriste Front al-Nosra (rebaptisé “Hayat Tahrir al-Cham”) dans la province syrienne d’Idlib, a été rapatrié. »

Abdel Bari Atwan a rappelé que le président russe, Vladimir Poutine, a qualifié ce jeune pilote de 33 ans, Roman Fillipov, de « héros » et lui remis la plus haute distinction du pays à titre posthume pour son acte héroïque de « ne pas se livrer à l’ennemi et se faire sauter par une bombe lorsqu’il s’est vu encerclé par les terroristes » d’al-Nosra après s’être éjecté de son avion. « Pourtant, le président Vladimir Poutine a préféré garder le silence et attendre le résultat des enquêtes que mène actuellement l’armée russe pour savoir si le Su-25 a été abattu par un missile Stinger de fabrication américaine ou un missile surface-air du type SAM de fabrication russe ».

Abdel Bari Atwan souligne dans son article « qu’il est plus probable que le Su-25 russe a été abattu par un missile sol-air portable fabriqué aux États-Unis puis tombé dans les mains des terroristes d’al-Nosra par l’intermédiaire d’une tierce partie. Pourtant, il ne faut pas exclure l’éventualité que le missile ait été un ancien missile surface-air de fabrication soviétique sorti des dépôts d’armes et de munitions de l’armée gouvernementale syrienne ou venue récemment d’un pays comme l’Ukraine ».

Reuters rapporte, citant un haut commandant des forces militaires russes, « que l’armée syrienne a installé de nouveaux systèmes de défense antiaérienne et des missiles sol-air dans plusieurs points des provinces d’Idlib et d’Alep, ce qui permettra à l’armée syrienne de couvrir une grande partie du ciel du Nord syrien ». D’après Abdel Bari Atwan, « cela nous laisse deviner que la Russie et son allié syrien prépareraient la vengeance du crash du Su-25 russe et de la mort de son pilote, en détruisant les lieux de rassemblement des éléments du groupe terroriste al-Nosra ».

« Néanmoins, la question se pose de savoir pourquoi l’armée syrienne y déploie ses systèmes antiaériens, tandis que le Front al-Nosra ne dispose d’aucune force aérienne », a écrit avec pertinence l’éditorialiste du journal Rai al-Youm. D’après Abdel Bari Atwan, « un élément de réponse peut être trouvé dans les déclarations récentes du vice-Premier ministre syrien, Fayçal Meqdad, qui, avant même que la Turquie n’entame son opération militaire à Afrin, avait annoncé que l’armée syrienne abattrait tout avion militaire étranger qui violerait l’espace aérien du pays ».

Awan a ajouté : « En effet, les seuls avions militaires qui survolent actuellement la région d’Afrin sont les avions de combat turcs qui bombardent les positions des forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). Après le déclenchement de l’opération turque à Afrin, les autorités de la région autonome d’Afrin ont appelé l’armée nationale syrienne à défendre la ville face aux attaques des militaires turcs. » L’éditorialiste de Rai al-Youm estime que l’installation de ces systèmes antiaériens syriens serait un message commun de Damas et de Moscou à l’adresse du gouvernement du président turc, Recep Tayyip Erdogan, pour faire comprendre à Ankara qu’ils sont mécontents de la poursuite de l’opération militaire turque dans les régions du nord de la Syrie.

« Cela n’est sans doute qu’une spéculation. Mais une chose est certaine : Vladimir Poutine est prêt à se venger des terroristes du Front al-Nosra, et il préfère que ce soit la Turquie du président Erdogan qui lui offre la tête d’al-Nosra sur un plateau », a écrit Abdel Bari Atwan.

Selon le journaliste, il y a trois éléments qui pourraient rendre ce scénario plausible :

– « D’abord, l’armée turque et ses alliés n’ont pas obtenu de grands succès militaires sur le terrain.
– Ensuite, Washington a rejeté toutes les menaces d’Ankara concernant la poursuite des militaires américains à Manbij.
– Et enfin, il faut se rappeler qu’auparavant, la Turquie s’était abstenue d’intervenir à l’est d’Alep lorsque l’armée syrienne et ses alliés voulaient prendre en main le contrôle de toute la ville, de peur de ne pas mettre en colère les Russes. »

Abdel Bari Atwan écrit : « Poutine attend et fait preuve de retenue en attendant le résultat des enquêtes. Il ne veut pas agir hâtivement et cela veut dire que la riposte de Moscou à la mort de son pilote de guerre sera plus violente que l’on ne le croit. Que la guerre continue ou qu’elle cesse, Poutine semble vouloir réaliser deux buts pour le moment : la reprise d’Idlib et la fin du Front al-Nosra. »

– III/
SYRIE/AFRIN : L’IRAN APPELLE A L’ARRET DES AMBITIONS TURQUES

Dans une conférence de presse, ce lundi 5 février, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Bahram Qassemi, souligne le rôle essentiel de l’Iran dans la région pour dire que Téhéran participera toujours activement dans les négociations d’Astana sur la Syrie. «?Les trois pays, impliqués dans les négociations tripartites d’Astana pour la paix en Syrie poursuivent toujours aussi fermement leurs coopérations » a déclaré le diplomate avant d’exhorter Ankara « à cesser son action militaire dans la région syrienne d’Afrin et à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie ».

Bahram Qassemi a mis en garde les autorités turques contre leur opération à Afrin « qui pourrait favoriser un retour des terroristes en Syrie ». «?Nous surveillons en permanence les évolutions dans la région et suivons tous les agissements des terroristes?» a ajouté M. Qassemi avant de demander à la Turquie « d’agir en conformité avec les accords d’Astana et d’être en harmonie avec Damas.?»

Quant aux relations turco-syriennes, «?l’Iran joue les médiateurs?», a fait savoir Qassemi.

– IV/
DAMAS EN CONFRONTATION DIRECTE AVEC ANKARA

« Au moins deux soldats turcs ont été blessés suite à une attaque de l’artillerie syrienne » ce mardi 6 février contre un lieu de déploiement des militaires turcs au sud de la province d’Alep. Les deux soldats turcs ont été blessés dans région de Tal al-Eis, dans le sud de la province d’Alep, ont rapporté des sources syriennes citées par le quotidien égyptien Al-Youm al-Saba’a. Selon le rapport, les blessés ont été transférés vers un hôpital en Turquie. L’information sur les deux soldats turcs blessés intervient alors qu’Ankara annonce un mort et 5 blessés parmi ses soldats. L’armée turque a répondu à l’attaque des forces syriennes « par des tirs de roquette sur les régions d’al-Hadher et de Tell Aran dans le Nord syrien.

Plus tôt, « l’armée turque avait l’intention de se déployer dans la région, mais elle a été forcée à se retirer après l’intervention des forces syriennes », ajoute le rapport.

Toujours dans les évolutions syriennes, l’agence de presse Reuters citant un commandant de la coalition pro-Damas, a fait part du « déploiement de nouveaux systèmes de défense anti-aérienne en banlieue d’Alep et Idlib qui couvriront le nord de la Syrie ».

NOSTALGIES NEO-OTTOMANES :
LA TURQUIE A NOMME DES GOUVERNEURS POUR TROIS VILLES SYRIENNES !

Le ministre turc de l’Intérieur, Süleyman Soylu a déclaré lors d’une conférence du Parti de la justice et du développement à Denizli ce 29 janvier : « La Turquie a nommé des gouverneurs, des responsables de la sécurité et des gendarmes dans les villes d’Azaz, de Jarablus et de Mare, dans le nord de la Syrie. Nous espérons que les 3,5 millions de Syriens touchés par la guerre pourront bénéficier de la sécurité grâce à nos opérations actuelles dans ce pays ». Soylu a ajouté: « Nous ne lorgnons pas sur le territoire d’aucun pays. Nous garantissons le retour de 100 000 Syriens sur leurs terres. Nous sommes un grand peuple ! »

Tout ceci nous renvoie à l’ère de l’Empire ottoman en Syrie. La Syrie au cours de l’ère ottomane (1516 à 1920) incluait la Syrie, le Liban, la Palestine occupée (Israël), la Cisjordanie, la Bande de Gaza, la Jordanie et des parties de l’Irak et de la Turquie.

Le 24 août 2016, la Turquie avait lancé en coopération avec l’Armée syrienne libre (ASL), l’opération « Bouclier de l’Euphrate » pour « dégager les frontières des deux pays de la présence de Daech »; opération qui s’est terminée avec le contrôle turc instauré sur les trois villes d’Azaz, de Jarablus et d’al-Bab. Enfin, il est utile de rappeler l’opération turque appelée « Rameau d’olivier » a été lancée il y a une dizaine de jours pour prendre cette fois-ci le contrôle de la ville syrienne d’Afrin.

NOSTALGIES NEO-OTTOMANES (II) :
IDLIB: ANKARA ENTEND CREER UNE BASE AERIENNE DANS L’AEROPORT DE TAFTANAZ

L’armée turque a décidé de créer huit bases militaires à Idlib ! Des sources d’information (crédibles), proches des opposants syriens, annoncent qu’une « délégation militaire turque en déplacement à Idlib, avait visité l’aéroport de Taftanaz ». Selon l’agence de presse iranienne ‘Fars’, une source sous le seau de l’anonymat, a fait part de la visite d’une délégation militaire liée à l’armée turque dans la province d’Idlib, occupée par les terroristes du Front al-Nosra. Cette source proche des opposants syriens a confié à l’agence de presse allemande DPA, que « la Turquie cherchait à créer une base aérienne dans l’aéroport de Taftanaz, à Idlib ».

Un convoi militaire turc de quatre véhicules est effectivement entré en Syrie dans la nuit de mardi à mercredi en direction de l’aéroport de Taftanaz, dans la province d’Idlib, dans le nord du pays. À leur arrivée, les forces turques sont restées sur le site pendant plusieurs heures avant de repartir pour la Turquie. Des sources de l’opposition signalent que la Turquie envisage de prendre le contrôle de l’aéroport de Taftanaz et de l’utiliser comme Centre d’opérations pour gérer tous les «points d’observation», récemment établis par ses forces dans le nord-ouest de la Syrie.

Cela intervient deux jours après que l’armée turque a déclaré avoir achevé la construction d’un quatrième point de contrôle dans la région d’al-Eis, dans le sud d’Alep face aux lignes de l’armée syrienne. L’armée turque a établi, fin 2017, des points d’observation, dans les rifs d’Alep et Idlib. Dans ce droit fil, le site web ‘al-Madan’ lié à l’opposition syrienne a annoncé pour sa part que « des troupes turques s’installeraient dans les prochains jours dans l’aéroport de Taftanaz pour en faire leur propre base aérienne ».

Cette base militaire sera complétée par sept sites militaires turques qui seront situés près des lignes de contact à l’ouest du chemin de fer al-Hayaz dans les rifs de Hama et d’Idlib. Le village de Tell al-Sultan dans le gouvernorat d’Idlib est une autre région où les forces turques ont mené une opération de reconnaissance afin d’y créer un siège militaire.

Pour justifier ces mesures, la Turquie prétend « vouloir protéger le ciel d’Afrin » (sic) et « d’empêcher les Unités de protection du peuple (YPG) d’étendre leur influence en Syrie » (resic), d’autant plus que pour la Turquie, les forces des YPG constituent une branche du PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan. Mais ceci n’est plus une guerre contre le PKK, c’est purement une invasion d’un pays souverain, la Syrie !

L’ARMEE SYRIENNE DEPLOIE DES SYSTEMES DE DEFENSE ANTI-MISSILE DANS LES BANLIEUES D’IDLIB ET D’ALEP

Damas déploie des systèmes anti-missiles sur les fronts de guerre contre les terroristes. Ce qui implique un accord russe. Un commandant de l’armée syrienne a annoncé le déploiement de systèmes de défense anti-missile dans les banlieues d’Idlib et d’Alep. Selon un rapport de l’agence ‘Fars news’, citant Reuters, un commandant des forces gouvernementales syriennes a annoncé « que l’armée syrienne avait envisagé de déployer de nouveaux systèmes de défense anti-aérienne qui couvrira le nord de la Syrie ».

De vastes territoires dans la province d’Idlib sont toujours contrôlés par des « groupes d’opposition » et le Front al-Nosra. Après avoir repris le contrôle d’Alep, il y a des mois, l’armée a lancé des opérations depuis l’ouest de cette ville et le nord de la ville de Hama vers les zones contrôlées par les terroristes.

– V /
LA QUESTION CENTRALE POUR DAMAS CE NE SONT PAS LES KURDES MAIS COMMENT METTRE DEHORS LES AMERICAINS ET LES TURCS ?

Près de deux semaines après avoir lancé une offensive contre le canton d’Afrin, force est de constater que les choses ne vont pas dans le sens souhaité par Ankara. Dimanche, un char de l’armée turque, avec à son bord cinq militaires, a été détruit par un missile antichar que les Kurdes avait reçu des Américains. Mais il y a plus. L’État syrien semble contribuer de façon indirecte à la guerre, apportant son appui aux Kurdes.

POUR DAMAS, LA PRESENCE MILITAIRE TURQUE EN SYRIE RELEVE DE L’OCCUPATION MILITAIRE

Pour la Syrie, la présence militaire turque en Syrie relève en effet de l’occupation militaire. Heureusement pour les Kurdes, car Damas est plutôt satisfaite de voir les Kurdes des YPG traverser son territoire pour renforcer les défenses d’Afrin et faire grimper le coût de l’invasion pour la Turquie et les terroristes de l’ASL qui se battent sous sa bannière.

Existe-t-il une certaine complicité entre Damas et les YPG ?

« Nous savons que les FDS (Forces démocratiques syriennes, NDLR) ont repositionné certaines forces en réponse à des tensions récentes, mais ce n’était pas sous la direction de la coalition américaine », a déclaré le commandant Adrian Rankine Galloway, porte-parole du ministère russe de la Défense.

Il semblerait que les deux camps aient décidé de s’accorder mutuellement un passage limité : les Kurdes permettent à l’armée syrienne d’avoir un accès limité à ses positions à Qamishli et Hassaka et en retour, le quartier d’Alep Sheikh Maqsood, contrôlé par des Kurdes, jouit de droits similaires. L’ironie est que dans leur lutte contre la Turquie, les Kurdes syriens reçoivent plus d’aide du gouvernement syrien contre lequel ils se rebellent que des États-Unis qui sont censés les soutenir !!!

De son côté, Damas se sert de combattants entraînés et équipés par les États-Unis contre la Turquie, tous deux membres de l’OTAN, tous deux des puissances qui cherchaient auparavant la chute de l’État syrien. Mais Damas vise encore plus loin. À l’heure où le bilan des pertes s’alourdit dans le camp turc, les troupes syriennes poursuivent leur poussée vers le nord à un rythme jamais vu dans l’histoire de la Syrie. Leur mission ? Récupérer Idlib, ville limitrophe de la Turquie dans le Nord-Ouest, et consolider les postes d’observation le long de l’Euphrate dans le Nord-Est.

Les forces de la défense populaire ont déjà devancé l’armée régulière, notamment à Idlib, où de très violents combats les opposent à al-Nosra et à l’ASL. Le 10 décembre 2017, l’armée syrienne a repris l’aérodrome stratégique d’Abou al-Duhur et depuis lors, des MiG-21, MiG-23 et des Albatros L39 sans maintenance ont repris leurs raids contre les positions des terroristes et assurent des missions limitées de bombardement tactique en soutien à la progression des troupes au sol.

LA BATAILLE STATEGIQUE DE SARAQIB

L’objectif immédiat des forces syriennes semble être la localité très stratégique de Saraqib, une ville occupée par une coalition de terroristes, qui est située près de la frontière turque et relie les limites septentrionales des provinces d’Alep et d’Idlib. La ville revêt une importance vitale pour les terroristes qui ont commencé à creuser des tranchées en espérant retarder au maximum les forces syriennes dans une guerre statique en attendant des renforts et une progression des forces soutenues par la Turquie ou les États-Unis.

La chute de ce verrou stratégique mettra en contact direct les armées syrienne et turque dont les unités se retrouveront face à face pour la première fois depuis le début du conflit syrien, entamé le 15 mars 2011. « C’est dans ce contexte que la Turquie et les États-Unis ont décidé d’un commun accord d’abattre un Su-25 russe », dit une source syrienne, dans l’espoir de pouvoir dissuader la Russie de poursuivre ses frappes en soutien aux forces « alliées ». La violence avec laquelle le pilote russe a été lynché par les terroristes « nosristes » (alliés d’Ankara) « semble faire écho à la colère et à la panique qui règnent dans le camp des ennemis de la Syrie ». « La bataille de Saraqib a le mérite de mettre les points sur les i : la guerre par procuration risque à tout moment de se transformer en une confrontation directe ».

« AFRIN: ERDOGAN PIEGE PAR ASSAD ?! » (PRESSE IRANIENNE) …

La bataille d’Afrin a connu un nouveau tournant, mardi 6 février, quand des centaines de miliciens kurdes ont pénétré la ville à la faveur du soutien de l’État syrien qui a laissé le convoi traverser les zones sous contrôle de l’armée syrienne.

Selon les sources d’information, des centaines de renforts kurdes ont pénétré, mercredi 7 février, la ville syrienne d’Afrin pour venir en aide aux forces sur place et affronter l’armée turque. L’agence de presse turque Anadolu a rapporté que des centaines de « miliciens kurdes multinationaux séparatistes » étaient entrés à Afrin depuis le nord-ouest de la province d’Alep contrôlée par l’armée syrienne et ses alliés.

Après avoir quitté la ville de Manbij dans le nord-est d’Alep au moins 500 nouveaux renforts kurdes ont pénétré les régions étant sous le contrôle du gouvernement de Damas depuis où ils se sont dirigés vers Afrin. Les combattants kurdes ont dû passer par les villes d’al-Darbasiyah, Qamichli, Hassaké, Kobané, Nubl et al-Zahra pour atteindre Afrin.

« Un retour des Kurdes dans le giron de l’État ? »

Selon l’analyste Ghassan Kadi, « l’Amérique cherchait depuis très longtemps la moitié d’une excuse pour envahir la Syrie, et sachant qu’elle n’était pas en mesure d’avoir une présence totale qui lui permettrait de bombarder tout le pays, elle a utilisé l’excuse kurde et le faux prétexte de créer une « zone de sécurité » pour justifier sa présence sur le sol syrien et ce, contre la volonté de la Syrie (…)
Pour ce faire, l’Amérique avait besoin d’alliés sur le terrain, et au lieu de travailler avec son partenaire naturel et membre de l’OTAN, la Turquie, elle a repoussé celle-ci, quitte à s’allier aux Kurdes. Cette alliance a été qualifiée par Damas de trahison, ce qui n’empêche pas l’armée syrienne de venir en aide aux Kurdes ».

… OU PAR LES AMERICAINS ?

À quoi joue Damas? « À l’heure où les États-Unis cherchent à s’implanter définitivement en Syrie, le fait de mettre face à face la Turquie et les États-Unis semble la meilleure option au gouvernement syrien dont l’armée devrait éviter une confrontation directe avec les USA pour enlever à ces derniers tout prétexte à justifier leur présence prolongée », conclut Ghassan Kadi. « Car, seules les troupes turques peuvent faire le travail sans causer de graves ravages à l’échelle internationale », estime l’expert qui « écarte d’emblée toute approbation tacite de la part du gouvernement syrien pour l’opération dite « rameau d’olivier » et croit au contraire d’Erdogan s’est laissé piéger par son rival américain » ….

NOTES :

(1) Voir (en anglais) sur LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
SIRYA WAR: ‘TURKEY ALIGNED WITH AL-QAEDA AFFILIATE IN IDLIB’
sur http://www.lucmichel.net/2018/01/18/luc-michels-geopolitical-daily-sirya-war-turkey-aligned-with-al-qaeda-affiliate-in-idlib/

(2) Peu après la revendication par le groupe terroriste Front al-Nosra (rebaptisé Front Fatah al-Cham) de l’attaque contre un Sukhoï-25 dans la province syrienne d’Idlib, le Pentagone a annoncé « n’avoir jamais fourni d’armes à épaule aux groupes terroristes opérant en Syrie ».
Dans une note, le journal libanais al-Binaa s’attarde dans sa plus récente édition sur les raisons de ce comportement. « Premièrement, les États-Unis craignent que la Russie ne les représente comme étant responsables de l’écrasement de son avion Sukhoï-25 ; beaucoup de preuves viennent d’ailleurs corroborer cette hypothèse. Et une fois confirmée une telle accusation, la complicité entre les États-Unis et les groupes terroristes sera révélée au grand jour et cela pourrait nuire à l’image des États-Unis dans le monde.
Deuxièmement, les États-Unis craignent que les Russes montrent une réaction en dehors des ententes jusqu’ici obtenues sur la crise syrienne, une réaction qui exige de Washington qu’il augmente son intervention militaire en Syrie. Or, l’opinion publique américaine rejette fermement une présence militaire renforcée en Syrie et s’inquiète du fait que les États-Unis s’embourbent dans un nouvel imbroglio, après la guerre en Irak et Afghanistan ».
C’est pourquoi, selon le journal libanais al-Binaa, « les Américains se sont précipités pour démentir la fourniture de missiles à épaule aux terroristes ayant abattu l’avion russe ».

(Sources : Fars – Anadolu – al-Madan – SANA – MAE russe – DPA – Rai al-Youm – Al-Quds al-Arabi –EODE Think-Tank)

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Source : Luc Michel

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About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.