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La chute de l’avion israélien et l’équilibre de la terreur…


France-Irak Actualité : actualités sur l’Irak, le Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak, au Proche-Orient, du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne, enquêtes et informations exclusives.

Publié par Gilles Munier sur 13 Février 2018,

Catégories : #Syrie, #Israel, #Trump, #Jérusalem, #Iran
Les débris du F16 Sufa

Les débris du F16 Sufa

Par Scarlett Haddad (revue de presse : L’Orient-Le Jour – 13/2/18)*

Décryptage – Samedi, alors que les médias étaient en ébullition suite à la chute d’un avion de combat israélien en Galilée, abattu par un missile syrien, les responsables libanais affichaient un grand calme. Dans leur optique, cet incident, de la plus haute gravité, renforçait la théorie de la dissuasion, bien plus que l’option de la guerre. L’équilibre de la terreur ainsi réalisé empêcherait Israël de lancer une nouvelle guerre contre le Liban ou la Syrie.

Selon des sources concordantes proches du pouvoir, l’incident de l’avion F16 est donc un coup important porté à la suprématie de l’aviation militaire israélienne sur les espaces aériens libanais, syrien et palestinien. Désormais, ce qui était considéré comme « l’arme fatale » israélienne dans toutes les guerres entre les Arabes et les Israéliens, à savoir l’aviation, n’est plus à l’abri des missiles antiaériens, d’autant que depuis près de trente ans, aucun avion militaire israélien n’a pu être abattu par « l’axe de la résistance ». Une ligne rouge a donc été franchie, établissant un nouveau rapport de force, qui devrait pousser les Israéliens à la retenue, puisque leurs avions ne sont plus à l’abri des missiles sol-air. Indépendamment de la polémique sur la partie qui a lancé le missile ayant abattu l’avion, des sources militaires précisent qu’en réalité, une embuscade a été tendue à l’aviation israélienne. Un drone a été ainsi envoyé par les Syriens au-dessus de la partie occupée du Golan pour pousser les Israéliens à une réaction, comme ils le font généralement dans des situations similaires. De fait, le scénario s’est déroulé comme prévu : un hélicoptère israélien de type Apache a abattu le drone et aussitôt après, des avions militaires ont été envoyés pour effectuer des raids sur des cibles en Syrie supposées être la base de départ du drone. Les Israéliens avaient pourtant envoyé leurs avions les plus évolués (le F16 Sufa est spécialement conçu pour l’usage des Israéliens) pour bombarder l’aéroport de Tifour, au centre de la Syrie. Et c’est là qu’un de ces avions a été abattu par un missile S200 (que l’OTAN appelle le Sam 5). D’ailleurs, la défense aérienne syrienne a envoyé au total 26 missiles contre les avions de combat israéliens.

Les Israéliens ont aussitôt accusé les Iraniens d’être derrière ce développement. Mais les sources militaires précitées affirment qu’il s’agit d’un missile syrien amélioré. Selon ces sources, peu importe qui a envoyé le missile, ce qui compte, c’est que cette embuscade a été conçue par l’axe dit de la résistance, avec l’aval des Russes. Les Syriens voulaient en effet depuis longtemps riposter aux raids répétés israéliens, mais à chaque fois, les Russes conseillaient la retenue. Cette fois, estiment les sources militaires précitées, les Russes, les Iraniens et les Syriens étaient d’accord pour mener une action contre l’aviation israélienne et établir ainsi de nouvelles règles à la confrontation qui se déroule sur le sol syrien. Toujours selon les mêmes sources, les Russes n’avaient pas encore digéré la chute d’un avion Sukoï abattu par les rebelles par un missile de fabrication américaine 5 (c’est en tout cas la conviction des autorités russes). Les Iraniens et les Syriens n’avaient pas non plus oublié les bombardements de la coalition occidentale qui avaient provoqué le 7 février la mort de cent combattants syriens de la tribu al-Bakara, laquelle s’était ralliée au régime dans la province de Deir ez-Zor. Par ce bombardement, la coalition avait porté un coup dur au noyau de la force que le régime syrien et ses alliés étaient en train de former à Deir ez-Zor.

Tous ces éléments ont poussé les Russes et les Iraniens à ne pas s’opposer à la volonté syrienne de dresser une embuscade à l’aviation israélienne. Le message a d’ailleurs été parfaitement reçu par les Israéliens et leurs alliés américains. En dépit des informations véhiculées hier par des médias israéliens sur le fait que l’avion F16 Sufa serait tombé en raison d’un dysfonctionnement de son système interne, les experts militaires restent formels. L’avion aurait donc bel et bien été abattu par un missile syrien, dans le but de définir de nouvelles règles à la confrontation qui se déroule en territoire syrien. Les Israéliens qui voulaient imposer leur zone tampon dans la région limitrophe du Golan ont perdu leur carte maîtresse essentiellement axée sur la suprématie de leur aviation militaire. En même temps, les alliés du régime syrien, Iraniens en tête, poursuivent leur consolidation du front dans cette région particulièrement délicate. Les Israéliens qui voulaient convaincre les Russes de l’importance de leur permettre d’étendre leur influence au-delà du Golan, dans le sud de la Syrie, se sont empressés de solliciter leur intervention pour ne pas réitérer l’attaque contre leurs avions. L’attaque du F16 Sufa aurait donc permis une fois de plus aux Russes de montrer que ce sont eux qui définissent les règles de la confrontation en Syrie. D’ailleurs, c’est bien les Russes qui ont poussé, après l’incident du F16 Sufa, à la retenue, évitant que les développements n’aillent trop loin. Pour eux, il n’est pas question de déclencher une nouvelle guerre, mais plutôt d’en fixer les limites selon leur vision géopolitique, qui coïncide dans certains cas avec celle des Iraniens. Mais dans cette partie serrée, le moindre dérapage peut avoir de graves conséquences.

Source : L’Orient-Le Jour

https://www.lorientlejour.com/article/1099705/la-chute-de-lavion-israelien-et-lequilibre-de-la-terreur.html

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About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.