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2 août 1990 : L’attaque du Koweït par l’armée irakienne


Publié par Gilles Munier sur 1 Août 2020, 18:24pm

Catégories : #Irak

Revue de presse : Leaders (archives : 10/8/2016)*

Pour le Tunisien Chedli Klibi, décédé le 13 mai 2020 – plusieurs fois ministre et ancien secrétaire général de la Ligue Arabe -, Saddam Hussein a pris la décision d’attaquer le Koweït « sous l’emprise d’une logique d’un autre âge » :

Rien n’est moins douteux que les conséquences désastreuses de cette attaque du Koweït par l’armée irakienne.

Pourquoi le président Saddam Hussein a-t-il pris cette décision qui défiait toute logique politique et qui contrevenait à tous les impératifs de solidarité dont il fut lui-même un des défenseurs fervents ?

Il faut d’abord rappeler que la petite principauté avait toujours été considérée comme partie intégrante de l’Irak. Mais, en droit international moderne – entériné par la Ligue des Etats arabes – le Koweït devint, à un moment donné, indépendant de l’Irak et acquit finalement le statut d’un Etat souverain, aussi bien à l’égard de ses voisins régionaux qu’au regard des grandes puissances. Mais Saddam n’a jamais admis cette logique moderne, coupable à ses yeux de servir les intérêts impérialistes.

Mais il faut aussi rappeler que le Koweït, indépendant et souverain, se conduisait avec une rigueur peu commune, un respect, sans faille, de la solidarité arabe. Le Koweït était aussi un modèle de bonne gouvernance, et fut le premier Etat pétrolier à constituer un fonds de solidarité avec les générations futures – et il fit école. Il créa également un fonds d’aide aux pays arabes.

Le président Saddam – bédouin que les accidents de l’histoire propulsèrent à la tête d’une société en mutation – gouverna longtemps avec une double logique : il voulait un développement social, économique et culturel moderniste ; mais, au fond de lui-même, il demeurait guidé par des instincts et des pulsions d’un autre âge.

A l’égard du Koweït, son attitude était complexe. Il n’oubliait jamais que cette principauté avait relevé longtemps de Bagdad; il considérait que la fortune pétrolière dont elle disposait appartenait aussi, d’une certaine façon, au peuple irakien ; il fut choqué de savoir un jour que le Koweït demandait des garanties pour les prêts concédés à l’Irak, pendant sa guerre contre l’Iran. Il considérait surtout que cette guerre servait les intérêts du Golfe, en les protégeant des menées belliqueuses – disait-il – du régime de Khomeini. L’information, qui devait réveiller en lui sa fierté de bédouin, c’était d’apprendre que les hôtels de Bagdad étaient pleins de Koweïtiens, venus courir les veuves dont les maris avaient été tués au front.

J’ai rencontré, peu avant l’invasion du Koweït, Saddam à plusieurs reprises. Il cachait bien son jeu. Rien n’indiquait qu’il attaquerait son petit voisin. Avait-il consulté ses ministres; et notamment Tarak Aziz qui connaissait la politique internationale mieux que tous ses collègues du gouvernement ? Je ne sais. Je suis même d’avis que Saddam ne l’a pas consulté. Peut-être même que la décision funeste d’attaquer le Koweït fut prise sur un coup de tête, sans réfléchir aux ennuis qu’elle pouvait entraîner, sur le plan régional et au niveau international. Quoi qu’il fût, c’était le commencement de la fin du règne de Saddam, mais aussi la porte ouverte sur tous les périls que devait connaître, depuis, la région arabe: guerres par procuration pour détruire des peuples rebelles à l’ordre israélien, handicaper des pays dont le développement inquiétait, annihiler la coopération euro-arabe qui a toujours provoqué l’ire des uns et des autres.

*Source : Leaders (Tunisie)

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