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Syrie-Turquie: Deux causes, deux mesures




Erdal Dalgiç, militant du DHKP-C (Part-Front révolutionnaire de libération du peuple, organisation marxiste-léniniste anatolienne) âgé de 46 ans, a été tué par balles hier à Istanbul lors de l’attaque du commissariat d’Istinye. Ce poste de police était connu pour les sévices qui y sont pratiqués.

Au moment où l’Armée syrienne libre (ASL), véritable joujou des services secrets turcs ( cf. article de Justin Vela dans le The Independent d’hier) est encensée par nos médias alors qu’elle pratique des atrocités (décapitations, mutilations d’organes, tortures, enrôlement d’enfants, attaques à caractère confessionnel et idéologique contre chrétiens, alaouites ou sunnites baassistes, exécutions de professeurs, d’ouvriers, de médecins, de journalistes et de sportifs), force est de constater que le mouvement rebelle turc n’a pas droit aux mêmes faveurs de la part de notre presse dite indépendante.

Une rapide comparaison entre l’ASL et le DHKP-C nous permettrait peut-être d’en comprendre les raisons.

En Occident, l’ASL jouit du statut de mouvement de résistance légitime comme naguère les maffieux de l’UCK ou les moudjahidines afghans dont le réseau Al Qaida est issu. Le DHKP-C, à l’instar du mouvement de rébellion kurde PKK, des FARC colombiens ou du Sentier lumineux péruvien, est inscrit sur la liste des organisations terroristes des USA et de l’UE.

Les militants de l’Armée syrienne libre (ASL) bénéficient d’un appui politique et logistique total de la part des USA et des États européens tandis que le moindre sympathisant du DHKP-C, même celui qui participe à un simple pique-nique ou un concert apparenté au mouvement turc est poursuivi sans relâche aux quatre de l’Europe. En l’espace de quelques années, des dizaines de sympathisants du DHKP-C sont passés par les tribunaux ou les prisons d’Allemagne, de Suisse, de France, de Belgique, des Pays-Bas, d’Angleterre ou d’Italie.

L’ASL pratique la torture et le meurtre à grande échelle tandis que le DHKP-C condamne et combat la torture. Quant aux actions armées du DHKP-C, elles sont sporadiques et ciblées et sont menées au moyen d’armes de petit calibre ou d’explosifs de faible puissance. En moins d’un an d’existence, l’ASL a tué près de 5.000 fois tandis que le DHKP-C a moins de 350 victimes à son actif en 42 ans de lutte.

Si les degrés de violence des États syrien et turc ne sont pas comparables notamment en raison de la différence des rapports de force entre gouvernement et opposants radicaux des deux pays, il convient toutefois de rappeler que:

– la Turquie est actuellement la plus grande prison pour journalistes au monde
– la Turquie compte actuellement le plus grand nombre de prisonniers politiques au monde
– plus de 700 étudiants croupissent dans les prisons pour avoir manifesté pacifiquement pour un enseignement gratuit et démocratique
– durant les années 90, des centaines d’opposants, kurdes pour la plupart, ont disparu dans les « puits de la mort ». Si les escadrons de la mort sont parfois poursuivis, ce n’est que dans le cadre d’affaires maffieuses ou de règlements de compte avec le gouvernement actuel.
– les tortures et les mauvais traitements y sont monnaie courante (voir communiqué DHKC ci-dessous)
– l’armée turque utilise des armes chimiques ou des drones américains Predator contre la rébellion kurde du PKK. De nombreux villageois kurdes sont victimes de ces opérations meurtrières (cf. massacre d’Uludere/Roboski).
– la police exerce une violence létale contre les rassemblements démocratiques à travers l’usage de matraques ou de gaz « lacrymogènes » hautement toxiques.
– le parlement turc est peuplé de députés de l’AKP réputés proches des djihadistes qui ont bouté le feu à l’hôtel Madimak le 2 juillet 1993 tuant 34 intellectuels.

Malgré cela, soyez en sûr, le rebelle turc, trop politiquement incorrect, n’aura pas le même pouvoir de séduction sur les romantiques révolutionnaires qui peuplent nos belles rédactions.

Bahar Kimyongür
14 juin 2012

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Voici un extrait du communiqué n°389 publié hier par le mouvement révolutionnaire turc concernant la mort d’Erdal Dalgiç.


« Mardi 12 juin vers 23h00, le commissariat de police d’Istinye à Sariyer (Istanbul) a été la cible des combattants du Front révolutionnaire de libération du peuple. Suite à l’attaque, des échanges de tirs ont éclaté. Au cours de la fusillade, notre camarade Erdal Dalgiç (nom de code Gazi) est tombé en martyr.

La cible de notre attaque n’est pas n’importe quel poste de police. C’est le premier centre de torture où notre défunt camarade Engin Ceber a été battu à mort.

Engin Ceber avait été arrêté le 28 septembre 2008 par les policiers du commissariat d’Istinye pour avoir participé à une manifestation dénonçant l’impunité dont bénéficiaient les policiers qui avaient ouvert le feu sur un jeune de 17 ans dénommé Ferhat Gerçek rendant ce dernier paraplégique.

Engin Ceber avait été torturé tout au long de sa garde à vue. Il fut ensuite transféré à la prison de Metris où les gendarmes et les matons le supplicièrent jusqu’à le plonger dans le coma. Il succomba à ses tortures le 10 octobre 2008.

Dans ce pays, la justice, une denrée aussi vitale que l’air, l’eau ou le pain, est inexistante

Les autorités judiciaires veulent faire jouer la prescription pour protéger les tortionnaires d’Engin Ceber.

Engin Ceber n’est pas la seule victime d’injustice. Deux étudiants viennent d’être condamnés à 8,5 ans de prison pour avoir déployé une pancarte demandant la gratuité de l’enseignement.

(…)
Nul n’est en droit d’utiliser la démagogie du terrorisme à notre encontre. Car depuis plusieurs années, nous observons le silence. Pendant tout ce temps, nous n’avons mené aucune action tandis que la torture, les massacres et les injustices se sont multipliés. A Yalova, un jeune dénommé Cayan Birben vient d’être tué par les gaz au poivre de la police pendant qu’il s’interposait dans une bagarre entre deux amis. Un chauffeur de bus a été aspergé de ce même gaz par un policier de la circulation. Il a ensuite été menotté et battu à mort en pleine rue par ce même policier. Ces scènes font désormais partie de notre quotidien. Le gouvernement AKP protège les tortionnaires en leur assurant l’impunité.

(…)

La torture est le comble du déshonneur

La torture est un crime contre l’humanité. C’est une pratique infâme. Ceci est un appel s’adressant aux tortionnaires. Cessez vos tortures. Arrêtez de vous déshonorer. Vous vous trompez si vous espérez en tirer un quelconque profit.

(…)

Un tout jeune guerrier de 46 ans. Nous faisons le serment que tu seras vengé

Erdal Dalgiç est né le 26 novembre 1966. C’était un ouvrier de 46 ans issu d’une famille pauvre de Corum d’origine alévie. Avant 1998, année où il fit connaissance avec notre organisation, Erdal a travaillé dans divers domaines: apprenti dans une orfèvrerie, réparateur de réfrigérateurs, vendeur dans une épicerie, éleveur de bétail, ouvrier dans une usine de fil de fer et de clous, ouvrier dans une fabrique à pain, pompiste dans une station essence, chauffeur de camion…

En 1998, lorsqu’il vint à notre rencontre, Erdal s’est chargé de la vente de revues dans les rues de Corum et d’Ankara . Il a également animé plusieurs associations démocratiques. En 2004, il fut capturé dans les montagnes de Corum lors d’une opération de ratissage visant notre guérilla. Au bout de quatre années d’incarcération à la prison de type F (haute sécurité) de Sincan.

A sa libération, il reprit le combat sans la moindre hésitation, accomplissant toutes les missions que le Parti lui a confiées. Sa vie durant, il fut confronté à la faim, à la misère, au chômage et à la répression. Une fois devenu révolutionnaire, il connut la torture. »

 

 

Une réponse “Syrie-Turquie: Deux causes, deux mesures”

  1. Francenaldo Amorim
    juin 15, 2012 à 6:16

    IL est arrivé l´heure de passer des armes loudes, pour l ´opposition turque, pour faire l ´enfer la aussi. Payer dans la même monnaie, ces terroristes qui sont dans le gouvernement de la Turquie.