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Ukraine : Sergueï Lavrov face aux journalistes occidentaux (conférence de presse)


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lun. 14 mars

Ukraine : Sergueï Lavrov face aux journalistes occidentaux (conférence de presse)
par lecridespeuples
Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, aux chaînes RT, NBC News, ABC News, ITN, France 24 et China Media Group, Moscou, 3 mars 2022.

Source : Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie

Question: Eu égard aux récents événements, avant tout sur le terrain, la situation évolue constamment avec une pression par les sanctions sans précédent contre la Fédération de Russie. La position de la Russie a-t-elle changé? Est-ce que le monde entend la Russie? Comment voyez-vous les négociations qui se déroulent en Biélorussie? Que faut-il attendre du prochain cycle?

Sergueï Lavrov: C’est une approche complexe. Vous avez mentionné plusieurs thèmes. Je suis certain que le monde écoute la Russie. Difficile à dire pour l’instant dans quelle mesure on nous entend. La plupart comprennent de quoi il s’agit, mais sont contraints de se soumettre à un diktat très ferme et brutal.

En parlant franchement, c’est évidemment mal quand des gens meurent: des militaires, des civils (femmes, enfants). Cela se passait pendant huit ans dans le Donbass et se passe maintenant pendant l’opération militaire spéciale de la Russie appelée à mettre un terme à toute guerre qui pourrait se dérouler sur le territoire ukrainien ou en émaner.

Je ne doute pas qu’une solution sera trouvée. Les conditions minimales pour nous sont bien connues. Elles sont évoquées notamment lors des pourparlers avec la partie ukrainienne. Cela se déroulait à Gomel et devrait avoir lieu aujourd’hui. L’équipe de Kiev a de nouveau trouvé des raisons pour reporter les négociations. Il ne fait aucun doute qu’ils reçoivent des consignes de Washington. Ce pays n’est pas du tout autonome. Néanmoins, les négociations doivent avoir lieu. Je n’énumérerai pas en détail les points abordés. Ils sont bien connus. Nous ne pouvons plus permettre qu’une menace d’attaque directe contre la Fédération de Russie émane du territoire ukrainien. De telles menaces se trouvent dans les doctrines actuelles du régime de Kiev. L’une des principales raisons est l’aspiration effrénée de l’Ukraine d’intégrer l’Otan, la réticence totale de l’Otan de tenir ses engagements qui exigent de ne prendre aucune mesure qui renforcerait « ta » sécurité au détriment de « ma » sécurité.

Dans l’ensemble, ce n’est pas simplement la situation en Ukraine, les objectifs de démilitarisation et de dénazification de ce pays, l’empêchement de la poursuite de manifestations de génocide sur son territoire, la cessation de toute violence, la garantie pour les Ukrainiens de la possibilité de déterminer leur propre destin. Il s’agit de l’ordre mondial. C’est pourquoi l’Occident évite par tous les moyens de réagir à nos propositions claires et nettes basées sur les accords en vigueur concernant l’architecture de sécurité en Europe.

J’ai mentionné le principe clé approuvé au sommet à l’OSCE et dans les relations Otan-Russie. Chaque pays a le droit de choisir ses alliés. Sachant qu’aucun État ne peut renforcer sa sécurité au détriment de la sécurité d’un autre pays. Aucune organisation n’a le droit de revendiquer un rôle dominant dans l’espace euro-atlantique, ce que fait activement l’Otan. Le renforcement de la sécurité de l’Occident au détriment de la sécurité de la Russie est déjà sur toutes les lèvres. On nous dit: « ne vous inquiétez pas, l’adhésion de l’Ukraine ou d’un autre pays à l’Otan ne créera aucune menace pour la Russie. » Pour quelle raison l’Occident décide à notre place ce qu’il faut à notre sécurité? Tout comme les Américains décidaient pour l’Allemagne et pour l’Europe ce qu’il faut pour garantir la sécurité énergétique de l’UE, car cette sécurité sera garantie par les livraisons de gaz naturel liquéfié américain bien plus cher.

Le fait est qu’on nous écoute, mais on ne nous entend pas. On cherche à nous imposer leur vision de savoir comment il faut vivre en Europe.

Cela fait penser à des parallèles. A leur époque, Napoléon et Hitler se fixaient pour objectif d’assujettir l’Europe. Maintenant, elle a été assujettie par les Américains. L’Otan ne suscite aucune question, quand à l’Europe, on lui a montré sa place. L’histoire du gazoduc Nord Stream 2 a clairement montré quelle était la place de l’UE sur la scène mondiale. Elle a été forcée et c’est tout. On entend actuellement des discussions et des exigences des capitales occidentales. Une image hollywoodienne fait son apparition sur la scène mondiale: il existe le mal absolu et le bien absolu incarné par une personne qui est le scénariste de ce « film d’action ». C’est regrettable.

Je suis certain que cette hystérie passera. Nos partenaires occidentaux finiront par se calmer. Nous sommes toujours prêts au dialogue à une seule condition – uniquement dans l’équité, le respect et la prise en compte des intérêts réciproques.

Question (traduite de l’anglais): Le Président russe Vladimir Poutine est décrit en Occident comme un politicien « isolé » qui réagit de manière émotionnelle. Quand l’avez-vous consulté la dernière fois? Accepte-t-il des conseils?

Sergueï Lavrov: Vous préférez décrire ce que fait le Président russe Vladimir Poutine en s’appuyant sur la propagande occidentale.

Le Président russe Vladimir Poutine exprimait plusieurs fois en détail notre point de vue ces dernières semaines. Il reflète la position du gouvernement russe et il est élaboré en parfaite conformité avec les pouvoirs constitutionnels du Président de la Fédération de Russie et des structures telles que le Ministère des Affaires étrangères, le Ministère de la Défense, les services spéciaux et le Conseil de sécurité de la Russie. Ce travail est mené quotidiennement. Les réunions des membres permanents du Conseil de sécurité de la Russie se déroulent (au moins) chaque semaine. Tel est le mécanisme d’élaboration de décisions.

Question (traduite de l’anglais): Pendant des décennies la Russie et les États-Unis maintenaient la stabilité malgré les craintes liées au potentiel nucléaire. Pouvez-vous rassurer le monde et dire que la Russie « dans un élan enragé » n’utilisera pas l’arme nucléaire en premier?

Sergueï Lavrov: Nous avons une doctrine militaire qui décrit les paramètres et les conditions d’utilisation de l’arme nucléaire. Il n’y a aucune « escalade pour une désescalade », comme cherchent à nous imputer les analystes occidentaux.

Il y a une discussion sur une guerre nucléaire. Je vous prie de regarder attentivement les déclarations faites et les « personnages » qui ont fait ces déclarations. D’abord, le Secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, dans un élan propagandiste, voulant plaire aux forces les plus radicales en Occident, a déclaré que personne n’interdirait à l’Alliance de faire ce qu’elle voudra. Notamment si elle décidait tout à coup de déployer des armes nucléaires en Europe de l’Est. Commençons par dire que l’Otan ne peut pas décider où déployer l’arme nucléaire. L’Alliance n’en dispose pas. Les Américains en possèdent. L’allusion de Jens Stoltenberg était très révélatrice.

Après cela, Vladimir Zelenski a commencé à dire qu’ils renonceraient à leurs engagements d’État non nucléaire pour se doter de l’arme nucléaire. Vous vous en souvenez. N’oubliez pas les propos de mon homologue français, le Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Vous savez, il aime parader. Le coq est le symbole national des Français. Et ils paradent souvent. Lors d’une nouvelle « séance » de communication avec le monde, Jean-Yves Le Drian a déclaré que Vladimir Poutine devait se rappeler que la France possède également l’arme nucléaire. Ce n’est pas moi ou le Président Vladimir Poutine qui le disent, ce sont eux qui ont commencé. La cheffe de la diplomatie britannique récemment nommée Liz Truss a déclaré qu’elle était prête à un conflit entre l’Otan et la Russie. Notez également la déclaration de votre Président Joe Biden. En répondant à une question pour savoir s’il existait une alternative aux « sanctions infernales » actuelles, il a dit que seulement une Troisième Guerre mondiale aurait était une alternative à ces sanctions. Il est clair pour tout le monde que la Troisième Guerre mondiale pourrait être seulement nucléaire. Je souligne que c’est dans la tête des politiciens occidentaux que trotte une guerre nucléaire, par dans la tête des Russes. Je vous assure que nous ne permettrons pas à des provocations de nous faire perdre l’équilibre. Mais si on déclenchait une véritable guerre contre nous, c’est ceux qui couvent de tels projets qui devraient y songer. Or de tels projets existent, selon moi.

Question (traduite de l’anglais): Le monde voit que des bombes russes tuent des gens en Ukraine et nous entendons les mensonges dits par les Russes sur ces attaques. Le monde s’est uni pour les condamner. Comment pouvez-vous défendre cette position?

Sergueï Lavrov: Je vois que vous l’avez lu sur une feuille. La question est brève, mais vous avez décidé de citer les mots sur votre feuille. Je ne peux pas commenter les divagations, qui sont nombreuses aujourd’hui. Si vous l’avez remarqué, c’est surtout l’Europe et les États-Unis qui cherchent à bloquer tous les médias, sources et chaînes d’information de Russie sur ce qui se passe en Ukraine, sur l’évolution de l’opération militaire spéciale et sur le comportement de l’armée ukrainienne et des bataillons néonazis ukrainiens envers les civils. Quand ils se replient, ils pillent simplement les communes. Les milices de Donetsk et de Lougansk ont commencé à les repousser de leur territoire dans le Donbass. Ils se replient, ils prennent aux habitants des voitures, de l’électroménager, se comportent comme des maraudeurs et des voleurs. Il existe de nombreuses informations sur la préparation de provocations, notamment à Marioupol et sur d’autres territoires où les Ukrainiens tentent d’utiliser les civils comme bouclier vivant. Parlez eux Indiens, aux Arabes et aux Africains qui tentent de quitter l’Ukraine, mais on leur en empêche. Littéralement hier, le Premier ministre indien Narendra Modi s’est entretenu avec le Président russe Vladimir Poutine. Il est préoccupé par la mort d’un étudiant indien en Ukraine, à Kharkov. Il n’y a pas de forces russes à Kharkov. Mais nous voyons la situation à la gare de Kharkov où on empêche aux étrangers de partir, notamment via le territoire russe. Nous sommes prêts à accueillir ces étudiants. Je n’ai pas le temps d’énumérer tous les faits. Je vous invite à consulter le site de notre Ministère qui décrit en détail tout ce que fait actuellement le régime néonazi de Kiev. Je sais que vous aimez le terme « assassin ». De véritables assassins combattent du côté du régime de Kiev.

Question (traduite de l’anglais): Pensez-vous que le Président Vladimir Zelenski, premier président juif de l’Ukraine, dont la famille a été massacrée lors de la Shoah, est un nazi?

Sergueï Lavrov: Je pense qu’il est manipulé par les nationalistes et les néonazis. Je ne peux pas expliquer autrement qu’il préside la société où les néonazis et le néonazisme prospèrent. Ils organisent ouvertement des marches aux flambeaux. Qui plus est, le président envoie sa garde d’honneur à ces marches. Ils organisent des exercices, s’entraînent aux combats urbains, au sabotage et aux provocations. Tout cela se déroule sous le Président Vladimir Zelenski. Ce dernier dit que son grand-père a combattu pendant la guerre. Mais regardez quelles lois il signe. Comment un président, un « homme de la paix » (tout juif doit l’être), peut-il signer la loi sur les peuples autochtones de l’Ukraine? La liste de ces peuples ne comprend pas les Russes. Si le président n’est pas raciste, comment peut-il signer et soutenir les lois qui interdisent la langue russe non seulement dans les écoles (ce qui est déjà horrible) et l’enseignement, mais aussi dans la vie quotidienne. Là-bas, on ne peut même pas demander en russe un médicament dans une pharmacie. Par ailleurs, il existe en Crimée russe (qui préoccupe tellement certains Occidentaux) trois langues officielles: le russe, le tatar et l’ukrainien. Rien de ce genre n’a existé sous le pouvoir ukrainien. Tout citoyen russe qui habite en Crimée a le droit de s’adresser à n’importe quel bureau public ou local et de recevoir une réponse en sa langue maternelle. Je peux longtemps l’énumérer. Mais je sais que vous aimez créer rapidement des images impressionnantes au lieu de vous pencher sur les faits. Visitez au moins une fois, pour une trentaine de minutes, le site de notre Ministère ou du Ministère de la Défense. Je comprends qu’on vous n’autorisera pas de hausser la voix. Le Président français Emmanuel Macron a déclaré hier qu’il était mensonger d’accuser Vladimir Zelenski et l’Ukraine du nazisme. On lui a déjà répondu. La meilleure réponse a été présentée par sa compatriote, une journaliste française qui s’était rendue dans le Donbass, avait observé un bombardement d’une école et la mort de deux femmes qui y travaillaient. Elle a fait honte à tous les responsables occidentaux qui refusaient de le voir. Évidemment, on ne lui a pas autorisé de publier ce commentaire, mais il est accessible sur les réseaux sociaux. Je vous suggère d’apprendre les faits au lieu de faire semblant qu’il s’agit d’un film d’action hollywoodien qui évolue selon le scénario écrit par vos collègues et qui comprend un mal et un bien absolus.

Question (traduite de l’anglais): Nous avons récemment interviewé plusieurs responsables européens. Ces derniers ont affirmé que l’Otan ne voulait pas s’élargir vers l’est. Cela ne devrait pas être un problème pour la Russie. Mais nous n’entendons plus les propos de ce genre. Quelles sont les raisons de ces changements et du blocage des médias russes, comme Sputnik et RT, en UE? Nous constatons des désinformations sur les réseaux sociaux et dans les médias. Quelle sera votre réponse à tout cela?

Sergueï Lavrov: Quelle sera notre réponse? Il s’agit d’un fait notoire qu’il est impossible de dissimuler. Les dirigeants de l’URSS et de la Russie ont reçu des promesses que l’Otan n’arriverait pas à l’est de l’Oder. Mais vous savez parfaitement ce qui s’est passé plus tard. Le Président Vladimir Poutine l’a évoqué à plusieurs reprises. Cinq étapes consécutives d’élargissement de l’Alliance atlantique. Qui plus est, la rhétorique de cette dernière, ainsi que sa planification militaire et des manœuvres étaient chaque fois de plus en plus orientées contre la Fédération de Russie.

Nous l’avons évoqué à de nombreuses reprises, avons attiré l’attention sur ce fait. Mais nous n’avons pas reçu de réaction confirmant la volonté de l’Otan de mener un dialogue égalitaire sur la base du respect des intérêts et des préoccupations de l’interlocuteur. Ce n’est pas par hasard que j’ai cité les déclarations adoptées au sommet de l’OSCE, à Istanbul en 1999, à Astana en 2010 ou à Pratica di Mare en 2002, entre les dirigeants de la Russie et de l’Otan. Ces textes stipulent clairement que personne ne renforcera sa sécurité au détriment de celle des autres et qu’aucune organisation dans l’espace euro-atlantique de l’OSCE ne peut prétendre à la domination dans cette région. L’Otan refuse catégoriquement de respecter ces deux clauses.

Vous avez posé une très bonne question: quelles sont les raisons de la situation actuelle et du maintien de la position occidentale? Je ne voie qu’une seule explication: une volonté têtue et obstinée de maintenir sa suprématie dans n’importe quel domaine et de montrer à tout le monde que c’est l’Otan qui dicte la loi en Europe. Jens Stoltenberg vient de déclarer que l’Otan était responsable de la sécurité globale. Nous n’avons donc aucune confiance en affirmations que l’Otan est une alliance défensive. S’elle était défensive, son objectif serait sa défense. Par ailleurs, personne ne l’a agressée. L’Alliance décidait tout elle-même. D’abord, sa ligne de défense était le mur de Berlin. Suite à la disparition de ce dernier, l’Otan s’est mise à rechercher de nouvelles zones de défense, à s’élargir vers l’est. Qui plus est, elle créait chaque fois, unilatéralement, de nouvelles lignes de défense. La dernière se trouve tout près des frontières de la Fédération de Russie. Nous l’avons expliqué à plusieurs reprises. Le Président russe Vladimir Poutine a évoqué de manière très claire notre position au cours de ses interventions publiques et de ses longs entretiens avec les dirigeants occidentaux. S’il s’agit des contacts bilatéraux, ces pays expriment visiblement une certaine volonté de nous comprendre, mais, dès qu’ils se réunissent, quelque chose change. Cela s’explique probablement par le rôle directeur des États-Unis qui donnent des ordres et des instructions. C’est dommage. Mais nous sommes toujours ouverts au dialogue qui commencera certainement tôt ou tard.

Tout le monde sait parfaitement que l’Ukraine a fait face à un coup d’État qui n’avait aucun prétexte raisonnable. Il a eu lieu un jour après l’accord entre le président et l’opposition sur l’organisation des élections que les opposants auraient gagnées facilement. Le Président Vladimir Poutine a demandé à ces collègues, pourquoi ils avaient organisé ce coup d’État. Sinon, l’accord aurait été respecté et il n’y aurait pas eu d’insurrection contre les putschistes en Crimée. La péninsule serait restée ukrainienne. Nous avons bien expliqué tout cela. Mais, dans le contexte actuel, nous ne pouvons pas accepter le maintien de cette menace, parce qu’on transformait depuis longtemps l’Ukraine en anti-Russie, en plateforme de torpillage de tout ce qui était russe. Il s’agissait d’un élément d’un grand jeu géopolitique. Souvenez-vous des propos de Zbigniew Brzezi?ski: « La Russie et l’Ukraine constituent une superpuissance ». Si je ne me trompe pas, il a également suggéré d’utiliser l’Ukraine pour torpiller les intérêts, l’influence et la culture russes. Il a également appelé à utiliser l’Ukraine pour torpiller l’orthodoxie ce qui se passe aujourd’hui. Le Président Piotr Porochenko a lancé cette politique, poursuivie activement par Vladimir Zelenski. Nous n’avons donc pas de déficit de bonne volonté, mais nous ne permettrons pas de nuire constamment et grossièrement aux intérêts russes, de créer des menaces physiques pour la sécurité de la Russie.

Question (traduite de l’anglais): Que pensez-vous de la situation actuelle après les négociations avec l’Ukraine?

Sergueï Lavrov: Je ne peux pas encore évaluer la situation à l’issue des négociations. Les négociations n’ont pas encore commencé. Je pense que le chef de la délégation qui négocie avec les Ukrainiens, fera une déclaration en ce sens suite à cette rencontre. Et nous apprendrons tout alors.

Question (traduite de l’anglais): La Russie est isolée sur la scène diplomatique. Il n’y a que quatre pays qui ont voté contre la résolution appelant la Russie à cesser immédiatement son opération militaire. L’Otan est probablement la plus unie depuis la dissolution de l’Union soviétique. Ne s’agit-il pas d’un fiasco, d’une défaite de la Russie d’un point de vue diplomatique?

Sergueï Lavrov: Vous savez, c’est à vous de juger. Je ne peux pas être juge de mes actions et des actions de mon pays. Nous sommes persuadés que nos actions sont justes.

Je répète: c’est mauvais, horrible que des gens meurent actuellement.

Je ne pense pas à un fiasco diplomatique, mais au « talent » diplomatique de l’Occident. Des milliers de personnes sont mortes. Environ 14.000 habitants du Donbass sont morts depuis huit ans de la guerre. Aucun représentant de votre chaîne ou d’autres médias occidentaux n’a même pensé à se rendre dans le Donbass pour prendre connaissance de la vie des gens, présentés par le régime ukrainien comme des terroristes, bien qu’ils n’aient attaqué personne. Ce sont eux qui ont été attaqués et proclamés terroristes. Cette population fait face aux bombardements quotidiens, aux morts des civils, à la destruction des écoles, aux attentats.

Si les propos de l’Occident définissent vos actions professionnelles, c’est la norme visiblement. Vous avez absolument le droit de considérer comme un triomphe diplomatique huit ans du silence des médias et des responsables occidentaux, huit ans du torpillage des accords de Minsk par le régime ukrainien qui refusait de mettre en œuvre ces textes et continuait de recourir à la force contre les civils, huit ans de l’omission et du silence. Vous représentez un média libre. La Russie a décidé de protéger ses intérêts, alors que l’Otan est, comme vous l’avez dit, plus soudée que jamais. Est-ce que l’Otan recherchait un moyen de restituer le sens de son existence? Ce dernier a disparu avec l’Union soviétique et le Pacte de Varsovie. Ensuite, nous avons constaté une campagne en Afghanistan. Aujourd’hui, l’Otan a triomphalement quitté ce pays. Elle manquait donc le prétexte pour s’unir et contrôler tous les alliés. De quelle autonomie stratégique parle le président français Emmanuel Macron? Personne n’aura jamais aucune autonomie stratégique. Les États-Unis l’ont clairement démontré. Ce qui constitue probablement leur triomphe diplomatique. Mais je ne vais donc pas dire qui subit en réalité un disco diplomatique en Europe.

En ce qui concerne les calculs que vous avez mentionnés, nous savons bien les méthodes de nos collègues occidentaux qui leur permettent d’obtenir ces résultats. Ils font chanter, forcent la main. Ils disent ouvertement à tous les pays sans aucune exception: vous êtes obligés de voter comme nous disons. Ils le disent aux responsables qui possèdent des comptes en Occident et dont les enfants font leurs études aux universités occidentales. Ils le disent clairement, sans ambages. Je le sais, parce que beaucoup de mes amis m’expliquent qu’ils font face à la pression: « Je te demande pardon, mais nous ne pouvons pas voter autrement. C’est une question de ma vie, de la vie et du bien-être de ma famille. » Oui, c’est comme ça qu’on assure cette triomphe diplomatique. Je vous en félicite. Mais la vérité trouvera son chemin.

Je vous invite encore une fois à consulter le site du Ministère russe des Affaires étrangères qui présente des faits documentés et absolument irréfutables sur les atrocités de la soldatesques et des néonazis ukrainiens dans le Donbass et dans d’autres régions de l’Ukraine. C’est pourquoi nous ne ressentons pas de solitude politique.

Question (traduite de l’anglais): Existe-il un projet de rétablir le pouvoir de Viktor Ianoukovitch en Ukraine? Est-ce l’objectif final de la Russie?

Sergueï Lavrov: Vous posez encore une fois une question démontrant que vous êtes venus à cette interview sans avoir appris ce qui avait été dit à ce sujet par le Président Vladimir Poutine et moi-même. Le choix de l’avenir de l’Ukraine et des dirigeants de ce pays appartient au peuple ukrainien, plus précisément à tous les peuples qui habitent en Ukraine multiethnique.

Question (traduite de l’anglais): Je voudrais poser la question sur Polina Zakhodinskaïa, élève du 4e, tuée par les Russes à Kiev. Je sais que vous avez une fille. Regardez-moi dans les yeux et dites que vous dormez calmement en sachant que les bombes et les balles russes tuent des enfants.

Sergueï Lavrov: Je ne peux rien ajouter à ce que j’ai déjà dit. Toute vie humaine n’a pas de prix. Mais tout combat est malheureusement lié à des victimes, non seulement chez les miliaires, mais aussi chez la population civile. Nos militaires qui participent à l’opération spéciale ont reçu un ordre strict d’utiliser des armes de haute précision pour supprimer l’infrastructure militaire. Ils ne frappent même pas sur les casernes des militaires ukrainiens.

Je ne peux qu’exprimer mes condoléances aux proches des victimes.

Question (traduite de l’anglais): Vous parlez des armes de haute précision, mais il y a des informations sur des centaines de victimes civiles. La Cour pénale internationale lance une enquête. Est-ce que vous préparez votre stratégie de défense concernant les crimes de guerre?

Sergueï Lavrov: Vous avez envie de poser de telles questions brûlantes, vous aurez certainement une audience que vous agiterez à l’aide de ces propos émotionnels. C’est votre travail si je le comprends bien. Vous n’êtes pas un média, mais plutôt un outil visant à imposer aux populations une vision définie par les dirigeants occidentaux. Je répète que je ne justifie aucune action provoquant la mort des civils.

Ce ne sont pas nous qui avons inventé le terme « dommage collatéral ». Ce sont nos collègues occidentaux qui l’ont inventé pendant leurs aventures en Irak ou même avant, dans les pays d’Amérique latine, en Libye. Avez-vous jamais couvert avec tellement d’émotion les événements en Irak ou en Libye, où il s’agissait de centaines de milliers de morts chez la population? Je ne m’en souviens pas. Ainsi, je constate que votre question est rhétorique.

Question (traduite de l’anglais): Oui, certainement, c’est mon travail, M. Lavrov, mais c’est vous qui avez déclenché cette guerre et le sang de Polina est donc sur vos mains, n’est-ce pas?

Sergueï Lavrov: Je ne veux pas jouer à ces jeux. Votre comportement rappelle un talk-show. Si vous voulez apprendre ma position, je l’ai déjà présentée, notamment sur les aspects humanitaires de l’opération actuelle.

Je comprends bien que vous couvrirez tout conformément à vos directives, mais je veux que vous vous rappeliez – un journaliste qui applique une commande doit probablement avoir une conscience – votre attitude depuis huit ans, quand des milliers de filles, de femmes et de vieillards étaient tués dans le Donbass par le régime ukrainien. Consultez le site de notre Ministère. Je ne veux pas prendre votre temps par des récits de plusieurs heures. Et si vous êtes tellement préoccupés – justement – des répercussions humanitaires des combats, il vous faut regarder les pages que vous préférez ignorer dans votre activité professionnelle.

Question (traduite de l’anglais): La Russie a officiellement perdu 500 soldats en seulement une semaine d’activités militaires et bien plus selon d’autres estimations. De ce point de vue, cette opération est devenue l’une des plus « chères » dans l’histoire récente de la Russie. Elle a coûté bien plus cher que la guerre en Afghanistan ou en Tchétchénie. La position officielle stipulait: les Russes seront accueillis à bras ouverts et les Ukrainiens déposeront immédiatement les armes. Que s’est-il passé?

Sergueï Lavrov: C’est une vision subjective. Il y a des pertes. Il y en a déjà dans de telles situations. J’y ai déjà répondu.

En ce qui concerne l’affirmation que tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Je ne pense pas que vous êtes au courant des projets confidentiels à la base des actions de notre contingent qui mène l’opération militaire spéciale sur ordre du Président russe Vladimir Poutine. C’est une question abstraite.

Je veux seulement souligner qu’il ne faut pas examiner cette situation séparément du reste, des trente ans qui étaient remplis de divers événements dans les relations entre la Russie et l’Occident, dans les relations de l’Occident avec le reste du monde, notamment avec les États-Unis.

Le Président russe Vladimir Poutine a déclaré plusieurs fois que la menace était arrivée directement sur notre frontière. Je pense que ce n’est pas un secret. Nous avons des informations que le Pentagone est très préoccupé par le sort des sites chimiques et biologiques en Ukraine parce qu’il y avait construit deux laboratoires militaires biologiques pour développer des pathogènes (Kiev et Odessa). Maintenant ils sont inquiets parce qu’ils perdent complètement le contrôle de ces laboratoires. Sachant que les Américains refusent complètement de mettre en place un mécanisme de vérification dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques et construisent des sites militaires biologiques le long du périmètre de la Fédération de Russie. Des bases militaires étaient construites en Ukraine, notamment par les Britanniques, et bien d’autres choses. La CIA y était constamment présente et en grand nombre.

Ils n’entraînaient et ne préparaient certainement pas l’armée ukrainienne pour se battre contre la Pologne. Quand ce genre de choses arrivait en Irak, les États-Unis disaient que cela menace la sécurité nationale des États-Unis. Est-ce que quelqu’un a posé la question: pour quelle raison les États-Unis ont décidé de remettre de l’ordre à 10.000 km des États-Unis? Non, cela ne vous est pas venu à l’idée. Parce que c’est de la suprématie hautaine. Quand la Russie pointe la menace tout près de nous, on nous dit qu’il n’y a pas de menace, « vous êtes en sécurité ». C’est eux qui décident des conditions nécessaires pour notre sécurité quand « cela » se trouve à proximité immédiate des frontières russes. Nous ne partons pas à 10.000 km pour rétablir l’ordre selon « nos propres règles ». C’est une décision forcée parce qu’on ne nous entendait pas et on nous mentait depuis trente ans. Un jour nous devrons nous entendre, mais sur la base des engagements pris par tout le monde: ne pas renforcer sa sécurité au détriment des autres et ne pas revendiquer la domination. Seulement un dialogue équitable. Or nos collègues occidentaux n’y sont pas prêts et jouent actuellement au bien absolu à travers un abus grossier de toutes les méthodes diplomatiques en forçant les petits et moyens pays à agir selon les ordres. Cela se produisait plusieurs fois dans l’histoire mondiale. Plusieurs fois dans l’histoire russe. Je ne ferais pas d’estimations prématurées. Une opération est menée avec des objectifs clairs, ils sont désignés: démilitariser l’Ukraine pour y empêcher la présence d’une arme menaçant la Russie, la dénazification de l’Ukraine, parce que le verdict du procès de Nuremberg reste en vigueur, ainsi qu’évidemment des garanties pour l’Ukraine sans adhérer à l’Otan. Le Président russe Vladimir Poutine soulignait que l’expansion de l’Otan était inadmissible, mais nous sommes prêts à évoquer les solutions pour garantir la sécurité de l’Ukraine, de toute l’Europe et de la Fédération de Russie.

Question (traduite de l’anglais): Vous avez dit que la Russie ne voulait pas que l’Ukraine capitule. Êtes-vous prêt à avoir affaire au Président ukrainien Vladimir Zelenski? Que doit-il faire, que doit-il accepter pour stopper les activités militaires? Voulez-vous occuper tout le territoire de l’Ukraine et en établir le contrôle? Est-ce que cela signifie la destruction totale de l’armée ukrainienne?

Sergueï Lavrov: Cela ne signifie pas ce dont vous parlez avec tant d’émotions. Je rappelle encore une fois. J’essaie d’expliquer, mais on me repose des questions comme si on n’avait pas entendu mes réponses. Nous sommes prêts aux négociations. Quand le Président Vladimir Zelenski a demandé des pourparlers, le Président Vladimir Poutine a immédiatement accepté et a envoyé une délégation. Puis, le Président Vladimir Zelenski a changé d’avis. Les Américains lui ont probablement dit de ne pas se hâter. Ensuite, ils ont dit qu’ils viendraient. Après quoi, ils ne sont pas venus le jour prévu, mais le lendemain. Nous les y attendions. Les négociations ont eu lieu. Les collègues ukrainiens connaissent notre position. Ils nous promettaient de transmettre pour ce cycle de négociations leur position. Nous sommes prêts à parler, mais nous poursuivrons notre opération parce que nous ne pouvons pas permettre qu’en Ukraine demeure une infrastructure menaçant la sécurité de la Fédération de Russie.

La démilitarisation dans le sens de la destruction de l’infrastructure et des armements qui nous menacent sera menée jusqu’au bout. Même si nous signons un traité de paix, il devra forcément inclure cette condition.

Question (traduite de l’anglais): Le Président français Emmanuel Macron et le Président russe Vladimir Poutine sont souvent en contact. D’après vous, la France joue-t-elle un rôle particulier dans le règlement de ce conflit?

Sergueï Lavrov: En France, il existe de longues traditions de médiation dans différents conflits. Nous nous souvenons du Président français Nicolas Sarkozy, qui aidait à régler la situation déclenchée par l’ordre criminel de Mikhaïl Saakachvili de bombarder les casques bleus et l’Ossétie du Sud. Nous savons que le Président français Emmanuel Macron et son prédécesseur participaient activement à la création du format Normandie, qui a débouché sur les Accords de Minsk. En revanche, ces accords étaient une étape importante dans ces efforts, mais tout s’est arrêté là. Après leur signature et leur approbation par le Conseil de sécurité des Nations unies, ni la France ni l’Allemagne n’ont rien fait pour forcer l’Ukraine à les remplir. Au contraire, ils ont commencé à dire que l’Ukraine ne devait pas les remplir, que c’est la Fédération de Russie qui devait le faire, qu’il ne devait y avoir aucun dialogue direct entre Kiev et Donetsk, entre Kiev et Lougansk, parce que tout cela est « artificiel », et en réalité c’est la Fédération de Russie qui est « coupable ». Nous tentions de rappeler à la raison nos partenaires français et allemands montrant les textes des Accords de Minsk, des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies stipulant directement que toutes les questions clés devaient être réglées avec Donetsk et Lougansk. Cela n’a pas aidé.

J’ai déjà mentionné que le Président français Emmanuel Macron faisait preuve d’initiative. Il s’est récemment rendu en visite et il parle souvent par téléphone au Président russe Vladimir Poutine. Un entretien téléphonique se déroule au moment où nous nous parlons. Nous serions ravis si cette fois la France aidait tout de même à déboucher sur un accord basé sur les principes approuvés dans le cadre de l’OSCE et dans le cadre des relations internationales. Mais quand le Président français Emmanuel Macron disait hier (j’y ai déjà fait référence) que les affirmations sur la prospérité du néonazisme étaient un mensonge. Entendre cela de la part d’un allié… Ils ne voient pas à quel point ce qui se passe en Ukraine envers les Juifs et les Russes – les déclarations agressives, les marches aux flambeaux et de nombreux crimes physiques, notamment dans le Donbass. Le Chancelier allemand Olaf Scholz, également partenaire de la France au format Normandie (ancien format, à présent, si je comprends bien) disait qu’il était ridicule d’affirmer qu’il y avait des signes de génocide en Ukraine. C’est très désagréable d’entendre cela de la part du représentant allemand. Si nos collègues allemands ne remarquent pas de tels signes… Olaf Scholz a récemment dit une chose très sérieuse sur la situation en Europe – ils n’avaient pas vu cela en 75 ans. Par conséquent, nos collègues allemands ont oublié ou n’ont pas remarqué les bombardements de la Yougoslavie.

Vous savez, où que nous dirigions notre discussion, nous nous heurtons constamment aux doubles standards. Ce bien absolu que les collègues américains cherchent à créer avec votre aide sous-entend que vous avez droit à tout: émettre des jugements sur les situations quand vous le trouvez nécessaire et taire les situations désagréables parce que l’Occident y est directement impliqué, avant tout les États-Unis. Je comprends que vous avez la solidarité, l’alliance, mais cela ne rend pas la situation plus facile pour le monde et les affaires internationales. En fait, c’est une dictature ce que vous cherchez à établir actuellement en Fédération de Russie – aucune démocratie, aucune fraternité, aucune égalité.

J’ajouterai que nous saluons les efforts de médiation du Président français Emmanuel Macron. Le Président russe Vladimir Poutine lui a expliqué plusieurs fois comment nous voyions le dénouement de cette situation.

Question (traduite de l’anglais): L’Union européenne livre des armes en Ukraine. Considérez-vous ces actions comme un acte de guerre? Constatez-vous un risque de guerre nucléaire?

Sergueï Lavrov: Ce ne sont pas nous qui évoquons la guerre nucléaire. Ce sont votre Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui a appelé le Président russe Vladimir Poutine à se souvenir de l’arsenal nucléaire de la France, le Président ukrainien Vladimir Zelenski ou le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg qui a annoncé que l’Alliance pourrait déployer des armes nucléaires encore plus proche de la Russie en cas de nécessité. La cheffe de la diplomatie britannique Liz Truss a dit qu’elle était prête à une guerre entre l’Otan et la Russie. Ce sont les conversations que vous tentez d’utiliser pour nous en accuser, bien que – je le souligne – ce ne sont pas nous qui soulevons le sujet de la guerre nucléaire, de la Troisième Guerre mondiale, dans ces débats. C’est visiblement nécessaire pour maintenir le public occidental en état de pression permanente, intensifier la russophobie, alors qu’on agresse les Russes, expulse les étudiants russes, empêchent les concerts des artistes russes et la participation des sportifs russes aux compétitions. Il s’agit notamment d’une concurrence déloyale et malhonnête visant à améliorer sa situation dans le sport, l’art et d’autres domaines de l’activité humaine. C’est tout simplement malhonnête. J’espère donc que nos principaux partenaires se calmeront. Nous serons prêts à dialoguer, mais uniquement de manière raisonnable et pragmatique, sur la base de l’égalité. S’ils comptent que le monde changera après les événements actuels et que la Russie se soumettra à leurs dictats, c’est absolument erroné. Il ne faut pas oublier notre histoire.

Question: Un collègue a mentionné les résultats du vote sur la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU. Vous êtes évidemment au courant de ce vote, tout comme de celui du Conseil de sécurité. Compte tenu de l’attitude actuelle envers la position russe, faut-il s’attendre à un changement des priorités russes en matière de politique étrangère, à une réorientation du pays? L’Occident n’a toujours présenté aucune garantie de sécurité. Mais vous avez évoqué à plusieurs reprises le rôle crucial de ces garanties. La campagne lancée par Moscou en Ukraine, pourrait-elle se solder, selon vous, par l’octroi de garanties de sécurité à la Russie de la part de l’Occident?

Sergueï Lavrov: Tous les conflits se soldent par des accords, cela ne dépend pas de nous. Notre position est bien connue. Nous avons été ignorés pendant 30 ans. L’Occident sait parfaitement nos préoccupations. Il n’a pas pu et ne pourra pas les ignorer sans cesse de manière arrogante. C’était naïf de l’espérer.

En ce qui concerne une réorientation éventuelle, nous sommes prêts à travailler dans tous les domaines où il existe une volonté réciproque de coopérer sur la base de l’équilibre des intérêts. Je vous assure que la décision de certains pays d’interdire à leurs entreprises de travailler en Russie s’explique par une pression énorme. Ils se disent prêts à souffrir afin de « punir » la Russie. Même le directeur adjoint du conseil économique national des États-Unis a dit que Washington voulait empêcher une hausse trop rapide des prix du pétrole, parce que cela serait avantageux pour la Russie. Vous comprenez? Il ne veut pas le prévenir parce que les électeurs américains feront face à une hausse des prix de l’essence, ce qui suscitera des sentiments négatifs par rapport au pouvoir américain, mais parce que cela sera avantageux à la Russie. Leurs cerveaux ne visent qu’un objectif: punir au maximum la Russie. Tout cela se solde évidemment sur l’économie et le domaine social. Je vous assure que nous résoudrons tous les problèmes créés par l’Occident – je voudrais souligner encore une fois qu’il ne s’agit en aucune façon de sa sécurité – qui veut utiliser l’Ukraine comme un outil et un prétexte afin d’empêcher la Russie d’avoir une politique indépendante. Il ne reste pas sur la Terre beaucoup de pays qui peuvent se permettre ce luxe. Si vous voulez, les sanctions constituent une sorte de taxe sur l’indépendance.

En ce qui concerne votre deuxième question, celle sur les garanties de sécurité, j’ai relu avec plaisir un article de John Mearsheimer, professeur de l’Université de Chicago, publié en 2014, suite aux événements en Crimée et dans l’est de l’Ukraine: « L’Occident offre à l’Ukraine un chemin de faux espoirs qui ne mène qu’à son effondrement. Moi, je voudrais assurer un statut neutre de l’Ukraine et développer son économie. Elle ne peut plus rester entre les deux feux, entre la Russie et l’Otan. Ce serait la meilleure option pour les Ukrainiens. Au lieu de cela, nous encourageons l’Ukraine à jouer ses muscles devant les Russes. Nous lui offrons l’idée qu’elle fera un jour partie de l’Occident et que nous vaincrons Poutine. Et que tout sera comme nous le voulons. Et que le temps est de notre côté. Quant aux Ukrainiens, ils jouent évidemment à ce jeu. Ils ne veulent plus aucun compromis avec les Russes. Juste au contraire, ils veulent adopter une position ferme. Dans ce cas-là, ils finiront mal. Et nous ne faisons actuellement qu’encourager une telle issue. À mon avis, il sera beaucoup plus sensé de créer une Ukraine neutre. C’est dans l’intérêt des États-Unis de mettre fin à cette crise le plus rapidement possible. C’est également dans l’intérêt de la Russie. Et surtout dans l’intérêt de l’Ukraine. » Cet article a été publié il y a 7,5 ans par Foreign Affairs. Par un média très bien connu et respecté. La Maison blanche et le Département d’État y font normalement attention, mais ont visiblement décidé de l’ignorer cette fois-là. Je suis certain que la Maison blanche et les dirigeants américains sont au courant de ces humeurs, mais préfèrent ne pas en tenir compte. Ils avaient un autre objectif, ils ne voulaient pas assurer la sécurité de l’Ukraine sur la base d’un équilibre entre les intérêts de l’Ukraine, des États-Unis et de la Russie, mais diaboliser, achever la Fédération de Russie. Ils avaient cet objectif dès le début. Nous n’en avons plus malheureusement aucun doute.

Je voudrais remercier tout le monde. Je comprends bien vos émotions, mais le journalisme doit s’appuyer sur l’analyse des faits. Je vous invite encore une fois à consulter le site de notre Ministère.

Voir également notre dossier sur la situation en Ukraine.

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lecridespeuples | 14 mars 2022 à 21 h 27 min | Catégories : LE CRI DES PEUPLES | URL : https://wp.me/pb3JpA-3OO

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