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Armes made in Israel pour les Contras syriens de l’Oncle Sam ?


Par Jacques Borde.

Le fait mérite d’être noté :jusqu’à une date récente, l’État hébreu ne s’était guère fait remarquer sur le volet syrien de ce que nos media ont – un peu abusivement, il est vrai – appelé les « révolutions arabes ».

La (relative) prudence hiérosolymitaine n’était pas infondée. Les Israéliens estimant notamment le comportement de Washington sur le sujet comme essentiellement « ostentatoire ». Le veto russe a, semble-t-il, passablement durci la position israélienne. Le Premier ministre Binyamin Nétanyahu haussant le ton. Tout comme d’autres personnalités hiérosolymitaines. Ainsi, Gabrielle Shally, ancienne diplomate en poste à l’Onu, a dénoncé ce qu’elle a appelé « l’état de régression du Conseil de sécurité des Nations-unies ». Avec, toutefois, un bémol (de taille). Selon elle, s’il ne faut pas « laisser toute seule l’opposition syrienne », il faut éviter que s’ingérer dans les affaires intérieures de la Syrie ne débouche sur une ingérence équivalente dans les affaires israélo-palestiniennes…

Au bout du compte, Tel-Aviv reste beaucoup plus prudent que bien des Européens jouant les Rodomonte. L’ancien ambassadeur israélien à l’Onu, Itamar Rabinovitch, concluant simplement « qu’Israël serait content de la chute de Bachar el-Assad ».

Simple vœu pieux ? Ou plus ?

Interrogé, lui aussi, sur le dossier syrien, le député Yitzhak Herzog a reconnu avoir des « contacts avec l’opposition syrienne », notamment des éléments appartenant au pro-américain CNS.

Est-ce tout ? Évidemment, non !

Scrutant quotidiennement les images en provenance de Syrie, quelle n’a pas été ma surprise en tombant sur des images passant en boucle sur I-Télé – notamment lors du journal permanent à 19:15 du 7 février 2012 – de noter la présence entre les mains d’un Contra syrien, supposé se battre à Homs, d’un fusil d’assaut made in Israel : un FAL, plus précisément.

Qu’est-ce qui me permet d’être aussi formel ? Certes, les insurgés salafo-takfiristes qui ont pris le pouvoir en Libye grâce aux Guernica en série de l’Otan – et, depuis, y torturent violent et massacrent à outrance – ont mis la main sur des FAL achetés par la Libye auprès de la firme Herstal. Or, ces FAL sont aisément reconnaissable à leur garde-mains de couleur noire en polymère ou ryslan.

De son côté, Tsahal a adopté le FAL en remplacement du Mauser-CZ, au lendemain de la crise de Suez (1956). Des FAL 50-00, 50-61 et FALo (modèle lourd d’appui), pour être précis, produits en Israël par IMI en échange de la licence de fabrication de l’Uzi accordée à la FN Herstal.

Or, ces FAL made in Israel vont subir quelques modifications dont la plus voyante est le garde-mains en demi-coques de bois striées sur la partie postérieure et une partie antérieure métallique perforée. Naturellement, les FAL israéliens portent des marquages en hébreu.

Question : comment cet ustensile belgo-hiérosolymitain a-t-il pu aboutir entre les mains d’un milicien pro-occidental dans les ruelles de Homs ?

Les FAL d’IMI ne connurent qu’une carrière assez brève au sein des Forces de Défense israéliennes (Tsahal, en français courant) :la Guerre des Six jours puis la Guerre du Kippour, principalement. L’arme ne donna jamais entièrement satisfaction, l’homme de troupe – bien qu’appartenant à des unités d’élite comme le Sayeret Golani, en 1961 à Nuqieb (Syrie)1 ; le Sayeret Egoz, en janvier 1969 au Liban2 ; le Sayeret Tzanhanimn, le 22 janvier 1970, sur l’île de Chédouan3 ou à Suez en 19734 – lui préférant carrément les armes prises à l’ennemi : AK-47, AKM voire même Port-Saïd5.

Tsahal n’en gardât pas moins ses FAL. On les vit donc réapparaître aux mains d’autres miliciens pro-occidentaux : ceux des félons de l’ALS, la qualitativement piètre Armée du Liban-Sud qui servira surtout de force-tampon aux troupes israéliennes stationnées au Liban.

L’auteur de ces lignes en a même photographié un exemplaire au Musée de Khiam qui jouxte le Camp de concentration & de torture de Khiam de triste mémoire, au Sud Liban. Trois pistes – et pas une de plus – permettent donc d’expliquer la présence d’un FAL made in Israel entre les mains d’un Contra takfiriste pro-US :

1° Une arme tombée aux mains des troupes syriennes et conservée dans un dépôt lambda du côté de Homs. Possible. Mais une arme ne présente, pratiquement, d’intérêt pour celui qui s’en empare qui si elle vous est fournie avec les munitions et les chargeurs qui vont avec. Or, le FAL est chambré en 7,62×51 mm (calibre Otan) peu couru dans l’impedimentum de l’armée syrienne majoritairement dotée d’armes en 7,62×39 mm et 7,62×54 mm (calibres russes).

2° Une arme fournie directement par Israël. Tsahal les stockant scrupuleusement à toutes fins utiles. Piste techniquement possible mais douteuse cependant. En effet :

–    Les logisticiens israéliens sont les premiers à connaître les difficultés d’approvisionnement du FAL, côté syrien.

–    Les FAL israéliens sont marqués et aisément reconnaissables. Or, à moins d’une volonté d’envoyer un « signe » à Damas, livrer ce type d’armes aux insurgés pro-occidentaux ne sert pas à grand-chose.

–    Tsahal dispose en quantité massive d’armes de guerre – AK-47, AKM, RPK, RPM, etc. – compatibles (et quasiment pas identifiables quant à leur origine) avec les munitions et pièces de rechange de l’armée syrienne.

3° Une arme fournie par le canal des alliés libanais de l’Occident, ex-miliciens kataëb (le Dr. Samir Geagea n’a pas fait mystère de ses préférences) ou politiciens hariro-futuristes sunnites.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre le FALmade in Israel ou ailleurs – ne s’achète pas dans une épicerie de quartier. Il a donc bien fallu que quelqu’un fasse l’effort de le faire passer entre les mains des Contras du CNS ou de l’ALS, l’Armée (dite) libre syrienne.

Notes

1 Israeli Elite Units since 1948, p.54, Samuel Katz, Osprey Ltd.

2 Israeli Elite Units since 1948, p.45, Samuel Katz, Osprey Ltd.

3 Israeli Elite Units since 1948, p.57, Samuel Katz, Osprey Ltd.

4 Israeli Defense Forces since 1973, p.48, Samuel Katz, Osprey Ltd.

5 Version égyptienne du Carl Gustav 45 suédois, chambré en 9×19 mm.