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Aujourd’hui Alep, demain Viry-Châtillon ?


Boulevard Voltaire
Jean-Michel Vernochet :

Écrivain
15/10/2016
Ancien grand reporter au Figaro Magazine

Dans votre dernier ouvrage, Retour de flamme – Les banlieues de Damas, matrice de la barbarie terroriste qui frappe l’Occident, vous assurez que le terrorisme frappant actuellement l’Europe est, précisément, une sorte de retour de flamme. Dans cette affaire, les autorités françaises ont-elle eu forcément tort, que ce soit en Irak, en Libye ou en Syrie ?

En Irak, les dirigeants français ont eu le nez creux. En 2003, ils ont refusé de s’associer aux Américains, sachant pertinemment que, depuis 1998, il n’y avait plus d’armes de destruction massive sur le sol irakien. En Libye et en Syrie c’est une autre paire de manches.

En Libye, Paris et Londres ont lancé une guerre d’agression sous couvert d’une opération humanitaire en excédant, de loin, le mandat du Conseil de sécurité. Ceci en instaurant une zone d’interdiction aérienne, non pour protéger Benghazi, mais pour clouer les forces libyennes au sol. Il s’agissait d’une guerre livrée au profit d’intérêts atlantistes peu avouables et d’autres encore moins glorieux, personnels à Nicolas Sarkozy.

Dans la crise syrienne, qui au départ avait des allures de rébellion civile à la suite des printemps arabes, nous avons été, tôt, partie prenante par le biais de nos services spéciaux. Les masques sont rapidement tombés et l’on a vu, très vite, que la guerre de Syrie coalisait en sous-main des puissances malfaisantes… Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Israël, Qatar, Turquie, France, Allemagne. États qui armaient, finançaient, encadraient des groupes terroristes internationalistes dans le seul but de renverser le pouvoir baasiste laïc de Damas. Que sommes-nous allés faire dans cette galère, à présent au bord de l’explosion ? C’est une longue histoire, celle que raconte mon livre.

Les raisonnements analogiques et les anachronismes historiques sont, certes, par nature limités. Faire le parallèle entre jeunesses désœuvrées de Damas, de Gaza et celle de nos banlieues franciliennes vous paraît-il donc opportun ?

Ne vous méprenez pas sur le sens du sous-titre. Damas est encore, aujourd’hui, une ville assiégée, du moins partiellement. La cité retentit nuit et jour des coups sourds de l’artillerie. La bataille se prolonge à Jobar, à quelques centaines de mètres du quartier chrétien de la porte Saint-Thomas. Tout le monde a entendu parler de la Ghouta orientale, cette banlieue du nord-est de Damas où la bataille fait rage sans interruption depuis 2013. Là se situe l’un des foyers les plus virulents de la guerre eschatologique que nous livrent les salafo-wahhabites, ces mercenaires au service des stratèges du chaos mondial.
Ceux qui font sauter un à un les verrous de souveraineté s’opposant encore à leurs insatiables ambitions globalistes. La France découvre, avec l’affaire de La Grande Borne, que nos villes pourraient bien se trouver également assiégées par des bandes criminelles susceptibles de passer sans prévenir de la délinquance au terrorisme. Il n’est donc pas question seulement d’analogie mais d’expérience de laboratoire : la Syrie montre ce qui nous attend de façon éminemment prévisible.

Certains médias nous vendent encore une sorte de choc eschatologique entre Occident et Orient, chrétienté et islam. À vous lire, la réalité paraît plus complexe. Quelques précisions…

Dans le cadre des prophéties auto-réalisables nous avons été conditionnés à l’inéluctabilité d’un « Choc des civilisations ». Non seulement avec le monde musulman, mais aussi avec le monde orthodoxe, c’est-à-dire la Russie. Il va de soi qu’il n’existe aucune fatalité, sauf à ce que nous la créions de toutes pièces. Les hommes coopèrent plus qu’ils ne se combattent. Avant que nous n’ouvrions nos frontières à une immigration sans limites, par veulerie et soumission à l’idéologie du métissage universel, la question ne se posait pas. Depuis lors, associés pour le pire à la puissance atlantique, nous nous sommes engagés dans la destruction méthodique des États souverains, à commencer en 1991 par l’Irak. Cela s’est traduit en terre d’islam par une balkanisation systématique, de l’Atlantique à l’Indus. Ce projet a été joliment baptisé en 2003 Greater Middle East Initiative. Le retour de flamme que nous prenons maintenant en plein visage, c’est celui de nos engagements inconsidérés et de notre servilité à l’égard des oligarchies mondialistes. Celles qui déclenchent des guerres de prédation auxquelles, hélas, nous participons.

Ouvrons les yeux face à la propagande qui, chaque soir, nous jette au visage des cadavres d’enfants que les bombes des faiseurs de guerre ont déchiquetés. Des bombes made in America que larguent les avions saoudiens sur les civils yéménites et que nos médias passent sous silence pour mieux nous culpabiliser avec les djihadistes pris au piège à Alep-Est. Cette même presse qui a oublié que, pendant quatre ans, deux millions d’Aleppins ont été pris en otages par les djihadistes.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier