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Christopher Ross oblige le Maroc à rouvrir le bureau d’Al Jazeera à Rabat


 
Par Amira SOLTANE
 

Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, a annoncé, le 19 novembre 2012, que le gouvernement marocain a donné son accord de principe pour l’accréditation de plusieurs chaînes de télévisions étrangères qui veulent s’implanter dans le pays, notamment Al Jazeera. Outre Al Jazeera, les deux chaînes d’informations britanniques Sky News et BBC devraient également avoir leurs représentations au Maroc, en plus d’une chaîne turque dont le nom n’a pas été précisé par le ministère de la Communication.
Les demandes d’accréditation des chaînes libanaises Al Manar et Al Mayaden ainsi qu’une chaîne turque, sont à l’étude, a dit le ministre marocain lors de la présentation du projet de budget sectoriel 2013 de son département devant la commission de l’enseignement, de la culture et de la communication à la Chambre des représentants. Les demandes d’accréditation des chaînes Al Manar, dont le principal actionnaire n’est autre que le Hezbollah, et d’Al Mayaden sont, elles, «à l’étude». C’est un véritable changement de ton du Maroc envers certaines télévisions arabes considérées comme des fauteurs de trouble politique. Si l’ouverture envers les autres chaînes était attendue, c’est le retour d’Al Jazeera qui a constitué un nouveau tournant. En octobre 2010, la chaîne qatarie avait été contrainte de fermer ses bureaux à Rabat. Ses journalistes qui exerçaient au Maroc s’étaient alors vu retirer leurs accréditations. Le ministère de la Communication de l’époque, Khalid Naciri, avait expliqué que cette suspension faisait «suite à de multiples manquements aux règles du journalisme sérieux et responsable», notamment sur les sujets relatifs au conflit du Sahara occidental. Le Maroc reprochait aussi à la chaîne «son refus de traiter les grands dossiers structurants et de véhiculer une image caricaturale de la réalité marocaine». Malgré le démenti d’Al Jazeera, affirmant que la chaîne avait «toujours respecté les règles du professionnalisme et de la neutralité au Maroc», le gouvernement marocain était resté sur sa position, maintenant ainsi le bureau de la chaîne d’information qatarie à Rabat fermé jusqu’à ce jour.
Même si la presse marocaine tente de présenter la chose comme une ouverture en matière de la liberté d’expression, suite à la réaction le 22 octobre 2012, d’Human Rights Watch (HRW) qui avait déploré le manque de liberté de presse, il est clair que cette décision demeure politique et on n’écarte pas la main du Makhzen marocain qui tente de mobiliser les médias internationaux arabes pour sa cause, surtout après le retour de l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross. Ce qui est sûr est que le retour d’Al Jazeera n’est pas l’oeuvre du gouvernement islamiste Benkirane, qui n’a aucun contrôle sur la gestion des médias internationaux. Le roi Mohammed VI, et son conseiller André Azoulay, lui ont accordé le contrôle sur le champ audiovisuel local marocain, mais lui ont interdit d’avoir même un avis sur les médias internationaux. Cette décision est purement politique et royale. Avec la réouverture du bureau d’Al Jazeera, mais aussi des autres médias arabes importants comme la BBC arabic ou Sky News arabic, le Maroc a utilisé tous ses moyens et ses lobbys pour faire en sorte que la question du Sahara occidental soit exposée de la façon la plus marocaine possible.

 

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