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Cpd1juil14 – Spécial Irak/EI – Les mystères de l¹EIIL et la main des États-Unis


Cpd1juil14 – Spécial Irak/EI – Les mystères de l¹EIIL et la main des États-Unis
Jean-Michel Vernochet

03/07/2014

L’EIIL, engagé dans le combat en Irak et en Syrie, annonce la fondation d’un « califat »

BAGDAD, 30 juin 2014 (AFP) – Les jihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), engagés dans le combat en Irak et en Syrie, ont annoncé dimanche l’établissement d’un « califat islamique » dans les régions conquises dans ces deux pays, faisant fi des frontières.

Sur le terrain en Irak, l’armée menait sa plus importante contre-offensive pour tenter de reprendre Tikrit et d’autres villes au nord de Bagdad conquises par les insurgés sunnites menés par l’EIIL lors de leur offensive fulgurante lancée le 9 juin.

Dans un enregistrement audio diffusé sur internet au premier jour du ramadan, l’EIIL, qui se fait désormais appeler « Etat islamique » pour supprimer toute référence géographique, a désigné son chef Abou Bakr Al-Baghdadi comme « calife » et donc « chef des musulmans partout » dans le monde.

Le calife désigne depuis la mort du prophète Mahomet son successeur comme « émir des croyants » dans le monde musulman, mais ce régime a disparu avec le démantèlement de l’Empire ottoman.

Dans l’enregistrement, Abou Mohammad al-Adnani, porte-parole de l’EIIL, explique que le califat s’étendra d’Alep (nord de la Syrie) à Diyala (est de l’Irak), soit sur les régions conquises par ce groupe dans ces deux pays où ses milliers de combattants font la guerre au pouvoir en place.

« Musulmans (…) rejetez la démocratie, la laïcité, le nationalisme et les autres ordures de l’Occident. Revenez à votre religion », a-t-il lancé.

L’annonce de ce califat « est le développement le plus important dans le jihad international depuis le 11 Septembre » 2011, a affirmé Charles Lister, chercheur associé à Brookings Doha, en référence aux attentats d’Al-Qaïda aux Etats-Unis.

« Cela pourrait marquer la naissance d’une nouvelle ère de jihadisme transnational (…) et cela pose un véritable danger à Al-Qaïda et à son leadership », ajoute cet expert, selon qui l’EIIL, qui a des partisans dans de nombreux pays, est également la formation jihadiste la plus riche.

Le président américain Barack Obama, dont le pays était engagé militairement en Irak de 2003 à 2011, s’est d’ailleurs inquiété du nombre de jihadistes européens combattant dans la région, relevant que ces derniers n’avaient pas besoin de visa pour se rendre aux Etats-Unis.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a fait part de sa « profonde inquiétude face à l’aggravation de la crise en Irak et au nombre grandissant des morts et blessés parmi les civils, avec plus d’un million d’Irakiens qui ont fui leur domicile en raison des combats », selon des propos rapportés par son porte-parole.

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– ‘Nettement plus de danger’ –

En Syrie, où il fait face aussi à ses anciens alliés rebelles et jihadistes excédés par ses exactions et sa volonté hégémonique, l’EIIL a fait de Raqa (nord) une « capitale » très organisée et contrôle une grande partie de la province de Deir Ezzor (est), ainsi que des positions dans celle d’Alep (nord).

En Irak, où il bénéficie du soutien d’ex-officiers de Saddam Hussein, de groupes salafistes et de certaines tribus, le groupe est implanté depuis janvier dans la province d’Al-Anbar (ouest) et a mis la main en juin sur Mossoul, deuxième ville du pays, une grande partie de sa province Ninive (nord), ainsi que des secteurs des provinces de Diyala (est), Salaheddine et Kirkouk (ouest).

Face à cette menace de « l’islamisme extrémiste », le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé la communauté internationale à soutenir le régime jordanien et l’indépendance du Kurdistan irakien.

« Nous devons soutenir les efforts de la communauté internationale pour renforcer la Jordanie et appuyer les aspirations des Kurdes à l’indépendance », a affirmé M. Netanyahu.

Pour aider l’armée irakienne à regagner du terrain après sa débandade initiale, la Russie a livré cinq avions de combat Sukhoi et les Etats-Unis ont envoyé des experts militaires et des drones pour survoler Bagdad.

Le ministère irakien de la Défense a souligné que ces cinq Su-25, sur une douzaine commandés, entreraient en action dans les prochains jours .

Alors que les appels en Irak et à l’étranger en faveur d’un gouvernement d’union se sont multipliés, le Premier ministre Nouri al-Maliki, un chiite accusé d’avoir marginalisé les sunnites, a semblé finalement se rallier à cette idée. Le Parlement doit se réunir mardi pour déclencher le processus.

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– Combats à Tikrit –

Le conseiller de M. Maliki sur la question de la réconciliation nationale, Amer Khouzaï, a déclaré à l’AFP qu’il y avait actuellement « nettement plus de danger » pour l’Irak que lors de la guerre entre musulmans chiites et sunnites de 2006/2007, qui avait fait des dizaines de milliers de morts.

Dimanche, l’armée a intensifié ses contre-attaques dans la province de Salaheddine, principalement sur son chef-lieu Tikrit (160 km au nord de Bagdad).

Des milliers de soldats participent à l’opération lancée la veille, appuyés par des chars et l’aviation. L’armée avance depuis différentes positions et des combats ont lieu à la périphérie de Tikrit, selon un responsable.

Moscou demande au Conseil d’empêcher la vente de brut syrien par l’EI

NATIONS UNIES (Etats-Unis), 30 juin 2014 (AFP) – La Russie a proposé à ses partenaires du Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter une déclaration recommandant d’empêcher la vente de pétrole brut par des « groupes terroristes en Syrie », notamment l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), selon des diplomates.

Le projet de texte exprime l’inquiétude du Conseil devant « la prise de contrôle de champs pétrolifères en Syrie par des groupes terroristes », citant l’EIIL et le Front al-Nosra.

Il « condamne fermement toute transaction, directe ou indirecte, sur le pétrole de Syrie impliquant des groupes teroristes », soulignant que de telles transactions « constituent un soutien financier » à ces groupes pouvant tomber sous le coup de sanctions de l’ONU.

Il « encourage tous les Etats membres à prendre les mesures nécessaires » pour empêcher leurs ressortissants de se livrer à un tel commerce.

Le texte pourrait faire l’objet de consultations au cours de la semaine entre les 15 membres du Conseil. Il s’agit d’une déclaration, qui doit être adoptée à l’unanimité mais est moins contraignante qu’une résolution.

La Russie assure la présidence tournante du Conseil jusqu’au 1er juillet, date à laquelle elle passe le relais au Rwanda.

L’ambassadeur russe à l’ONU Vitali Tchourkine expliquait il y quelques jours à des journalistes « qu’une des principales sources de financement » de l’EIIL était la vente illégale de brut produit en Syrie et en Irak et que « divers pays achetait (ce brut) en passant par des intermédiaires ». « Comme il s’agit d’une organisation terroriste, ceux qui achète ce pétrole finance le terrorisme », avait-il souligné.

L’Iran prêt à fournir des armes à l’Irak mais pas de soldats

MOSCOU, 1 juil 2014 (AFP) – L’Iran n’enverra pas de soldats en Irak pour combattre les jihadistes mais pourrait livrer des armes à ce pays s’il le lui demandait, a indiqué mardi à Moscou le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian.

« Nous n’avons aucune intention d’envoyer nos forces armées en Irak. L’Irak dispose d’une armée puissante », a souligné le responsable lors d’une conférence de presse organisée à l’issue de discussions avec ses homologues russes sur les avancées des jihadistes en Irak et en Syrie.

« L’Irak n’a pas demandé l’envoi d’armes depuis notre pays » mais « dans le cas où il y aurait une telle demande (…) les armes nécessaires seraient proposées à l’Irak pour la lutte contre le terrorisme », a-t-il précisé.

Le haut diplomate iranien a souligné que Téhéran devait cependant fournir des « consultants » militaires à l’Irak.

Hossein Amir-Abdollahian a jugé « indispensable de prendre des mesures pour empêcher la scission du pays » et appelé au respect de la constitution irakienne alors que les autorités kurdes ont appelé mardi à l’organisation d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien.

« Au lieu de rêver, les dirigeants des territoires kurdes d’Irak devraient plutôt regarder la réalité », a-t-il lancé.

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères était à Moscou pour discuter des crises en Irak et en Syrie, où des jihadistes ont pris possession de larges pans de territoire, ce qui inquiète Téhéran et Moscou.

Les insurgés sunnites menés par les jihadistes de l’État islamique (EI) ont proclamé dimanche un « califat » sur les territoires dont ils se sont emparés entre la ville d’Alep, dans le nord de la Syrie voisine, et la province de Diyala, dans l’est irakien.

La séance du Parlement levée dans le désordre, l’Irak s’enfonce dans le chaos

BAGDAD, 1 juil 2014 (AFP) – Le Parlement irakien a levé mardi sa séance dans le désordre général après avoir échoué à enclencher le processus de formation d’un gouvernement pourtant nécessaire face à l’offensive jihadiste qui menace le pays d’éclatement.

La séance a été émaillée d’échanges d’invectives et de récriminations de Kurdes et de sunnites à l’égard du gouvernement du Premier ministre sortant chiite Nouri Al-Maliki, présent dans la salle et dont les chances de briguer un 3e mandat s’amenuisent devant l’avancée des insurgés –menés par les jihadistes de l’Etat islamique (EI)– et l’échec de son armée à la contenir.

Selon la Constitution, les députés doivent élire au premier jour de leur session le chef du Parlement, première étape dans le processus de formation d’un gouvernement.

Le chaos ayant régné durant la séance illustre les profondes divisions minant l’Irak, au moment où l’unité des différentes communautés et confessions serait nécessaire pour éviter une implosion du pays.

La dernière déclaration du président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, accentue d’ailleurs les craintes de partition, ce dernier ayant souhaité mardi l’organisation sous quelques mois d’un référendum d’indépendance.

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– ‘Nous allons écraser vos têtes’ –

Durant la séance, la parlementaire kurde Najiba Najib a réclamé au gouvernement Maliki de transférer les fonds dus au Kurdistan.

Ce à quoi Kazem al-Sayadi, un député du bloc de M. Maliki, a riposté: « Massoud Barzani est un traître et un agent. Vous exportez le pétrole en Israël et vous mettez en berne le drapeau national. Nous allons écraser vos têtes et nous allons vous montrer ce que nous ferons une fois la crise finie ».

Pour leur part, des députés sunnites ont quitté la salle lorsque le nom de l’EI a été mentionné. La situation devenant chaotique, la séance a été levée.

La prochaine séance du Parlement issu du scrutin du 30 avril est prévue le 8 juillet. Après l’élection du président du Parlement, les députés doivent élire un président de la République.

Il reviendra à ce dernier de choisir le candidat du Bloc parlementaire arrivé en tête du scrutin, en l’occurrence M. Maliki, pour former un gouvernement, mais selon un diplomate occidental, même au sein de sa coalition chiite, on discute de l’opportunité de le remplacer, après deux mandats successifs.

Affaibli par l’échec de l’armée face à l’offensive des insurgés, M. Maliki, au pouvoir depuis 2006, est accusé depuis de longs mois par ses détracteurs de concentrer le pouvoir et de mener une politique de discrimination à l’égard des sunnites.

Ainsi, si les régions sunnites n’ont pas accueilli à bras ouverts les insurgés, elles n’ont pas non plus apporté leur soutien à l’armée qui a été incapable d’enrayer la progression des jihadistes aux premiers jours de l’offensive lancée le 9 juin.

Les jihadistes de l’EI ont proclamé dimanche un « califat » sur les territoires conquis entre la ville d’Alep dans le nord de la Syrie voisine et la province de Diyala dans l’Est irakien.

Après leur débandade, les forces irakiennes tentent de relever la tête face aux jihadistes aidés de tribus et d’anciens soldats aguerris de Saddam Hussein, chassés de l’armée après l’invasion américaine de 2003 qui a fait tomber le dictateur sunnite.

Dans sa première importante contre-offensive lancée samedi, l’armée tente de reprendre aux insurgés Tikrit, ex-fief de Saddam Hussein et chef-lieu de la province de Salaheddine (nord). Des milliers de soldats, appuyés par des chars et l’aviation, encerclent la ville.

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– Un demi-milliard USD saoudiens –

Pour aider le pouvoir irakien, Moscou a livré cinq avions Sukhoi qui survolaient le pays mardi, tandis que Washington a déployé près de 800 hommes -300 conseillers militaires auprès de l’armée et près de 500 soldats pour protéger l’ambassade et l’aéroport de Bagdad.

Les Etats-Unis, qui ont exclu d’engager des troupes au sol après leur lourd engagement de huit ans dans ce pays, ont promis en outre 36 chasseurs-bombardiers F-16. Mais cette livraison pourrait être retardée en raison des combats qui ont entraîné l’évacuation de personnels d’une base aérienne importante, selon le Pentagone.

Depuis le 9 juin, les jihadistes qui contrôlaient déjà des régions de la province d’Al-Anbar (ouest), ont mis la main sur Mossoul et une grande partie de sa province Ninive (nord), ainsi que des secteurs des provinces de Diyala (est), Salaheddine et Kirkouk (ouest).

L’offensive a fait plusieurs centaines de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes.

L’Arabie saouditea promis une aide financière d’un demi-milliard de dollars au « peuple irakien », par l’intermédiaire d’organisations de l’ONU.

Ryad a récemment dénoncé la politique de M. Maliki, qui à son tour a accusé l’Arabie de soutenir les jihadistes de l’EI qui ont appelé les musulmans du monde à prêter allégeance à leur chef, Abou Bakr Al-Baghdadi.

L’Etat Islamique en Irak et en Syrie (Dâish) : Qu’est-il ? Que représente-t-il ? Et quels intérêts défend-il ?
A-t-il une stratégie claire visant à dominer le nord du Machrek ?

in Al-Sharq al-Awsat, 30 juin 2014
traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier

Dans notre rubrique « Feux croisés » de cette semaine, nous abordons la nature de l’EIIL (Dâish) sur fond de la situation explosive et de l’enchaînement des événements en Irak, en Syrie et au Liban – les agissements de cette organisation extrémiste pouvant être supposés de nature à entraîner une intervention américaine attendue par beaucoup de gens en Syrie afin de mettre un terme à l’effusion de sang et au massacre d’innocents dans ce pays (mais cette intervention ne s’est toujours pas produite). Aujourd’hui, nous examinons l’identité de l’organisation EIIL (devenue simplement EI – Etat islamique, ndt), ce que celle-ci représente et quels intérêts elle sert et nous posons à ce sujet deux questions à quatre experts.

La première est celle-ci : L’organisation EIIL a-t-elle une stratégie claire de domination du nord du Mashreq arabe ? Répondront à cette question le Dr. Muhammad ’Âl Zulfa, ancien membre du conseil consultatif saoudien (Shûrâ) et le Dr. Mustafa Al-‘Ânî, chercheur irakien en stratégies, directeur des études stratégiques et de défense au Centre de recherches Al-Khalîj de Genève.

Quant à la deuxième question, la voici : L’interpénétration des intérêts et des enjeux régionaux est-il un facteur qui a pu jouer un rôle dans le surgissement de l’EI ? Y répondront le chercheur jordanien spécialiste des mouvements djihadistes Hasan Abû Haniyyéh et un chercheur irakien spécialiste du domaine de la sécurité, le Dr. Hishâm Al-Hâshimî.

L’EIIL a-t-elle une stratégie claire de domination du nord du Machrek arabe ?

OUI, d’ailleurs aucun projet d’« Etat » n’est réalisable en l’absence d’une domination sur un minimum de territoire [Dr. Mustafa Al-‘Ânî].

Le rêve de s’imposer sur le terrain et d’y instituer une entité propre est un rêve qui hante les chefs de groupes terroristes depuis leur création, et la concrétisation de ce rêve est toujours, aujourd’hui, un des principaux objectifs de ces groupes. L’ambition ultime de ces organisations, c’est l’institution d’une entité politique qui serait soumise à leur domination et dans laquelle ils exerceraient leurs croyances et leur idéologie. Les dirigeants de Dâ‘esh ont compris qu’il y a deux moyens leur permettant de réaliser ce rêve. Le premier moyen, c’est le fait de s’emparer du pouvoir dans un pays donné et d’œuvrer, au travers de cette domination sur le pouvoir, à modifier la nature de l’Etat et de la société de ce pays de façon à ce qu’elle devienne compatible avec l’idéologie et les représentations propres à cette organisation. Quant au deuxième moyen, il consiste à s’emparer de parcelles du territoire d’un pays en particulier (ou de plusieurs pays constituant un continuum géographique) et à y instituer une entité politique qui mettra en application l’idéologie de l’organisation extrémiste.
L’organisation saoudienne Al-Qâ‘ida contre lequel on a commencé à lutter ouvertement en 2003 n’était pas seulement une organisation terroriste au sens d’une organisation dont la mission aurait été seulement la réalisation d’opérations offensives terroristes. Son objectif réel était de s’emparer du pouvoir au Royaume d’Arabie Saoudite et de transformer ledit royaume en un pays régi par l’idéologie de cette organisation et, ce, dans tous les domaines.

Les informations la concernant ont confirmé la large répartition géographique des cellules de l’organisation dans la plupart (pour ne pas dire dans la quasi-totalité) des régions du royaume saoudien, ce qui était pour elle une nécessité inhérente à son projet de s’emparer du pouvoir. Plusieurs indices se sont fait jour qui indiquent que le recours au terrorisme n’était pour l’organisation qu’un moyen de réaliser son projet de s’emparer du pouvoir. Mais la providence divine a voulu que le royaume saoudien échappe à ce malheur et qu’il ait pu éradiquer cette organisation aux objectifs dangereux.

Le rêve entretenu par l’organisation terroriste de renforcer sa domination sur le terrain s’est déplacé géographiquement, se diffusant entre de nombreuses positions éloignées les unes des autres et très étendues (cela, en fonction des opportunités). A un certain stade, elle a œuvré sérieusement à réaliser son rêve de dominer l’Afghanistan (ou une partie de ce pays). Puis ce rêve a évolué, passant à la domination du Yémen (ou, là encore, d’une partie de ce pays). Puis elle s’est transportée sur un autre continent, rêvant de dominer la république du Mal (ou une partie de celle-ci), au cœur de la région saharienne de l’Afrique.

Par conséquent, le rêve de créer un « Etat islamique d’Irak et de Syrie » (et auparavant celui de créer l’« Etat islamique d’Irak » fait partie des objectifs stratégiques suprêmes que les organisations terroristes ont œuvré par le passé, et continuent aujourd’hui à œuvrer à réaliser – cela vaut en particulier pour les organisations qui appartiennent à l’école de pensée d’Al-Qâ‘ida. La notion d’état, dans le droit international, requiert que plusieurs éléments fondamentaux soient réunis, dont les plus importants sont la nécessité d’imposer les droits de la souveraineté sur son territoire et celle d’imposer cette souveraineté sur les citoyens qui y vivent.

Par ailleurs, l’expérience du projet d’« Etat islamique d’Irak », qui a précédé le projet d’instituer l’« Etat islamique en Irak et en Syrie » (qui avait quant à lui vu le jour en octobre 2006), s’est efforcée d’éliminer toutes les organisations concurrentes, islamistes ou non, au moyen d’une opération visant à réaliser un monopole total sur le pouvoir en recourant aux moyens de la séduction (targhîb), puis de la terreur (tarhîb), et enfin en recourant à des crimes de masse contre les concurrents et les adversaires qui avaient refusé de s’abriter sous la bannière dudit « Etat ». C’est le même modus operandi qui a été utilisé lors de la proclamation de la fondation de l’« Etat islamique d’Irak et de Syrie » en avril 2013.

Ce que les réalités et les événements auxquels nous avons assisté au cours des huit années écoulées, soit depuis la proclamation du premier « Etat » à avoir été instauré par Al-Qâ‘ida dans le Moyen-Orient arabe (Mashreq), à savoir l’« Etat islamique d’Irak », en 2006, c’est le fait que cette organisation a agi avec détermination et avec une grande sauvagerie et qu’elle continuera à agir de manière véhémente et à mettre toutes ses possibilités au service de l’atteinte de son objectif de créer son « Etat rêvé » qui devrait donner à la pensée et à l’idéologie de l’organisation son reflet réel sur le terrain en vue de l’édification de l’« Etat idéal » qu’elle appelle de ses vœux. Cela, malgré le fait que les expériences de l’organisation en matière de construction d’« Etats », auxquelles nous avons assisté en Afghanistan, en Irak, au Yémen, au Mal et ailleurs, se sont heurtées à un refus catégorique des citoyens ordinaires de ces pays, et en particulier de ceux que leur malchance avaient amenés à devoir se soumettre à la domination des « Etats en devenir » imposant la pensée extrémiste d’Al-Qâ‘ida, même durant très peu de temps.

C’est la raison pour laquelle nous nous attendons à ce que les organisations terroristes (en particulier l’EIIL) vont continuer à chercher à atteindre leurs objectifs d’expansion territoriale et d’imposition de leur domination sur le terrain, en particulier dans le nord du Mashreq arabe, où les conditions (selon les estimations des dirigeants de cette organisation) offrent désormais un « milieu naturel » au projet de l’Etat promis, et qu’elles persisteront à chercher à conquérir une légitimité au moyen d’un recours excessif à la force et en terrorisant les citoyens afin de contraindre ceux-ci à se soumettre aux objectifs de l’organisation.

Celle-ci a une stratégie dont les traits sont évidents. Cette stratégie fait de l’imposition de sa domination sur le terrain le premier pas, le prérequis essentiel de l’atteinte de son objectif suprême, à savoir la création d’un Etat (ou d’un mini-état) régi par l’idéologie de l’organisation, un Etat qui soit le noyau d’un vaste projet de création d’un « empire régional » soumis au pouvoir de l’organisation et à son idéologie extrémiste – un « empire régional » s’étendant à l’ensemble du monde musulman.

Ce qui est en train de se passer dans des parties de la Syrie et de l’Irak, en termes de tentatives d’expansion territoriale de l’ainsi dit « Etat islamique d’Irak et de Syrie » doit être pris très au sérieux, sans aucune concession et sans aucune faiblesse. En effet, comme nous l’avons indiqué, la domination sur le terrain et la création d’un Etat sont les objectifs stratégiques suprêmes et clairement visibles qu’adopte l’organisation terroriste de manière ouverte et officielle. Il n’y a aucune ambiguïté, aucune divergence d’interprétation à ce sujet. L’organisation continuera à déployer des tentatives d’expansion et d’extension géographiques à chaque fois que les circonstances lui permettront de le faire, elle fera tout pour créer les circonstances favorables à cette expansion géographique et ce n’est que si elle y est contrainte par la force qu’elle renoncera à la poursuite de son effort continu dans ce sens.

L’EIIL a-t-elle une stratégie claire de domination du nord du Machrek arabe ?
NON, car Dâ‘ish est une organisation obscure imposée par les seules circonstances à la faveur d’un manque de courage de la composante sunnite irakienne [Dr. Muhammad ’Âl Zulfa].

L’« Etat islamique en Irak et en Syrie » (Dâ‘ish) est une organisation terroriste qui a été sécrétée par les circonstances consécutives à l’occupation de l’Irak par les Américains en 2003. Cette organisation a alors supplanté Al-Qâ‘ida, qui avait été éliminée par les forces d’occupation américaines en collaboration avec des brigades appelées « çahawât » formées par des membres de diverses tribus irakiennes qui n’allaient pas tarder à être exaspérés par les exactions d’Al-Qâ‘ida après l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Nouri al-Maliki.

En réalité, Al-Maliki n’était le chef que d’une seule composante du peuple irakien, les chiites, et il n’aurait eu aucune chance de gouverner l’Irak sans le soutien illimité que lui a apporté l’Iran devenu celui qui avait le dernier mot dans la gestion du pays. La politique d’Al-Maliki envers les tribus arabes sunnites a consisté à les marginaliser et à les exclure de plus en plus des décisions, à leur couper des budgets et à restreindre leurs sources de revenus. C’est alors qu’ont commencé à apparaître des prémisses de ce qui allait être connu sous l’intitulé d’« Etat islamique en Irak ».

Après l’éclatement de la révolution syrienne, en 2011, qui a débuté par des manifestations pacifiques que le régime syrien a réprimées par la force militaire et en empêchant la société civile de soutenir les révolutionnaires, le théâtre syrien était désormais ouvert à de nombreuses organisations djihadistes islamistes, parmi lesquelles des organisations classées comme étant « terroristes » au motif qu’elles soutenaient les Syriens contre un régime qui massacrait son propre peuple. Parmi celles-ci, il y avait « Dâ‘ish ».

La création de cette organisation reste encore aujourd’hui entourée de mystère. Il en va de même en ce qui concerne les puissances qui la manipulent et les objectifs qu’elle cherche à atteindre. D’aucuns pensent qu’il s’agit d’une marionnette de services secrets internationaux ou régionaux et de nombreux protagonistes sont soupçonnés de l’avoir mise sur pied. D’aucun pensent, non sans disposer de certains indices, qu’elle est une coproduction irano-syrienne. Parmi les preuves, nous citerons le fait qu’elle s’est rangée au côté du régime syrien dont elle combat les ennemis, comme par exemple l’Armée Syrienne Libre (ALS) et d’autres organisations qui luttaient effectivement contre le régime de Damas, ainsi que le fait que le régime syrien n’a jamais bombardé aucune des bases de « Dâ‘ish » sur le territoire syrien… Ce n’est qu’hier, après que l’organisation eut réussi à pénétrer dans le nord de l’Irak, que l’aviation syrienne a lancé un premier raid de bombardement contre elle dans la ville irakienne d’Al-Qâ’im (proche de la frontière syro-irakienne).

Et puis il y a aussi des gens qui pensent que « Dâ‘ish » est une fabrication de la Turquie, que ce pays pourrait utiliser au besoin pour la réalisation de son projet de reconstitution du califat islamique (ottoman). Mais il se trouve que la Turquie (ayant pris conscience de son erreur) l’a classée parmi les organisations terroristes, alors qu’au début de sa constitution, la plupart de ceux qui s’enrôlaient dans ses rangs venaient d’Europe ou d’autres régions du monde et profitaient des facilités que la Turquie leur procurait.

D’autres encore pensent que cette organisation reçoit un approvisionnement notamment en armement du Qatar, en coordination avec la Turquie, sans doute par réaction contre les partenaires ayant contribué à saper le pouvoir de l’islam politique dans ce pays. Et puis il y a l’Iran et ses satellites à Bagdad, à Damas et dans la banlieue sud de Beyrouth, qui accusent l’Arabie saoudite d’avoir créé « Dâ‘ish », avançant comme preuves la présence de quelques Séoudiens égarés dans ses rangs. Mais la réfutation de ce type d’accusation a été apportée par le gouvernement séoudien, il y a de cela quelque temps déjà, qui a adopté une loi qui la considère comme une organisation terroriste et qui prévoit de faire passer en jugement tout citoyen saoudien qui combattrait à ses côtés. Enfin, il y a même des gens qui pensent qu’elle a été mise sur pied par les Américains.

L’attitude de la communauté internationale, la confusion dans les politiques suivies par les décideurs des grandes capitales mondiales et le parti-pris des Russes et des Chinois, ainsi que de l’Iran – le « grand organisateur » de tous les crimes perpétrés en Syrie – ont eu pour effet de transformer la Syrie en terrain de jeu pour tous les types de terrorisme. En effet, si la communauté internationale et le Conseil de Sécurité de l’Onu avaient soutenu les révolutionnaires syriens dès les premiers mois de leur révolution pacifique, la Syurie ne serait pas devenue le champ clos de tous les types de terrorisme, dont le terrorisme de certains Etats et de certains régimes. Les exactions du régime Assad contre le peuple syrien et contre les villes, la culture et la civilisation syriennes sont bien pires que ce commettent toutes ces organisations terroristes prises ensemble. De plus, l’Iran, la Russie et la Chine le soutiennent Assad dans ses crimes terroristes.

Mais voici que, soudain, le 29 juin 2014, le monde s’est éveillé pour prendre connaissance d’une offensive de « Dâ‘ish » qui a réussi en seulement quelques heures à occuper tout le nord-ouest de l’Irak (environ 60 % du territoire irakien). La chose la plus stupéfiante de toutes, pour le monde entier, a été la reddition de l’armée de Nouri Al-Maliki, c’est-à-dire de milliers de soldats très bien dotés en armement et en munitions, devant seulement quelques centaines de combattants de « Dâ‘ish ». Oui, tous ces indices montrent qu’un aussi petit nombre de djihadistes n’aurait pas pu mettre en déroute une armée aussi considérable que l’armée d’Al-Maliki si ces djihadistes n’avaient pas bénéficié d’un terrain favorable et d’un soutien populaire de la plus iportante des composantes du peuple irakien, à savoir les tribus et tous les citoyens sunnites de l’Irak, qui avaient été marginalisés ou mis carrément à l’écart après l’occupation de l’Irak par l’Amérique et par son comparse ianien et par ceux qui avaient été amenés en Irak par les tanks américains et iraniens. Ce sont ceux-là qui gouvernent l’Irak aujourd’hui, avec à leur tête Nouri Al-Maliki, qui n’a pas fait les choses à moitié dans ses exactions à l’encontre de la composante sunnite et dans la marginalisation de son rôle politique et dans la suppression de ses droits, oubliant (ou plus exactement feignant d’ignorer) que le plus grand nombre des hommes de l’armée irakienne, avant que celle-ci ne fût dissoute, étaient des enfants des tribus et étaient originaires des départements d’Al-’Anbâr, de Salah ed-Dîn, de Tikrît et d’autres régions du nord du pays. Ceux-ci soutiennent « Dâ‘ish » non pas parce qu’ils aimeraient cette organisation, mais par haine pour le gouvernement d’Al-Maliki qui leur a fait goûter le spires tortures et qui a ignoré leurs revendications durant plus d’un an, une année au cours de laquelle ces Irakiens (sunnites) ont toujours revendiqué leurs droits en recourant uniquement à des moyens pacifiques.

C’est là où le gouvernement d’Al-Maliki s’est retrouvé dans une impasseet qu’il a eu peur que ceux qui avaient réussi à s’emparer de tout le nord de l’Irak en quelques heures pourraient bien parvenir aussi à Bagdad en quelques jours. C’est à partir de ce moment-là que les yeux du monde entier se sont tournés vers l’Irak et qu’ont commencé à s’élever les appels au secours du gouvernement d’Al-Maliki, des appels au secours adressés par Al-Maliki à son alliée et démiurge l’Amérique et, en même temps, celui-ci a commencé à menacer de demander à l’Iran d’intervenir au cas où les Américains ne viendraient pas au secours de son régime communautariste.

Et maintenant ? Que veut « Dâ‘ish », après avoir allumé la mêche de la révolution des masses dans l’ouest et dans le nord de l’Irak – une révolution qu’à mon avis Al-Maliki ne pourra pas éteindre tant qu’il ne révisera pas entièrement le processus politique dévoyé qu’il a mis en place immédiatement après l’occupation américaine ?

« Dâ‘ish » est un motif d’angoisse pour l’ensemble de la région. Actuellement, personne ne sait avec qui elle est, ni contre qui. Elle est devenue une source de menace pour tous les régimes établis, qu’ils soient chiites ou sunnites, car elle veut se doter de son régime sui generis. Mais, en contrepartie, personne ne sait ce qu’elle veut. Personne ne sait quelle est sa philosohie ou l’idée qu’elle se fait de son avenir (si tant est qu’elle ait une telle philosophie). Même si elle a déclaré vouloir instituer le « califat », nul n’a la moindre idée de ce que pourra bien être le califat qu’elle rêve d’instaurer. Elle s’est dessiné sa propre carte sur laquelle elle veut implanter son état. Celle-ci s’étend d’Alep, au nord, jusqu’à Bassora, au sud. Elle a choisi une région à la géographie très variée, mais peuplée majoritairement de tribus arabes. Elle considère peut-être avoir trouvé une base cohérente avec certaines de ses idées et de ses conceptions inspirées par une histoire se perdant dans la nuit des temps… et dans la situation de ces tribus qui ont le sentiment de vivre en permanence en marge et qui cherchent aujourd’hui à jouer un rôle actif dans l’Histoire. Peut-être certains de ceux qui appartiennent à ces tribus ont-ils pensé que « Dâ‘ish » leur permettra de réaliser ce dont ils ont été privés depuis des siècles ? Peut-être aussi l’instauration de cette ceinture tribale s’étendant sur l’ensemble de cette région géographique majoritairement sunnite permettra-t-elle d’empêcher ce que l’Iran veut mettre en place, à savoir ce fameux « croissant chiite » s’étendant de Qom à Bagdad et, de là, vers Damas, puis vers le sud du Liban ?

En conclusion, ce qui domine, c’est l’incertitude autour de la véritable nature du phénomène qu’incarne « Dâ‘ish », dont le monde ne sait rien, mis à part le fait qu’il s’agit d’une organisation terroriste recourant à la violence, à l’extrémisme et à l’assassinat. Ces agissements sont inacceptables pour tout esprit doté de raison, pour toute religion et pour toute société civilisée et ils trouveront la société (irakienne) devant eux. Cela entraînera la perte de « Dâ‘ish ». Celle-ci restera comme un événement sans lendemain dans l’histoire de l’apparition de ces mouvements extrémistes qui ont vu le jour dans cette région du monde au cours de son histoire.

L’interpénétration des intérêts et des enjeux régionaux est-il un facteur qui a pu jouer un rôle dans le surgissement de l’EI ?
OUI. Les politiques communautaristes de l’Iran dans la région ont objectivement rendu de très précieux services à « Dâ‘ish »… [Hasan Abû
Haniyyéh].

Les relations supposées entre l’Iran et l’« Etat islamique d’Irak et de Syrie » (Dâ‘ish) représentent depuis quelque temps un des principaux facteurs du conflit et de contestations dans le contexte du grand jeu stratégique qui bat son plein au Moyen-Orient arabe. Ces relations ont atteint le stade du paradoxe suspect tant en Syrie qu’en Irak. En effet, au moment où les partisans des révolutions syrienne et irakienne accusent Dâ‘ish d’être la marionnette des Iraniens, cette accusation s’est transférée aux partisans de Nouri Al-Maliki et de Bachar al-Asad, tandis que Dâ‘ish devenait un tentacule des pays du Golfe…

Mais les preuves qui ont été produites de l’affinité entre Dâ‘ish et l’Iran sont fondées sur la base d’une « alliance objective » permettant aux deux protagonistes de réaliser leurs intérêts sans avoir besoin de signer d’accords directs et sans avoir besoin de s’apporter un soutien mutuel visible. Il ne semble pas que cette controverse va s’épuiser d’elle-même. En effet le débat et la polémique à ce sujet se sont d’ores et déjà transférés du domaine politique public à l’espace propre au salafisme djihadiste de manière générale et de l’organisation « Al-Qâ‘ida » en particulier . En effet, les relations entre l’Iran et Al-Qâ‘ida sont passées par tout un ensemble de mutations dues à l’existence de divergences idéologiques. L’occupation américaine de l’Irak a été un des points de dissension fondamentaux. En effet, le tournant dans la politique iranienne a été concomittant avec la survenue d’une purge à l’intérieur d’Al-Qâ‘ida autour de la question de sa position vis-à-vis de l’Iran, qui vit apparaître deux orientations différentes :

-1) les hauts dirigeants de l’organisation Al-Qâ‘ida, avec à leur tête Oussama Ben Laden et Aïman Al-Zawâhirî, ont adopté une position aux termes de laquelle ils s’efforceraient de se concilier l’Iran afin de tirer profit de la présence de ce pays en Irak pour y affronter l’occupation américaine, considérant que les Américains étaient leur ennemi commun, et ces dirigeants ont évité d’affronter l’Iran, car cela aurait pu avoir des conséquences fâcheuses pour leur organisation,

– 2) les dirigeants de l’organisation d’Al-Qâ‘ida en Mésopotamie (au Pays des Deux Confluents, en arabe : Bilâd al-Râfidaïni), avec à leur tête Abû Muç‘ab Al-Zarqâwî, ont adopté une autre position selon laquelle le projet des Iraniens en Irak était non moins dangereux que le projet américain.

Les relations entre l’Iran et Al-Qâ‘ida se sont détériorées du fait de la Révolution syrienne.En effet, la domination de la vision identitaro-communautariste dans la perception de la nature du conflit en Syrie a entraîné un bouleversement des alliances objectives. Cela a abouti à placer l’Iran et ses alliés (dont la Syrie, ndt) dans le collimateur d’Al-Qâ‘ida. Et bien que les relations entre l’Iran et Al-Qâ‘ida eussent toujours été tendues, elles se sont franchement détériorées après 2011 après que les deux protagonistes se furent rangés dans deux camps totalement opposés en raison des événements sur le front de la Syrie.

Dans le contexte du différent à l’intérieur d’Al-Qâ‘ida (que nous avons rappelé plus haut), une révolte survenue à l’intérieur de sa branche irakienne a révélé au grand jour l’existence d’un conflit aigu autour de la question de la représentation d’Al-Qâ‘ida, ce qui a amené la branche dissidente à rendre publique la nature de sa relation avec l’Iran. Le porte-parole officiel de « Dâ‘ish » Abû Muhammad Al-‘Adnânî a accusé, le 11 mai 2014, via un message vocal intitulé « Excuses à l’Emir d’Al-Qâ‘ida » la direction centrale d’Al-Qâ‘ida de déviationnisme et d’avoir tissé des relations suspectes avec l’Iran. Il affirmait ainsi qu’« Al-Qâ‘ida a une importante dette vis-à-vis de l’Iran » et que « si « Dâ‘ish » n’a jamais frappé en Iran, c’est parce qu’Al-Qâ‘ida le lui a interdit afin de sauvegarder les intérêts de celle-ci (Al-Qâ‘ida) et ses lignes d’approvisionnement ».

Ce que dit Al-‘Adnânî n’est pas très éloigné de la vérité. Mais il faut replacer la concision de sa relations des faits dans le contexte du conflit autour de la représentation et du monopole exercé par Al-Qâ‘ida en termes de marque commerciale à succès permettant de conquérir des adeptes et des combattants. La réalité, c’est que l’Iran a investi dans les deux organisations afin de s’affirmer en tant que puissance régionale. Ainsi, l’Iran a défini une stratégie en Syrie fondée sur l’élmination de l’opposition armée sunnite (syrienne) tout en évitant l’affrontement avec l’Etat d’Al-Baghdâdî (Dâ‘ish, ndt) en assiégeant les mouvements oppositionnels modérés et en plaçant ceux-ci entre le marteau des milices d’Assad et l’enclume des milices de « Dâ‘ish ».

Les politique identitaires et communautaristes auxquelles l’Iran a eu recours pour se débarrasser de revendications légitimes tant en Syrie qu’en Irak ont permis à l’« Etat d’Al-Baghdâdî » de s’emparer aujourd’hui de vastes régions de l’ouest de l’Irak, en particullier du département d’Al-’Anbâr, puis de ceux de Ninive et de Salah ed-Dîn, et de l’est de la Syrie, nommément des départements de Raqqa, de Deir Ezzor et d’Al-Hasaké. Bien que la puissance intrinsèque de Dâ‘ish soit forte, c’est surtout sa force relative qui est fondamentale. En effet, les politiques identitaires et les problèmes économiques et politiques qui affectent l’Irak et la Syrie fournissent des terrains extrêmement favorables à cette organisation.

Si les politiques identitaires et communautaristes de l’Iran ont renforcé Al-Maliki et Al-Asad sur la base de leurs affirmations d’identité, les politiques d’identité communautaire constituent un des principaux piliers sur lequel s’appuie l’idéologie de l’« Etat islamique d’Irak et de Syrie » , cette organisation étant fondé depuis sa création sur le maintien d’un niveau élevé de mobilisation communautaire afin de garantir les opérations de polarisation, de mobilisation et d’embrigadement de ses partisans et de ses combattants. Les politiques communautaristes menées par Al-Maliki et par Al-Asad et par leur pendant iranien ont contribué à fournir à Dâ‘ish les prétextes idéologiques dont il avait besoin pour s’étendre, pour s’organiser et pour prospérer. De la même manière, la politique iranienne a contribué à établir une stratégie en Irak et en Syrie fondée sur l’étouffement des mouvements de protestation revendiquant la liberté, la justice et la démocratie et sur le rapt des révolutions populaires pacifiques considérées comme ayant une nature identitariste, communautariste et terroriste. Après plus de trois années d’évitement des revendications légitimes et justes s’est forgée tant en Irak qu’en Syrie la conviction que le communautarisme est le principal moteur des politiques menées par l’Iran, ce qui a contribué à redonner de la vie aux brigades d’Al-Qâ‘ida en Irak et en Syrie, ainsi d’ailleurs que dans l’ensemble de l’Orient arabe.

Après la chute de Mossoul, les politiques identitaires sont apparues au grand jour en Iran et chez son allié Al-Maliki, d’une part, et dans l’organisation « Dâ‘ish », d’autre part. Au lieu de s’orienter vers une politique fondée sur la prise en compte des revendications légitimes, les deux partenaires se sont orientés vers davantage de politique identitaro-communautariste. C’est ainsi que le Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki a appelé ouvertement à mobiliser des milices populaires, ce à quoi a répondu la référence chiite suprême Al-Sistânî, celui-ci annonçant le caractère obligatoire du « jihâd en linceul ». C’est alors que les démonstrations de communautarisme sont devenues un spectacle familier pour tous les courants chiites (sadristes et autres) au motif de la nécessité de protéger les mausolées chiites.

Quant à Dâ‘ish, elle a annoncé par la voix de son porte-parole officiel Abû Muhammad Al-‘Adnânî, au travers d’un message vocal enregistré sous le titre : « Tout ce qui t’arrive de bien t’a été accordé par Dieu », qu’elle allait poursuivre son blitz et son expansion.

Sans les politiques communautaristes déplorables de l’Iran, l’« Etat d’Al-Baghdâdî » n’aurait jamais pu s’étendre et passer du monde de l’imagination à la réalité. Il est indiscutable que l’« Etat d’Al-Bagdhâdî » s’est totalement identifié à la thèse communautariste iranienne et qu’il a commencé à jouir d’une grande force humaine, militaire, financière, informationnelle et technique. En effet, son programme d’action repose sur la priorité d’affronter l’influence et l’expasionnisme iraniens dans la région et de combattre le « projet séfévide » (pour reprendre le qualificatif que lui donne l’organisation islamiste sunnite).

Le point commun entre l’Iran et « Dâ‘ish » est le fait que les deux recourent aux politiques identitaro-communautaristes… En soutenant les politiques confessionnelles d’Al-Maliki et d’Al-Asad, l’Iran offrait objectivement de signalés services à l’« Etat d’Al-Baghdâdî » qui affirmait (c’était de bonne guerre) sa méthode identitariste. C’est en cela que l’on peut dire que toute relation réelle entre l’Iran et « Dâ‘ish » a disparu, mais qu’en revanche leur relation objective n’a fait que se confirmer.

*****

L’interpénétration des intérêts et des enjeux régionaux est-il un facteur qui a pu jouer un rôle dans le surgissement de l’EI ?
NON. « Dâ‘ish » est la résultante d’une structuration ayant sa dynamique propre…, même si elle a bénéficié d’une certaine conjoncture régionale

[Dr. Hishâm Al-Hâshimî].
http://classic.aawsat.com/details.asp?section=52&issueno=12998&article=777606&feature=1

L’Etat islamique d’Irak et de Syrie (Dâ‘ish) a pris la succession de l’Etat islamique d’Irak qu’avait fondé Abu ‘Umar al-Baghdâdî (Hâmid Dâwud Al-Zâwî) le 15 octobre 2006. Le 19 avril 2010, lors d’une opération intitulée « Saut du Lion » (Wathbat al-’asad), Abû ‘Umar Al-Baghdâdî a tué le ministre (irakien) de la guerre Abû Hamza Al-Muhâjir. En moins d’un mois, Abû Bakr Al-Baghdâdî (Ibrâhîm ‘Awwâd Ibrâhim Al-Badrî Al-Samarrâ’î) a été intronisé « émir » de l’« Etat islamique d’Irak » et lorsque Abû Bakr Al-Baghdâdî a décidé de pénétrer en Syrie, il a commencé par y envoyer des prédicateurs carismatiques capables de susciter de l’enthousiasme religieux et un esprit de djihâd et de combat contre le régime de Bachar al-Asad. Ils ont créé (en Syrie) des cellules dormantes favorables à l’« Etat islamique d’Irak ». A la tête de ce groupe, il y avait un certain Abû Muhamad Al-Jûlânî (‘Adnân Al-Hâjj ‘Alî) et Abu ‘Abd Al-‘Azîz Al-Qatarî (Muhammad Yûsuf Al-Filastînî).

Ensuite, des éléments de l’« Etat islamique d’Irak » ont commencé à livrer bataille contre l’armée syrienne lors d’un affrontement dans la localité de Jisr Al-Shughûr, qui a représenté l’étincelle marquant le passage de la révolution syrienne du mouvement de protestation pacifique qu’il n’avait cessé d’être depuis le début à une révolution armée. Après quoi, ces combattants ont choisi l’est de la Syrie, qui pouvait être plus aisément sanctuarisé et qui présentait une grande similitude géographique avec la région de Mossoul et le département d’Al-’Anbâr, du côté irakien de la frontière, ces caractéristiques leur ayant permis de résister et de tenir le terrain.
Avec le temps, cette présence d’éléments takfiristes et de membres de l’« Etat islamique d’Irak » a été un facteur important dans une guerre d’usure efficace contre l’armée syrienne.

Au début de 2012, des scissions se sont multipliées parmi les forces opposées au pouvoir de Bachar al-Asad tant du côté de la résistance islamique que du côté de la résistance progressiste laïque. Parmi ces scissions, il y eut la proclamation de la création du Front du Renfort (Jabhat al-Nuçra) sous la direction d’Al-Jûlânî. Cela a amené Al-Baghdâdî à proclamer, en réaction, la création de l’« Etat islamique d’Irak et de Syrie » (Dâ‘ish), le 8 avril 2013. C’était aussi de sa part une révolte contre la « base du djihâd mondial » (Al-Qâ‘ida) dirigée par Al-Zawâhirî. Depuis lors, Dâ‘ish et ses partisans ont mené plusieurs opérations stratégiques, dont les plus importantes ont été les suivantes :

– l’imposition de l’allégeance à son émir Al-Baghdâdî à tous ceux qui avaient pris les armes contre Al-Asad sur le front syrien,
– l’élargissement de l’influence de Dâ‘ish et la multiplication de ses branches dans l’ensemble du monde musulman, al-Baghdâdî essayant dans ce domaine d’imiter ’Usâma Ben
Laden par la multiplication de branches de Dâ‘ish, comme cela avait été le cas pour Al-Qâ‘ida,
– le recours à l’autofinancement grâce à la prise de contrôle de puits de pétrole dans l’est de la Syrie ainsi qu’à Raqqa, à Al-Zumla, à Al-Tabqa et dans les environs de ces centres pétroliers, ainsi que des schamps pétrolifières d’Al-Thawra, d’Al-Jabsa, de Kûnikû et d’Al-Jafra, de silos à blé en Syrie et en rançonnant les usagers de certaines routes, en exigeant des rançons pour libérer des journalistes étrangers capturés et en faisant payer un impôt « révolutionnaire » à des commerçants et à des compagnies de transports privée (en particulier de produits pétroliers) en Irak et en Syrie, sans oublier la contrebande d’antiquités syriennes et le commerce d’armes de guerre prohibées internationalement.
– Al-Baghdâdî a eu recours à un « conseil militaire » dirigé par des officiers ayant des compétences militaires et logistiques. Ceux-ci ont recouru à l’ouverture de nombreux fronts simultanément afin de provoquer la dispersion des forces de l’adversaire. Ils ont réparti leurs soldats dans tous les départements en formant dans chacun d’entre eux deux sections, les « corps d’élite offensifs » chargés des affrontements armés directs (ils ont notamment pris le contrôle de plusieurs casernes de l’armée syrienne, de centres des services de sécurité syriens, ainsi que de villages et de villes) et des cellules dormantes locales attendant de pouvoir « se réveiller » au moment où les régions où elles se trouvaient auraient été abandonnées par les services de sécurité et par l’armée en raison des attaques des « corps d’élite offensifs » évoqués supra, les cellules dormantes une fois activées ayant pour mission de tenir ces régions des points de vue sécuritaire et administratif. Cette stratégie a fait de Dâ‘ish la plus riche des organisations djihadistes takfiristes de toute l’histoire contemporaine et cette organisation est devenue la Mecque des combattants (islamistes) tant arabes que non arabes !

Tout cela a permis à Al-Baghdâdî, au début de 2014 et en particulier au début des combats dans le département irakien d’Al-’Anbâr, de procéder à des changements fondamentaux dans la structure organisationnelle de Dâ‘ish. Tous les chefs de section de l’organisation ont été intronisés « substituts d’Al-Baghdâdî » auprès de leur section et ceux-ci se sont vu accorder d’importantes prérogatives en matière d’interprétation tant des textes religieux que des situations (’ijtihâd) et de prise de décision autonome les dispensant de référer à Al-Baghdâdî. Celui-ci a eu recours à des chefs militaires et sécuritaires d’autres organisations ayant opté pour la pensée de Dâ‘ish. Grâce à la richesse de l’organisation, le nombre des combattants de Dâ‘ish a doublé assez rapidement, et ses opérations ont été boostées.

Après une défaite subie à Mossoul le 10 juin 2014, Al-Baghdâdî s’est inspiré de la stratégie qu’avaient utilisée les Talibans en Afghanistan pour s’emparer du pouvoir et créer leur Etat islamique dans ce pays. C’est ainsi que Dâ‘ish a renforcé sa capacité de contrôler des terres sunnites et de conserver celles-ci. Jusqu’à présent l’allégeance à Al-Baghdâdî n’a pas été imposée aux tribus, aux notables et aux personnalités religieuses et politiques sunnites et Dâ‘ish ne s’est pas affrontée aux organisations combattantes sunnites dans la région concernée.

Cette stratégie de la part de Dâ‘ish a porté un nombre important de fruits. Parmi ceux-ci, voici ce qui a été acquis, sur le terrain :

– Dâ‘ish a réussi à convaincre l’ensemble des sunnites d’Irak qu’elle était leur « libérateur » et leur « sauveteur », en dépit d’une forte opposition régionale envers cette organisation,
– elle a réussi à fédérer des combattants arabes et étrangers pour aller combattre en Irak (ces combattants étant originaires de non moins de vingt-et-un pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe), après quoi ils sont passés d’Irak en Syrie,
– elle a réussi à « convaincre » l’opinion publique mondiale qu’elle n’était pas la seule organisation à avoir recours aux assassinats dans les régions sunnites,
– elle a accordé toutes les libertés aux minorités à Ninive afin de créer dans cette ville une atmosphère de concorde et de sérénité,
– elle a réussi à ramener le président américain Barak Obama en Irak et elle a remis à l’ordre du jour la guerre sainte contre la coalition des « croisés »,
– elle a humilié les milices irakiennes et leurs supplétifs,
– enfin, Dâ‘ish a mis l’Iran au défi de mener sa guerre confessionnelle contre les Arabes sunnites pour le contrôle de l’Irak.

JUNE 28, 2014

Lebanonization of Iraq and the Middle East

By Jamal Kanj

In 1992 British-born American Zionist Bernard Lewis wrote in the Foreign Affairs journal an article entitled “Rethinking the Middle East” , which called for the “Lebanonization” of the Arab world because it was “vulnerable to such a process”. He suggested the weakening of central power in countries to the point where “there is no real civil society to hold the polity together, no real sense of common identity”.

The current Iraqi mini-dictator, Nuri al-Maliki, and the burgeoning Islamists are direct by-products of the 2003 US invasion.

Under the pretence of the “war on terror”, the Zionist neo-conservatives exploited America’s might to break up Iraq and the Middle East – as Lewis predicted – into “squabbling, feuding, fighting sects, tribes, regions and parties”, led by rulers with a parochial, sectarian outlook and lacking a national “common identity”, such as Maliki.

“Cauldronizing” the Middle East

This blueprint for the new Middle East was envisioned by Lewis more than 10 years before Israel firsters succeeded in steering the gullible George W. Bush to fight Israel’s wars in the Middle East. Instead of then US Secretary of State Condoleezza Rice’s promise of democracy, we got the Al-Qaeda-inspired Islamic State in Iraq and the Levant and similar groups.

Fearing such an outcome, Brent Scowcroft, a former US Air Force lieutenant-general and national security adviser in the first Bush administration, warned the Bush Junior administration in 2002 against getting entangled in another costly foreign adventure because it “could turn the whole region into a cauldron and destroy the war on terror”.

Michael Ledeen, a leading Zionist neo-conservative in the Bush team, dismissed Scowcroft’s warning, arguing that it was the US “mission in the war” to cauldronize the region. “If ever there were a region that richly deserved being cauldronized, it is the Middle East today,” he said. He added that if the US waged the war effectively, it “will bring down the terror regimes in Iraq, Iran and Syria, and either bring down the Saudi monarchy or force it to abandon its global assembly line to indoctrinate young terrorists”.
Shady character with questionable loyalty

Unlike Scowcroft who served faithfully in the US army and as a senior national security official in several US administrations, Ledeen was an indoctrinated Zionist known for his role in getting the US embroiled in embarrassing scandals.

In the mid-1980s Ledeen was the key mediator between then Israeli Prime Minister Shimon Peres and Iranian intermediary Manucher Ghorbanifar to supply Iran with American weapons in what became infamously known as the Iran-Contra scandal.

Ledeen was also behind the fake documents of the supposed Iraqi purchase of yellowcake uranium powder from Niger. His lie was crucial in Tony Blair’s and Bush’s decision to invade Iraq, resulting in the death of hundreds of thousands of human beings.

In addition, he was one of several Zionist neo-conservatives who were suspected of spying for Israel and had long been association with Israeli think tanks, and who infiltrated the dens of the Pentagon to advocate the “creative destruction” theorem for remaking the “New Middle East.”

Ironically Lewis, Scowcroft and Ledeen were right in their predictions or objectives. For Scowcroft, the Middle East has turned into a cauldron of conflict costing the US trillions of taxpayer money.

For Lewis and Ledeen, a US mission to “cauldronize” Iraq, Syria, Sudan and Libya has made Israel safer. It is an enterprise paid for by American money and cemented by hundreds of thousands of lives.

And the Zionist neo-conservative cauldronization is not yet over.

A version of this article was first published by the Gulf Daily News newspaper. The version here is published by permission of Jamal Kanj.

02/07/14
De : « KARL

Mosul (Northern Iraq) has long been a base for Mossad and these ISIS Sunni fighters were trained in Jordan by CIA-Mossad agents. Without mentioning the Israeli element here, people will eternally be in the dark.
The plan is to Balkanize the Arab states and create a Sunni,Shia’t and Kurdish Iraq that will be easy prey for Israeli power. It is also to open a corridor to Tehran. You have Syrian rebels fighting Assad, Syrian rebels Fighting the ISIS and ISIL fighting the Iraqi government with Israeli strategists running the show. From Israel’s perspective the bloodier the better. This is all for Eretz israel I have been mentioning occasionally and very often lately.

Undoubtedly the US finds itself between a rock and a hard place with respect to the spread of combat in Syria into Iraq, but we will know the extent of their infatuation and love with this group when they decide to bomb them.The green light for the use of ISIS brigades to carve up Iraq, widen the Syria conflict into a greater Middle East war and to throw Iran off-balance was given behind closed doors at the Atlantic Council meeting in Turkey, in November 2013, told a source close to Saudi/ Lebanese billionaire Saad Hariri, adding that the U.S. Embassy in Ankara is the operation’s headquarter,and will continue to be for a long time,this is the U.S. dirty politics and policies all for israel getting into every bodies bedroom without their approval, just bullying itself any where it wants…U.S. democracy at work, what a farce theater.

karl

From: [email protected]
Subject: ISIS in Iraq stinks of CIA/NATO ‘dirty war’ op
Date: Tue, 1 Jul 2014

?ISIS in Iraq stinks of CIA/NATO ‘dirty war’ op

William Engdahl is an award-winning geopolitical analyst and strategic risk consultant whose internationally best-selling books have been translated into thirteen foreign languages.

Published time: June 24, 2014

Iraqi Kurdish forces take position near Taza Khormato as they fight jihadist militants from the Islamic State of Iraq and the Levant (ISIL) positioned five kilometers away in Bashir, 20 kms south of Kirkuk (AFP Photo / Karim Sahib)

Intelligence, Iraq, Syria, Terrorism, USA

For days now, since their dramatic June 10 taking of Mosul, Western mainstream media have been filled with horror stories of the military conquests in Iraq of the Islamic State in Iraq and Syria, with the curious acronym ISIS.

ISIS, as in the ancient Egyptian cult of the goddess of fertility and magic. The media picture being presented adds up less and less.

Details leaking out suggest that ISIS and the major military ‘surge’ in Iraq – and less so in neighboring Syria – is being shaped and controlled out of Langley, Virginia, and other CIA and Pentagon outposts as the next stage in spreading chaos in the world’s second-largest oil state, Iraq, as well as weakening the recent Syrian stabilization efforts.

Strange facts

The very details of the ISIS military success in the key Iraqi oil center, Mosul, are suspect. According to well-informed Iraqi journalists, ISIS overran the strategic Mosul region, site of some of the world’s most prolific oilfields, with barely a shot fired in resistance. According to one report, residents of Tikrit reported remarkable displays of “soldiers handing over their weapons and uniforms peacefully to militants who ordinarily would have been expected to kill government soldiers on the spot.”

We are told that ISIS masked psychopaths captured “arms and ammunition from the fleeing security forces” – arms and ammunition supplied by the American government. The offensive coincides with a successful campaign by ISIS in eastern Syria. According to Iraqi journalists, Sunni tribal chiefs in the region had been convinced to side with ISIS against the Shiite Al-Maliki government in Baghdad. They were promised a better deal under ISIS Sunni Sharia than with Baghdad anti-Sunni rule.

According to the New York Times, the mastermind behind the ISIS military success is former Baath Party head and Saddam Hussein successor, General Ibrahim al-Douri. Douri is reportedly the head of the Iraqi rebel group Army of the Men of the Naqshbandi Order as well as the Supreme Command for Jihad and Liberation based on his longstanding positions of leadership in the Naqshbandi sect in Iraq.

In 2009, US ‘Iraqi surge’ General David Petraeus, at the time heading the US Central Command, claimed to reporters that Douri was in Syria. Iraqi parliamentarians claimed he was in Qatar. The curious fact is that despite being on the US most wanted list since 2003, Douri has miraculously managed to avoid capture and now to return with a vengeance to retake huge parts of Sunni Iraq. Luck or well-placed friends in Washington?

The financial backing for ISIS jihadists reportedly also comes from three of the closest US allies in the Sunni world—Kuwait, Qatar and Saudi Arabia.

US passports ?

Key members of ISIS it now emerges were trained by US CIA and Special Forces command at a secret camp in Jordan in 2012, according to informed Jordanian officials. The US, Turkish and Jordanian intelligence were running a training base for the Syrian rebels in the Jordanian town of Safawi in the country’s northern desert region, conveniently near the borders to both Syria and Iraq. Saudi Arabia and Qatar, the two Gulf monarchies most involved in funding the war against Syria’s Assad, financed the Jordan ISIS training.

Advertised publicly as training of ‘non-extremist’ Muslim jihadists to wage war against the Syrian Bashar Assad regime, the secret US training camps in Jordan and elsewhere have trained perhaps several thousand Muslim fighters in techniques of irregular warfare, sabotage and general terror. The claims by Washington that they took special care not to train ‘Salafist’ or jihadist extremists, is a joke. How do you test if a recruit is not a jihadist? Is there a special jihad DNA that the CIA doctors have discovered?

Jordanian government officials are revealing the details, in fear that the same ISIS terrorists that today are slashing heads of ‘infidels’ alongside the roadways of Mosul by the dozens, or hundreds if we believe their own propaganda, might turn their swords towards Jordan’s King Abdullah soon, to extend their budding Caliphate empire.

Former US State Department official Andrew Doran wrote in the conservative National Review magazine that some ISIS warriors also hold US passports. Now, of course that doesn’t demonstrate and support by the Obama Administration. Hmm…

Iranian journalist Sabah Zanganeh notes, « ISIS did not have the power to occupy and conquer Mosul by itself. What has happened is the result of security-intelligence collaborations of some regional countries with some extremist groups inside the Iraqi government. »

Iraq’s Chechen commander

The next bizarre part of the ISIS puzzle involves the Jihadist credited with being the ‘military mastermind’ of the recent ISIS victories, Tarkhan Batirashvili. If his name doesn’t sound very Arabic, it’s because it’s not. Tarkhan Batrashvili is a Russian – actually an ethnic Chechen from near the Chechen border to Georgia. But to give himself a more Arabic flair, he also goes by the name Emir (what else?) Umar al Shishani. The problem is he doesn’t look at all Arabic. No dark swarthy black beard: rather a long red beard, a kind of Chechen Barbarossa.

According to a November, 2013 report in The Wall Street Journal, Emir Umar or Batrashvili as you prefer, has made the wars in Syria and Iraq “into a geopolitical struggle between the US and Russia.”

That has been the objective of leading neo-conservatives in the CIA, Pentagon and State Department all along. The CIA transported hundreds of Mujahideen Saudis and other foreign veterans of the 1980s Afghan war against the Soviets in Afghanistan into Chechnya to disrupt the struggling Russia in the early 1990s, particularly to sabotage the Russian oil pipeline running directly from Baku on the Caspian Sea into Russia. James Baker III and his friends in Anglo-American Big Oil had other plans. It was called the BTC pipeline, owned by a BP-US oil consortium and running through Tbilisi into NATO-member Turkey, free of Russian territory.

Batrashvili is not renowned for taking care. Last year he was forced to apologize when he ordered his men to behead a wounded ‘enemy’ soldier who turned out to be an allied rebel commander. More than 8,000 foreign Jihadist mercenaries are reportedly in ISIS including at least 1,000 Chechens as well as Jihadists Saudi, Kuwait, Egypt and reportedly Chinese Uyghur from Xinjiang Province.

Jeffrey Silverman, Georgia Bureau Chief for the US-based Veterans Today (VT) website, told me that Batrashvili “is a product of a joint program of the US through a front NGO called Jvari, which was set up by US Intelligence and the Georgian National Security Council, dating back to the early days of the Pankisi Gorge.”

Jvari is the name as well of a famous Georgian Orthodox monastery of the 6th century. According to Silverman, David J. Smith—head of something in Tbilisi called the Georgian Foundation for Strategic and International Studies, as well as the Potomac Institute in Washington where he is listed as Director of the Potomac Institute Cyber Centerr—played a role in setting up the Jvari NGO.

Silverman maintains that Jvari in Rustavi, near the capital, Tbilisi, gathered together Afghan Mujahideen war veterans, Chechens, Georgians and sundry Arab Jihadists. They were sent to the infamous Pankisi Gorge region, a kind-of no-man’s lawless area, for later deployment, including Iraq and Syria.

Batrashvili and other Georgian and Chechen Russian-speaking Jihadists, Silverman notes, are typically smuggled, with the assistance of Georgia’s Counterintelligence Department and the approval of the US embassy, across the Georgia border to Turkey at the Vale crossing point, near Georgia’s Akhaltsikhe and the Turkish village of Türkgözü on the Turkish side of the Georgian border. From there it’s very little problem getting them through Turkey to either Mosul in Iraq or northeast Syria.

Silverman believes that events in Northern Iraq relate to “wanting to have a Kurdish Republic separate from the Central government and this is all part of the New Great Game. It will serve US interests in both Turkey and Iraq, not to mention Syria.”

Very revealing is the fact that almost two weeks after the dramatic fall of Mosul and the ‘capture’ by ISIS forces of the huge weapons and military vehicle resources provided by the US to the Iraqi army. Washington has done virtually nothing but make a few silly speeches about their ‘concern’ and dispatch 275 US special forces to allegedly protect US personnel in Iraq.

Whatever the final details that emerge, what is clear in the days since the fall of Mosul is that some of the world’s largest oilfields in Iraq are suddenly held by Jihadists and no longer by an Iraqi government determined to increase the oil export significantly. More on this aspect in an upcoming article.

http://www.lorientlejour.com/article/874335/les-mysteres-de-leiil-et-la-main-des-etats-unis.html

Les mystères de l’EIIL et la main des États-Unis…

ÉCLAIRAGE
Scarlett HADDAD | OLJ02/07/2014

L’imbroglio irakien continue d’occuper les chancelleries du monde entier, soucieuses de comprendre les réelles motivations de l’EIIL qui a proclamé son califat sous la houlette du calife Ibrahim (Abou Bakr el-Baghdadi). Ce groupe a-t-il son agenda propre ou est-il manipulé par des parties internationales ou régionales ? Où s’arrêtera-t-il ?

Les questions sont multiples et d’autant plus actuelles que le groupe s’est empressé de désigner un émir pour le Liban, Abdel Salam al-Ourdouni. Cet homme, qui a été détenu à la prison de Roumieh avant d’en être sorti dans des circonstances mystérieuses, est aujourd’hui activement recherché par les services libanais, même s’ils ont peu de chances de le retrouver, car, en raison de ses nouvelles fonctions, il doit être bien protégé soit dans un camp palestinien, soit quelque part sur la portion de territoire syrien contrôlée par l’EIIL. Les services de sécurité déploient actuellement beaucoup d’efforts pour tenter de surveiller les camps palestiniens. Ils avaient compté sur le déploiement d’une force interpalestinienne dans le camp de Aïn el-Héloué pour couper court à d’éventuelles tentatives de déstabilisation. En principe, un accord avait été conclu à ce sujet, avec l’Autorité palestinienne et entre toutes les autres organisations, notamment le Hamas, pour qu’une force de 160 hommes se charge de la sécurité dans le camp et empêche les éventuels fauteurs de troubles d’agir.

Azzam Ahmad avait été même dépêché par l’Autorité palestinienne au Liban pour superviser le déploiement de la force dans le camp. Mais il n’a jamais eu lieu pour des raisons qui n’ont pas encore été divulguées et, en tout cas, la force n’aura pas accès au quartier des « Tawarek » où se cachent les groupes extrémistes. C’est dire qu’en dépit de la bonne volonté déclarée de l’Autorité palestinienne et du Hamas, les zones d’ombre demeurent multiples et les services de sécurité maintiennent leur état d’alerte, sachant que les développements en Irak et en Syrie n’ont pas fini de surprendre tout le monde.

(Lire aussi : Le califat, un rêve pour les islamistes)