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Crise syrienne : et maintenant ?


mercredi 11 septembre 2013

Ibrahim al-Amin

C’est la Chambre des communes britannique qui a ouvert la voie à ce qui est devenu une retraite alors que l’on était au bord de la guerre. Soudain, l’opinion publique s’est imposée dans les calculs des gouvernements occidentaux, conduisant à la recherche d’une porte de sortie pour la Maison Blanche. Dès que Barack Obama décida de soumettre la question devant le Congrès, il était clair qu’il était à la recherche d’une sorte de compromis.

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Serguei Lavrov, Ministre des affaires étrangères de la Russie – L’initiative russe d’un désarmement partiel de la Syrie illustre les nouveaux rapports de force qui s’imposent aujourd’hui au Moyen-Orient, et ouvre peut-être une époque où la diplomatie pourra prévaloir – Photo : EPA/Maxim Shipenkov

Tout ce qui restait était de trouver quelque chose que Washington puisse présenter à ses alliés arabes et européens, en leur disant : « Vous voyez, c’est ce que j’ai pour ne pas lancer une guerre contre la Syrie. »

Les Russes ont saisi leur chance. Ils avaient besoin de trouver quelque chose qui ne ressemblerait pas à une défaite pour les États-Unis, et qui dans le même temps ne ferait pas que Damas paraisse capituler complètement. Donc, ils sont arrivés avec l’idée de neutraliser l’arsenal chimique de la Syrie, en proposant de placer celui-ci sous contrôle international.

L’initiative russe mènera probablement à ce qui semble être seulement un accord temporaire, remettant à plus tard une attaque plutôt que l’annulant purement et simplement. Mais il faudra un minimum de discussions avant que cet accord ne voit le jour, et comme le dit l’adage, « le diable se trouve dans les détails ».

Ce qui a été divulgué par les médias israéliens évoque un plan de Tel Aviv recommandant à Obama de faire traîner les négociations, et qui laisse entendre que ce ne serait rien de plus qu’un court répit, jusqu’à ce que l’occasion se présente à une date ultérieure de lancer des bombardements. D’ici là, peut-être, les conditions seront en place pour mener une guerre dans des circonstances plus favorables pour l’Occident.

Le plan israélien vise en fait à répéter le scénario irakien où il avait été demandé aux inspecteurs en désarmement de regarder dans tous les coins et recoins, y compris les palais privés de Saddam Hussein, jusqu’à ce que les États-Unis aient fini leurs préparatifs de guerre. Dans le cas de la Syrie, les Américains pourraient utiliser comme excuse d’avoir échoué à atteindre un accord final sur la base de l’initiative russe, pour mener sur Damas une attaque beaucoup plus large que ce qui était prévu jusqu’à aujourd’hui.

Mais qu’en est-il de l’autre côté ? Comment va-t-on analyser la situation ? Et qu’est-il prévu dans toute future confrontation ?

Nul besoin de dire aux alliés de la Syrie que Washington ne possède plus l’entière liberté de faire ce qu’il veut, surtout comparé à il y a une dizaine d’années, juste avant que les États-Unis aillent s’enliser en Irak et en Afghanistan. Ces alliés savent aussi que les récents revers de l’Amérique ont conduit à une alliance au niveau régional et international pour s’opposer à la guerre, et qui rassemble de puissantes forces qui continuent de croître de jour en jour.

Cette alliance fonctionne à plusieurs niveaux : la Russie joue un rôle diplomatique, tandis que l’Iran est prêt à prendre la relève militairement dans le cas d’une confrontation régionale avec les États-Unis. Le régime iranien est non seulement capable de faire face à Washington en Syrie et dans toute la région, mais il a aussi la capacité de lui infliger de graves préjudices.

En deux semaines à peine, cette alliance a réussi à mobiliser un large front militaire, prêt à s’engager dans une guerre prolongée qui pourrait durer des mois ou plus, ouvrant de nombreuses et nouvelles possibilités qui n’existaient pas auparavant et qui permettront à cette alliance de s’opposer à toute attaque occidentale, sans dépendre du timing, de la géographie ou de la puissance des agresseurs.

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* Ibrahim al-Amin est éditeur en chef du quotidien libanais al-Akhbar