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De Damas … Par Marie-Ange Patrizio


 

Chers amis,

Je vous transmets la conversation téléphonique que j’ai eue hier (dimanche 9 septembre) avec une amie franco-syrienne actuellement à Damas (dont je vous ai déjà transmis un message). Elle me demande l’anonymat pour elle et les personnes dont elle parle, pour les raisons que vous allez comprendre dès les premiers mots de cet échange.

« C’est difficile car les attaques des mercenaires qui entrent en Syrie se multiplient.

A Damas, dans le camp de Yarmouk (banlieue de Damas), qui avait déjà été nettoyé par l’armée, il y aurait à nouveau 7.000 mercenaires, arrivés on ne sait pas comment. On a découvert des tunnels sous la ville, qui font des kilomètres de long.

Ils terrorisent la population, ils s’attaquent à ceux qui ne disent pas qu’ils sont avec eux, ceux qui ne veulent pas dire qu’ils sont « révolutionnaires », ils détruisent les commerces. A Yarmouk, il y a eu 2 tirs de mortiers (par les mercenaires) sur la population, ils ont tué beaucoup de gens, surtout des femmes et des enfants, ils ont tiré dans la rue la plus peuplée ; les gens ont demandé à l’armée de venir les protéger, et l’armée a attaqué les lieux où les terroristes sont réfugiés : Tadamoun, Hajar al Aswad (la Pierre noire), camp Yarmouk (les trois quartiers sont à côté les uns des autres).

Avant-hier (vendredi 7 septembre) une bombe a explosé à la sortie de la mosquée à  Rokneddine, il semble que c’était une charge attachée sur un vélo. Une autre charge a explosé, vendredi aussi (7 septembre), entre le Palais de justice et le ministère de l’information ; ça a détruit de nombreuses voitures, mais il n’y a pas eu de morts ; beaucoup de dégâts et pas que des biens publics.

Les attentats terroristes se multiplient, hier (samedi 8 septembre) ils ont fait deux attentats en même temps, à Alep : un contre une église et un contre une mosquée.

Mais il y a d’autres choses qui se passent, intéressantes et rassurantes. Les gens en ont marre et ils font pression pour que le gouvernement intervienne.

A Homs, dans le quartier de Hefféé il y a eu une grande réunion pour dire le rejet de la violence, qu’il fallait sauver le pays contre les mercenaires étrangers ; ceux qui se réunissent essaient de rassembler les Syriens qui les accueillent du côté de la réconciliation. Réunions aussi à Maarat el Nooman.

Ces réunions se font pour la réconciliation de toute la population, pour dire qu’ils veulent vivre en paix, tous ensemble ; même ceux qui ont perdu des gens de leur famille y participent. Ça commence à se généraliser ; il y a eu la même chose à Homs : une sorte de grand conseil local de réconciliation, ça se fait avec les gouvernorats locaux, et toutes les associations qui se sont créées pour (et depuis) les élections (mai 2012) : tous ensemble pour créer un mouvement de paix national. Il y en a de plus en plus.

Mais du coup, de l’autre côté, le terrorisme s’accentue très fort aussi. Comme les gens essaient de se donner la main parce qu’ils ont compris que c’est un grand complot, alors, en face, le terrorisme s’exacerbe, ils visent les gens, dans les quartiers.

Il y a eu aussi 2 explosions dans la banlieue druze de Damas, 48 morts, la semaine dernière. A Jaramana, c’est un quartier druze.

A Zamalka, ils ont fait une chose atroce : les mercenaires ont pris une partie de la population en otage et ils les ont égorgés devant les autres. C’était atroce, égorgés devant les autres.

Il faut voir ces terroristes ; ils viennent de Libye, du Yémen, de Tchétchénie, d’Afghanistan : ils ont des barbes jusqu’au nombril teintes au henné, en principe pas de moustaches, les yeux au khôl, des sarrouels qui descendent jusqu’au-dessous des genoux. Ils tuent à l’arme blanche, mais ils ont aussi d’autres armes.

On a découvert des caches d’armes qu’on n’aurait jamais pu imaginer ici : on les a vues à la télé (pas seulement syrienne) et c’est pour ça que les satellites ont bloqué les chaînes syriennes qu’ils desservaient. Pour essayer d’empêcher la télé syrienne de diffuser ces images, pour pas que les gens (en Syrie) les voient : les deux satellites ont brouillé les transmissions. Les télés syriennes essaient maintenant de mettre en place d’autres canaux de transmission. Les télés Araba ( ?) et la télé syrienne avaient montré les témoignages d’anciens terroristes, et les caches d’armes notamment israéliennes qui ont été saisies à Alep, Homs, Hama (autres noms que je n’ai pas notés, ndr). On a trouvé des caches avec d’énormes quantités de poudre, pour fabriquer des engins explosifs.

Les deux satellites (qui boycottent) sont Nilsat et Arabsat; ce sont des satellites étrangers, l’un égyptien et l’autre appartenant à des Saoudiens ; les deux sont des sociétés privées. Ils ont fait ça à la demande de l’Arabie saoudite et de l’Egypte : ils n’honorent plus leur contrat commerciaux, une aberration ! Parce que la télé syrienne depuis une ou deux semaines avait commencé à montrer des témoignages de gens qui ont été capturés (par l’armée ou la population), et qui avaient été du côté des terroristes : ils ont raconté comment ils ont été entraînés, par qui ils ont été envoyés en Syrie, qui sont leurs complices. Alors on a empêché la télé syrienne de diffuser.

La plupart des gens qu’on montrait avaient été recrutés et entraînés en Turquie et au Liban.

 Maintenant on sent une escalade de la violence dans les attentats (guerre de basse intensité, après l’échec des groupes armés à prendre les villes, ndr) ; mais, en même temps, le gouvernement fait en sorte que les familles qui ont dû quitter leur maison, (ceux qu’on appelle « déplacés », ndr), ne manquent de rien, dans la vie quotidienne. Et toute la population s’est mise à les aider ; certains sont hébergés dans les écoles. L’état réhabilite les quartiers qui ont été les lieux des conflits pour que les gens puissent rentrer chez eux au plus vite.

A Alep, la réhabilitation (des maisons et des édifices publics) a commencé, à Homs c’est presque terminé, à Damas, les quartiers de Midane sont réhabilités et on fait appel aux familles pour qu’elles rentrent chez elles dans les quartiers qui sont sécurisés.

Le gouvernement voudrait que la rentrée scolaire se fasse le 16 septembre.

Aucune denrée ne manque. Les déplacés ont des paniers alimentaires qui leur sont livrés et on leur garantit que cette aide alimentaire et médicale sera livrée chez eux aussi quand ils seront rentrés.

Il y a une ville, à côté de Lattaquié, Heffé, qui a été entièrement réhabilitée.

Le gouvernement s’est engagé à ce que dans chaque famille une personne soit employée par l’état, pour qu’il y ait au moins un revenu par famille. 

m-a : On ne nous parle plus ici de la bataille d’Alep ?

A Alep, les mercenaires ont complètement perdu pied, malgré une affluence terrible par la frontière turque.

Petraeus (général étasunien) est (était ?) en Turquie : il était dans les camps à la frontière, il avait déclaré qu’il dirigeait les opérations. Ils y sont tous allés : Clinton, Erdogan, Fabius y est passé. Petraeus dirigeait les opérations contre la Syrie avec les Israéliens, grâce à des appareils de communication très sophistiqués (payés et fournis aussi par la France, c’est notre contribution « humanitaire », déclarations du ministre des affaires étrangères, ndr).

m-a : d’où vient le chiffre de 7.000 mercenaires ?

Il y a eu plusieurs déclarations à des télés arabes, pas syriennes. Les mercenaires sont des salafistes, des escadrons de la mort venus d’Afghanistan.

Ford (l’ex-ambassadeur étasunien à Damas, ndr), quand il est revenu, il avait pour mission –c’est lui qui l’a dit- de recruter des escadrons de la mort pour la Syrie. Après ils ont tous plié bagage, fermé les ambassades. A Houla, c’est eux.

Je suis très engagée ici dans les contacts pour la réconciliation, en participant à des réunions publiques. Les gens me font confiance parce que je ne suis pas du pouvoir, ni de l’opposition ; les émissions à la télé, aux radios nationales ou locales, ont énormément d’audience. Les gens m’interrogent car ils savent que je viens de Paris, ils sont étonnés de mes positions, discutent avec moi. Après ces rencontres, j’ai reçu des coups de fil même d’Arabie Saoudite, de gens qui disent qu’ils sont solidaires du peuple syrien. Dans les petits restaus où je vais manger, les serveurs discutent avec moi, ils sont enthousiastes, très informés, c’est impressionnant de voir cette mobilisation

   Des conférences sont organisées, par les nouveaux mouvements politiques formés en mai ; il vaut mieux ne pas donner les noms des intervenants pour les réunions en préparation, pour ne pas exposer les gens.

Le mouvement est national, il s’appuie sur les comités locaux et aussi sur des responsables religieux, des cheikhs et des curés. »

(Damas, dimanche 9 septembre 2012, midi).