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De la stratégie à l’entrisme militaire


Contribution : QATAR

De la stratégie de l’entrisme à l’action militaire

Par Ali El Hadj Tahar
Caractérisée par la vassalité aux grandes puissances, par le
prosélytisme wahhabite, par les investissements financiers massifs en
Europe et aux Etats-Unis
ainsi que par les médiations régionales, la politique étrangère du
Qatar compte aussi sur l’influence médiatique d’Al Jazeera, le fer de
lance
contre ses cibles. Al Jazeera n’est pas un outil de communication,
mais un instrument de propagande orienté par la CIA et le Mossad et
dirigé par un émir sorti de Docteur Folamour de Stanley Kubrick ou de
1984 de George Orwell.

Le Qatar se faufile entre les grands et se crée une place de
«conciliateur modéré» qui l’autorise à s’asseoir à la même table que les
Etats-Unis, Israël, l’Iran, l’OLP, le Hamas palestinien et le Hezbollah
libanais. Enfin plus maintenant, car il a grillé ses cartes en Libye et
en Syrie, se rendant également suspect chez Mahmoud Abbas, Hassan
Nasrallah et Ahmadinejad. En tout cas, la politique étrangère qatarie
qui monte les marches quatre par quatre contraste fort avec la
diplomatie algérienne d’un pas en avant deux pas en arrière. Le jour de
l’aïd, en août 2012, le président Bouteflika disait refuser l’ingérence
dans les affaires des autres peuples, entendant par-là celles du peuple
syrien, mais il ne va pas à Téhéran au sommet des Non-Alignés pour
clamer ce point de vue ni pour parler de la Palestine ou du Mali.Le
Qatar a fait le plein de révolutions durant les «printemps arabes».Il a
même fait sa première guerre à l’étranger, sur le front libyen, en
fournissant 8 avions à l’OTAN et 5 000 hommes aux rebelles du CNT ! Pour
l’Occident, la fréquentation du Qatar fait moins flagrant qu’une Arabie
Saoudite qui n’a même pas le Smig en matière de droits de l’homme et où
les femmes ne peuvent pas conduire un véhicule. Pourtant, le Qatar
n’est pas moins une dictature. Polygame, chef d’un système ne tolérant
pas la mixité, son émir est devenu fréquentable bien que cheikh Abdellah
Ben Khaled Al-Thani — qui accueillait les terroristes d’Al-Qaïda dans
sa ferme quelques années plus tôt — soit toujours ministre de
l’Intérieur. Pourtant, ce même Hamad qui a activement participé au
renversement de Kadhafi n’a pas été invité par l’ancien président
français à la célébration de la chute de Tripoli. Un Sarkozy en
précampagne électorale avec comme slogan le terrorisme et les bougnouls,
lui a préféré la compagnie du Premier ministre anglais, David Cameron,
et celle de l’écrivain-soldat, Bernard Henry-Levy ! Marine Le Pen ne
cessant d’insulter Sarkozy pour son amitié avec cet émir décadent, il ne
pouvait tout de même pas se le coltiner dans la ville conquise de
Tripoli ! Non seulement Sarkozy lui vole donc la vedette en Libye, mais
il amène avec lui un Anglais et un sioniste notoire. Cheikh Hamad se
rendra alors en visite officielle aux Etats-Unis en avril 2011 où il
sera remercié par Obama pour le rôle qu’il a joué dans les «révolutions
arabes». Mais n’oubliant pas sa douce France, cet émir fair-play et bon
parieur décide alors de soutenir à la fois Hollande et… Sarkozy durant
leurs campagnes électorales ! Si l’un perd, l’autre gagne, comme au
turf. Ce n’est pas pour rien que l’écurie du Cheikh possède un pur-sang
champion du monde !

Amis parachutés devenus indociles

Les Maghrébins, quant à eux, ne sont pas aussi dociles que le
croyait le faiseur de «printemps arabes», ce Qatar qui croit que les
«révolutions» qu’il a concoctées pour eux à coups de «Dégages !» sont
éternelles et aussi rentables qu’une poignée d’actions de son fonds
souverain dans un hôtel parisien ou un cheval à Longchamp. Malgré la
victoire aux législatives du parti Ennhada, la venue à Tunis de Cheikh
Hamad à l’occasion du premier anniversaire de la chute de Benali a été
annulée à cause des protestations médiatiques et citoyennes. En outre,
on a vu comment, le 24 mars 2012, l’équipe d’Al Jazeera a été
huée par 15 000 hommes lors d’un rassemblement progressiste et
républicain à Monastir. «Ni Qatar ni Al Jazeera, le peuple tunisien est
libre», scandait la foule. Le Qatar a-t-il trouvé en l’Égypte un autre
os qui ne veut pas se laisser avaler ? Morsi dit vouloir créer «un
équilibre stratégique régional», mais qui lui a
fourni l’idée très sophistiquée de se débarrasser du maréchal Tantaoui
et de l’armée après le coup monté de l’assassinat de 16
gardes-frontières au Sinaï ? Libéré de l’armée, unique rempart contre
les dérives totalitaires, il fermera 31 des tunnels reliant le Sinaï à
Gaza quand Moubarak en fermait à peine un par an… Le Caire adopte un
même double langage que Doha. Quand le ministère égyptien de
l’Intérieur disait que les éventuels candidats au «djihad» en Syrie
auraient affaire à la loi antiterroriste, Morsi attaquait Damas lors du
sommet des Non-Alignés à Téhéran, montrant qu’il est d’abord un
islamiste avant d’être un président supposé incarner la sagesse et la
pondération. Décidément, le virus de l’ingérence est très contagieux !
Ce n’est pas ainsi que l’Égypte pourra reconquérir la place dans le
concert arabe qui lui a été subtilisée par Ryadh et Doha. A moins que
les deux milliards de dollars octroyés par Hamad au Caire aient fait
tourner des girouettes et que Morsi compte «développer» son pays
uniquement avec le vent qatari, l’aumône américaine et les promesses de
prêt du FMI !

On ne peut pas enterrer la vieille haine libyenne pour les monarchies
uniquement pour avoir soutenu des rebelles anti-kadhafistes. Une
révolution c’est plus profond qu’un simple changement de régime et
cela, les peuples de Libye, d’Égypte et de Tunisie sont en train de
l’apprendre à leurs dépens tout en tirant des leçons pour l’avenir. En
votant pour le parti de Mahmoud Jibril, les Libyens ont cru dire «non»
aux islamistes mais l’ex-ministre du Plan de Kadhafi est lui aussi un
vieil ami de Hamad, qui l’a sorti au bon moment de son chapeau de
magicien. Nous parlerons plus en détail de Jibril, cette excroissance
d’Al Jazeera, dans un prochain article. Après la prise du pouvoir par
le CNT, le Qatar s’est cru dans sa propre maison, irritant au plus
haut
point les nouvelles autorités, notamment le représentant de la Libye
auprès de l’ONU, Mohamed Abdel Rahman Shalgam, et le président du
conseil américano-libyen, Fadil Al-Amine, qui a dit que son pays avait
«annulé toutes les autorisations octroyées à Qatar pour assurer la
vente de son pétrole».

Au pompage illicite de pétrole, il y avait aussi de
l’intelligence pure et simple : le général qatari, Al-Attiyah, qui
avait dirigé les opérations anti-Kadhafi, a continué de rendre visite
à ses
protégés islamistes (les katibas d’Ismaïl Al-Salabi et d’Abdelhakim
Belhadj) pour renforcer leur influence. Dans les colonnes du journal
algérien Al Khabar, ce même Mohamed Abdel Rahman Shalgam a affirmé,
accusateur, que l’opération de collecte d’armes en Libye était une
«supercherie», car «le groupe chargé de cette opération sous
supervision qatarie, va collecter des armes et les redistribuer à
d’autres». Même
Mahmoud Jibril avait déclaré en 2011 que les pétrodollars qataris
alimentaient «les rivalités et les circuits de désaccords entre les
rebelles et les divers courants qui gèrent la période post-Kadhafi, et
ce, en répandant la sédition entre les frères libyens».

Libye, Mali et 10 000 missiles perdus

Durant l’offensive de l’OTAN, l’armée qatarie a participé à la
désignation des unités qui ont reçu les missiles antichars qataris, soit
neuf cargaisons. Une partie des armes fournies aux groupes islamistes
libyens a ensuite disparu, en plus de «10 000 missiles sol-air» qui se
sont volatilisés, selon le Spiegel qui cite l’amiral Giampaolo Di Paola,
président du Comité militaire qui regroupe les chefs d’état-major des
pays de l’Otan(1).

On donne des armes à des terroristes d’Al-Qaïda
notoirement connus, puis on s’étonne qu’ils disparaissent dans la
nature. Une dotation camouflée en perte sous le sigle des «printemps
arabes» par le canal qatari afin que cela fasse bourde ! C’est la énième
affaire d’armes disparues depuis l’affaire des Stinger offerts aux
talibans quand ils étaient alliés contre Moscou et que les Américains
ont fait semblant de vouloir récupérer avant de faire oublier l’affaire
révélée par la presse. Apparemment, l’OTAN c’est Alzheimer ! Il y en a
eu des missiles et des armes de perdus depuis la Bosnie, la Tchétchénie,
l’Irak, et maintenant la Syrie et le Mali où Al-Qaïda et d’autres
islamistes de service en reçoivent par bateaux et avions entiers ! Finis
les temps où les AIS et autres MIA se battaient à coups de mahchoucha
et de haches. Pour en découdre avec Kadhafi, autant de missiles
pouvaient disparaître si nécessaire !

Pour déboulonner El-Assad, dernier raïs arabe, autant de missiles
peuvent  disparaître, ce qui montre que le terrorisme n’est pas près
de s’achever au vu des arsenaux fournis par Doha et Ryadh avec la
bénédiction de  l’Oncle Sam.

Le Times du 14 septembre 2012 écrit qu’un bateau libyen a
amené une cargaison de 400 tonnes d’armements vers la Turquie à
destination de l’Armée syrienne libre, dont des missiles anti-aériens
Sam 7. Le journal anglais précise que le bateau libyen Liberté du
commandant Omar Mousaeeb a mouillé au port turc Iskenderun avec
l’autorisation de déchargement des autorités portuaires. Tout le monde
sait que l’ASL c’est Al-Qaïda mais peu importe pour détruire  la Syrie
et, si possible, dégommer le dernier bastion de la résistance arabe
face à Israël, le seul pays arabe ayant une séparation des
champs religieux et politique et dont l’économie est autosuffisante
dans le domaine de l’agriculture, du textile et de la confection et
dont
l’industrie pharmaceutique exporte vers une trentaine de pays. Autant
d’armes peuvent s’égarer pour détruire cette Syrie qui a accueilli 500
000 Palestiniens, un million de Libanais durant les années 1980 et
1990, et 1,5 million d’Irakiens, et qui a surtout libéré le Liban des
griffes israéliennes. Une partie des armes «perdues» se trouve chez
les  groupes terroristes qui occupent le nord du Mali et qui se
renforcent de jour en jour face à l’impunité. Mokhtar Belmokhtar, l’un
des chefs
d’Aqmi, a d’ailleurs affirmé en avoir «tout naturellement» récupéré une
partie.

Selon une source de la Direction du renseignement militaire
français (DRM), citée par le Canard Enchaîné, le Qatar financerait les
groupes islamistes qui sévissent au Mali. Après la publication de
l’information du Canard Enchaîné en mars et en juin derniers, et
probablement après une mise en garde algérienne lors de la venue du
ministre de la Défense qatari à Alger, Doha veut détourner l’attention
en annonçant, le 2 août 2012, que le Croissant-Rouge qatari (CRQ) avait
signé un accord avec son homologue malien pour acheminer ensemble une
aide humanitaire d’une valeur de 1,35 million d’euros vers la région
occupée. Il est donc nécessaire de rappeler que lors de l’invasion de
la Libye,le Qatar a
acheminé des armes aux islamistes anti-Kadhafi dans des caisses de son
Croissant rouge, comme le montre une vidéo sur YouTube et Dailymotion
!(2) Le Qatar ne s’est jamais soucié de la famine en Somalie, en
Ethiopie ou dans les autres pays du Sahel et qui se découvre des vertus
humanitaires après avoir été pris en flagrant délit de soutien de
terroristes islamistes !
A. E. T.
(A suivre)

1.http://tunisie-secret.overblog.com/a…104632146.html
2.http://www.dailymotion.com/video/xjl…iles-grad_news