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«Des oppositions» peu convaincantes


 

La tendance en Syrie

 

Par Pierre Khalaf

Durant les mois qui ont suivi les événements de Daraa, les groupes de l’opposition syrienne ont eu amplement le temps de présenter leur programme politique et leurs méthodes de gestion de la crise. Un premier bilan permet de tirer des conclusions politiques et structurelles sur cette opposition et ses capacités de leadership.

Premièrement: Il est difficile de parler d’un projet clair et précis de changement. Depuis le début des troubles, l’opposition syrienne brandit des slogans généraux qu’elle n’a pas réussi à transformer en programme d’action. Ses propos sur les réformes, la démocratie, le pluralisme et la lutte contre la corruption sont un copié-collé des discours du président Bachar el-Assad, qu’il a, lui, concrétisé dans des projets de loi débattus lors de la rencontre de consultation nationale. Cette panoplie de projets de loi sera examinée lors des assises nationales du dialogue, auxquelles tous les opposants, de l’intérieur et de l’étranger, peuvent participer, dans un souci de jeter les fondements d’un partenariat national.

Deuxièmement: Le refus des groupes de l’opposition de prendre part au dialogue répond au souhait de l’Occident qui cherche à prolonger la crise. Son but est d’élargir la marge des négociations avec la direction syrienne sur des dossiers régionaux -qui n’ont rien à voir avec la situation interne en Syrie- concernant l’Irak, le Liban, la Palestine et l’Iran. Les composantes de l’opposition basée à l’étranger sont étroitement liées à l’Otan et aux lobbys sionistes en Europe et aux Etats-Unis, comme cela est clairement apparu lors de l’organisation de la «rencontre de solidarité avec le peuple syrien», parrainée par le duo sioniste Levy-Hertzog. L’action de ces opposants de l’extérieur est parfaitement rythmée avec les besoins et les impératifs des agendas atlantistes.

Troisièmement: L’alignement de l’opposition de l’étranger sur la politique de l’Otan n’a pas été dénoncée avec assez de force et de fermeté par les opposants de l’intérieur et certains petits groupes de l’extérieur, qui se présentent comme des patriotes authentiques. Ils se sont contentés de publier de timides communiqués critiquant la réunion sioniste de St-Germain (la rencontre Levy-Hertzog), à laquelle ont pris part les Frères musulmans, les partisans de l’ancien vice-président Abdel Halim Khaddam et certains participants à la réunion d’Antaliya, en Turquie. Le refus de l’ingérence étrangère en Syrie ne doit pas se limiter au refus de toute invasion du pays. De toute façon, le pouvoir et l’armée, appuyés par larges franges de la société syrienne, ont fait échec aux plans d’intervention militaire étrangère, en frappant rapidement et d’une main de fer les foyers insurrectionnels armés qui ont essayé, dans diverses régions frontalières du pays, de créer des têtes de pont pour des troupes de l’Otan. Si les opposants de l’intérieur sont de  sincères patriotes, ils doivent refuser par principe toute exploitation des événements internes en Syrie pour exercer des pressions afin que le régime change ses options régionales.

Quatrièmement: Certes, les conflits qui secouent certaines composantes de l’opposition portent, parfois, sur des divergences d’ordre politique. Mais la principale raison est la lutte pour le pouvoir, comme l’a reconnu l’opposant Haitham al-Maleh, lors de la dernière rencontre opposante d’Istanbul, les 13 et 14 juillet. Les opposants de l’intérieur ont cédé au chantage de ceux de l’extérieur qui les taxent de trahison s’ils acceptent de répondre positivement à l’appel au dialogue lancé par le président Bachar el-Assad. Pourtant, ils savent pertinemment que le dialogue est la solution naturelle à la crise actuelle.

Ces opposants de l’intérieur font preuve de la même mollesse à l’égard des exactions et des crimes commis par les groupes extrémistes des Frères musulmans et des takfiristes. Rares sont ceux qui ont osé dénoncer les massacres, les rapts, les exécutions sommaires et l’instrumentalisation des mosquées par ces extrémistes.

Cinquièmement: Les opposants de l’extérieur, minés par leurs dissensions, craignent que ceux de l’intérieur ne participent au dialogue, car cela signifie qu’ils vont en cueillir les fruits et participer au pouvoir après les prochaines élections législatives.

Pendant que les composantes de l’opposition se livrent à des discussions byzantines, elles ferment les yeux et ignorent les dangers existentiels qui menacent le pays à cause des visées néocolonialistes et sionistes, et de l’émergence des groupes extrémistes-takfiristes qui exacerbent les dissensions sectaires et minent l’unité nationale.

Quatre mois après le début d’une crise placée sous respiration artificielle par l’Occident, ses alliés arabes et leur machine médiatique, tel et le bilan peu encourageant que l’on peut dresser «des oppositions» syriennes.

Source : New Orient News