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Discuter avec Bachar El-Assad? Trois questions à Francis Balanche


Discuter avec Bachar El-Assad? Trois questions à Francis Balanche

MONDE | Mis à jour le jeudi 26 février 2015

Fabrice Balanche directeur du Gremmo – © Tous droits réservés

La visite de quatre parlementaires français en Syrie suscite le débat en France. Trois de ces députés français ont rencontré le président syrien Bachar El-Assad. Le gouvernement français est furieux, et parle de « faute morale ». Pour le spécialiste de la Syrie, Fabrice Balanche, ces parlementaires ont au contraire fait preuve de réalisme. Bachar El-Assad fait désormais partie de la solution.

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La visite de quatre parlementaires français en Syrie, où trois d’entre eux ont rencontré Bachar al Assad, est « une faute morale » au regard de la responsabilité du régime dans le conflit qui ravage le pays depuis quatre ans, a dit le Premier ministre Manuel Valls. Le président François Hollande a renchéri en condamnant cette rencontre « avec un dictateur » et en poussant les partis politiques dont ces élus sont membres, y compris le Parti socialiste, à les sanctionner pour leur initiative. Jacques Myard, député UMP, l’un des élus à avoir rencontré Bachar El-Assad, a répliqué: « Ce n’est pas dans les salons parisiens qu’on comprend la réalité ».

Qu’en pense Fabrice Balanche, directeur du GREMMO, le Groupe de Recherches et d’Études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient?

François Hollande condamne cette rencontre avec celui qu’il qualifie de « dictateur » ?

Je pense que François Hollande est un peu hypocrite car Gerard Bapt (député PS qui a initié la mission mais n’a pas rencontré Bachar El Assad, ndlr) l’avait averti de cette initiative.

Ce que je pense de cette visite c’est que ce sont des gens qui cherchent à s’informer. Les parlementaires ont pour devoir d’aller chercher de l’information si ils trouvent que le ministère des Affaires étrangères ne leur en fournit pas.

Ce qu’a fait Gerard Bapt est extrêmement courageux. Ce sont des gens qui connaissent bien la situation, qui sont réalistes, qui se rendent compte qu’on ne peut pas continuer à stigmatiser le régime de Damas alors qu’on a un cancer islamiste qui se développe dans ce pays. Même l’envoyé spécial de l’ONU en Syrie, Staffan de Mistura, a déclaré que Bachar El-Assad faisait partie de la solution.

Laurent Fabius (ministre des Affaires étrangères) a déclaré que l’opposition modérée était incapable de prendre le pouvoir seule, et qu’il fallait qu’elle négocie avec le régime syrien. Or on ne voit pas comment le gouvernement syrien pourrait négocier avec une opposition qui est déliquescente, divisée et décrédibilisée, en excluant celui qui est la clé de voûte du système, à savoir Bachar El-Assad!

Il est la clé de voûte du système: si demain il était assassiné, il y aurait des guerres de clan au sein de l’appareil, de toute façon il n’y a pas de successeur désigné, et on aboutirait à une situation chaotique comparable a celle de la Libye actuellement.

Donc pour vous, il faut être réaliste et discuter avec le président syrien ?

Bien sûr! Il faut être réaliste. On est à 200 000 morts, 5 millions de réfugiés à l’extérieur du pays.

De toute façons, il a gagné militairement la guerre, ce n’est qu’une question de temps. La Russie et l’Iran continuent à le soutenir envers et contre tout, son armée ne s’est pas écroulée, au contraire elle progresse.

Il faut se rendre à l’évidence: la situation géopolitique est à l’avantage de Bachar El-Assad. La seule alternative au régime syrien aujourd’hui, c’est Daech, l’État islamique. Prolonger le conflit, cela ne fera que créer plus de victimes et plus de réfugiés, des réfugies qui commencent à venir frapper à la porte de l’Europe. Sans compter le problème du terrorisme islamique, et des jeunes européens qui partent se battre en Syrie.

Bachar El-Assad se présente comme le protecteur des minorités religieuses: réalité ou propagande?

C’est la réalité. Bachar El Assad est lui-même issu de la minorité alaouite (10% de la population syrienne) et par conséquent les minorités religieuses – chrétiens, druzes, ismaéliens – sont des citoyens comme les autres, à égalité avec la majorité sunnite.

L’idéologie baasiste est justement fondée sur ce respect mutuel au nom des valeurs « arabistes » et socialistes. Une exception, les Kurdes, qui sont exclus de ce système, d’où leur révolte et leur « cavalier seul » d’aujourd’hui. Mais dans la pratique, les minorités se félicitent d’avoir une protection de la part du pouvoir, et c’est d’ailleurs pour cela que ces minorités continuent à soutenir le pouvoir de Bachar El-Assad, parce qu’ils craignent par dessus tout la victoire de la majorité sunnite, et des fondamentalistes qui pourraient les massacrer.

Françoise Wallemacq

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