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Enjeux géostratégiques


par Mireille Delamare 16 février 2012

La route terrestre de l’or noir moyen-oriental passe par Homs sans Al Assad à Damas.
Les puissances coloniales occidentales veulent contrôler toutes les voies d’acheminement du pétrole moyen-oriental en réduisant l’utilisation des voies maritimes – Détroit d’Hormuz, Canal de Suez – au profit de pipelines terrestres jugés plus facilement contrôlables. La Syrie offre une ouverture stratégique sur la Méditerranée/UE la ville d’ Homs pourrait ainsi devenir un important nœud pétrolier. Renverser le régime d’Al Assad pour installer comme en Libye des islamistes/Frères Musulmans /Al Qaida reconvertis à l’idéologie des pétro-dollars est donc devenu une priorité.

 

  • Syrie : Enjeux Géostratégiques

La sécurité de l’acheminement par voies maritimes du pétrole moyen oriental ébranléeLes tensions avec l’Iran,menacée par une attaque israélienne autorisée par Washington,sont facteurs d’insécurité pour le Détroit d’Hormuz où transite 17 millions de barils de pétrole par jour provenant majoritairement des pays du Golfe, d’Iraq, mais aussi d’Iran. Dans le cas d’une attaque contre l’Iran, des représailles iraniennes viseraient également cette voie d’acheminement.

L’activité des pirates somaliens s’est étendue bien au-delà de la Somalie ,dans la mer Rouge ,une mer fermée facilement blocable et minable en cas de conflit armé. L’Arabie Saoudite qui construit un pipeline terrestre avec terminus sur la mer Rouge l’a bien compris.

Le Yémen est situé dans une position clé avec le Détroit de Bab-el-Mandeb qui sépare la péninsule arabique de la Corne d’Afrique. Les dictatures monarchiques du Golfe y ont imposé leur règlement aux conflits armés internes mais la situation est loin d’être stabilisé;les mouvements séparatistes du Sud comme du Nord, les plus hostiles aux Saoudien, n’ont pas dit leur dernier mot.

En Egypte l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans et des Salafistes, après leur triomphe aux législatives,n’est pas non plus un gage de stabilité car l’armée égyptienne,au pouvoir depuis des décennies,ne va certainement pas abandonner tous ses privilèges de l’époque Moubarak,d’où des conflits internes en perspective.

L’acheminement du pétrole moyen-oriental en direction de l’Europe se fait via le Canal de Suez,qui peut facilement se retrouver bloqué si un maxi tanker transportant du pétrole est attaqué et coulé,ne serait ce même qu’à son entrée. Dans l’hypothèse d’un tel scénario les tankers seraient alors obligés de parcourir 9600KM pour contourner l’Afrique et livrer leur or noir moyen-oriental. Les stratèges occidentaux ont encore en mémoire la fermeture du Canal de Suez ordonnée par Nasser en 1957 et ses conséquences sur le trafic pétrolier et le prix du brut.

La route terrestre de l’or noir bénéficie donc d’une attention toute particulière des puissances coloniales occidentales,de leurs larbins turcs et des dictatures monarchiques du Golfe ainsi que de leurs stratèges militaires.Ceux-ci ui déploient leurs troupes selon un plan de protection de celle-ci et mènent des guerres pour assurer leur domination de cette route terrestre de l’or noir,n’hésitant pas à renverser des régimes et ou à mener des guerres d’occupation.

Des voies terrestres pour l’acheminement de l’or noir moyen oriental

La principale raison pour les puissances occidentales de chercher par tous les moyens à renverser le régime de Bashar Al Assad,y compris en armant entraînant aidant logistiquement et finançant des islamistes et autres mercenaires d’Al Qaida et consorts, c’est qu’Assad reste avec l’Iran, le Hezbollah au Liban et le Hamas en Palestine les seuls adversaires de taille redoutable contre l’hégémonie juive sioniste au Moyen-Orient.

Néanmoins d’autres considérations géostratégiques économiques, en lien direct avec l’acheminement du pétrole moyen-oriental ,font également partie de ces ingérences violentes génocidaires par proxys interposés contre le peuple syrien comme elles l’avaient été contre le peuple iraqien.

L’insécurité des routes maritimes d’acheminement de l’or noir moyen-oriental a donné naissance à des plans cartographiés visant à développer des routes terrestres d’acheminement considérées comme plus sûres parce que plus facilement défendables.

S’il suffisait auparavant d’occuper militairement un pays comme l’Afghanistan et/ou  l’Iraq , le coût de telles opérations militaires, vouées à l’échec par leur impopularité croissante dans les opinions publiques nationales et  mondiales,ne peut plus être assumé par ces puissances occidentales coloniales,US en tête, au bord de la faillite. Elles ont donc désormais recours à des supplétifs qui s’emparent du pouvoir par les armes, violent tout principe démocratique, même appliqué à minima,tout en revendiquant cyniquement et cruellement vouloir instaurer dans ces pays convoités la démocratie.

C’est ainsi qu’on aide des imposteurs, sans foi ni loi pour la plupart importés, facilement soudoyables, qu’on pourra le moment venu éliminer, si tant est qu’ils ne le fassent pas d’eux-mêmes en s’entre tuant comme c’est le cas en Libye en ce moment . Peu importe pourvu que le pétrole coule à flot – en les qualifiant de terroristes dans une « guerre contre le terrorisme » renommée « guerre indéfinie ».

La Syrie, de par sa situation géographique tournée à l’Est vers des pays producteurs de pétrole et à l’Ouest bénéficiant d’une ouverture maritime et terrestre vers l’Europe , grande consommatrice d’or noir moyen-oriental, est désormais dans la ligne de mire.

Cette recherche de nouvelles voies d’acheminement du pétrole n’est pas nouvelle. Déjà en 2003, peu après l’invasion de l’Iraq par les US et  ses supplétifs de l’OTAN, le Pentagone a fait réaliser une étude de faisabilité portant sur la réhabilitation du pipeline Mossoul-Haïfa (voir carte ci-dessous) utilisé par les Britanniques en 1935 et fermé en 1948 après l’auto-proclamation de l’état juif sioniste en lieu et place de la Palestine. Cette étude a conclu à son infaisabilité, du principalement au fait qu’il serait sujet à des attaques multiples, compte-tenu de la main mise d’Israël sur une partie de son trajet. Une préoccupation largement corroborée par les attaques incessantes contre le gazoduc reliant l’Egypte à Israël approvisionnant aussi la Jordanie.

Un méga-pipeline venant des dictatures monarchiques du Golfe via l’Iraq/ Homs/Tartous en direction de la Turquie et de l’UE

Il existe déjà des pipelines en Syrie, qui elle-même produit du pétrole ,mais ceux-ci sont de taille réduite comparés aux principales voies d’acheminement maritimes tels le Détroit d’Hormuz et le Canal de Suez. L’alignement de la Syrie depuis des décennies sur Moscou a toujours été perçu par les dictatures monarchiques du Golfe comme une menace à leur or noir.

Des études ont déjà été réalisées portant sur la construction d’un méga-pipeline d’Iraq en Syrie avec une possible extension d’un côté, vers les monarchies du Golfe, et de l’autre,d’ une partie immergée débouchant en Turquie en direction de l’Europe. On comprend, dés lors, le positionnement de la Turquie d’Erdogan vis-à-vis du régime d’Assad et ses multiples initiatives pour le renverser. Des Frères Musulmans, proches d’Erdogan, au pouvoir à Damas seraient un atout majeur pour la Turquie qui brigue le rôle de nœud pétrolier central pour approvisionner – et faire chanter – l’UE qui, elle,essaie de desserrer l’emprise russe sur son approvisionnement énergétique.

Quel tracé pour ce méga-pipeline pays du Golfe/ Iraq/ Syrie ?

Rien pour l’instant n’a été définitivement arrêté. Il y a peu de chance qu’il passe par Damas, trop au Sud, s’il doit déboucher sur la Méditerranée.

La ville d’Homs, plus au Nord et proche du port de Tartous, pourrait ainsi devenir un nœud pétrolier majeur pour l’or noir moyen-oriental. Le port de Tartous a été réaménagé par les Russes pour accueillir des navires de guerre en eau profonde, nécessaire aussi pour le mouillage de certains tankers. Tartous pourrait ainsi devenir un port pétrolier, avec un double débouché maritime et un autre immergé, direction la terre ferme de Turquie. D’où les combats actuels des islamistes et autres mercenaires pour conserver le contrôle de la ville d’Homs, avec en arrière-pensée de s’emparer de Tartous, le moment venu et si la situation en Syrie se détériorait au point que Moscou décide de rapatrier ses nombreux ressortissants résidant en Syrie en utilisant notamment ses navires de guerre.

Reconvertis à l’idéologie des pétro-dollars, ces groupes terroristes contrôlés principalement par les Frères Musulmans – bien que ceux-ci se tiennent dans l’ombre comme cela a été le cas lors du « Printemps arabe » en Egypte mais prêts à s’emparer, le moment venu, du pouvoir – sont prêts à kidnapper,assassiner et massacrer quiconque se met en travers de leur chemin qui mène aux royalties touchés sur le transit de l’or noir moyen-oriental.

L’administration Obama vient de déclarer qu’elle va consacrer 800 millions de $ pour aider le «Printemps Arabe»,c’est-à-dire les pays tombés sous le dictat islamiste des Frères Musulmans et autres extrémistes, grâce à la contre-insurrection organisée par les Saoud et le dictateur putschiste du Qatar Al Thani en accord avec Washington, Paris et Londres .. . Une Syrie sans Assad pourrait avoir sa part du gâteau, les terroristes islamistes et autres mercenaires à la solde du Qatar et de l’Arabie Saoudite le savent.

Les dirigeants rapaces du Qatar et de l’Arabie Saoudite ont fait à plusieurs reprises des déclarations affirmant vouloir développer une voie d’acheminement alternative à celle passant par le Détroit d’Hormouz, privilégiant ainsi la voie terrestre. Nul doute que leur bellicisme vis-à-vis du régime de Bashar Al Assad est aussi alimentée par cette perspective qui leur permettrait d’économiser en assurances transport des milliards de pétro dollars.

D’autre part, ces dictatures monarchiques du Golfe n’ayant pas réussi à maintenir au pouvoir leur homme de paille, Saad Hariri au Liban, ni à détruire la résistance libanaise du Hezbollah lors de la guerre menée par Israël en 2006( qu’elles ont applaudie alors même qu’elle ravageait le Liban massacrant de nombreux civils innocents) , pour elles et leurs donneurs d’ordres et protecteurs occidentaux, le Liban ne peut actuellement faire partie de ce projet de méga-pipeline terrestre en direction de l’UE même si des plans existent déjà pour cela (voir carte ci dessous) ,Tripoli servant, comme Tartous, d’ouverture sur la Méditerranée.

L’Egypte, exportatrice de gaz naturel, voit d’un très bon œil la construction d’un gazoduc en direction de la Turquie via la Syrie. Son acharnement au sein de la Ligue Arabe contre la Syrie d’Assad n’est pas seulement lié à la fulgurante ascension – aidée par les agitateurs égyptiens et américains payés grassement par le département d’état US via des ONG corrompues – des Frères Musulmans. L’Egypte défend aussi à la fois sa position régionale et ses intérêts économiques, plus précisément les intérêts d’une élite arabe toujours prête à se vendre et vendre son pays pour s’enrichir sur le dos du peuple égyptien, dont la situation économique ne fait qu’empirer. C’est sur ce terreau de profonde misère que les extrémistes musulmans, les Frères Musulmans et les Salafistes, cultivent leur putsch «soft» politique.

La Jordanie, qui n’a pas de pétrole ni les moyens de financer la construction d’un pipeline pour s’approvisionner directement, s’est elle aussi ralliée aux dictatures monarchiques du Golfe contre la Syrie d’Assad, espérant ainsi bénéficier du méga-pipeline pour acheminer le pétrole moyen-oriental. (voir carte ci dessous ).

Chasser les Russes de Tartous est aussi devenu une priorité dans le cadre de ce grand projet de nouvelle «route terrestre de l’or noir» moyen-oriental, au bénéfice de la Turquie et des US/OTAN qui considèrent comme hostile la présence de troupes russes dans ce port syrien en Méditerranée. Réduire aussi l’influence russe dans le domaine de l’approvisionnement énergétique de l’UE grâce à ce mega-pipeline transportant l’or noir moyen oriental via la Syrie/Turquie fait aussi partie des objectifs. La Turquie d’Erdogan s’y emploie et multiplie donc les initiatives pour faire tomber le régime de Bashar Al Assad, fidèle allié de Moscou, afin d’assurer sa domination géostratégique et économique dans la région, confrontée  à la montée en puissance de l’Iran.

A défaut de renverser Assad, couper la Syrie en deux pourrait aussi être l’ultime option de ces supplétifs islamistes, vendus aux dictatures monarchiques du Golfe et aux puissances coloniales occidentales, en prévision de la construction de ce méga-pipeline pour acheminer l’or noir moyen-oriental. Assad serait alors relégué à Damas, sans ouverture sur la Méditerranée ni perspective économique viable, à la merci d’une attaque israélienne ou réduit à manger les pommes du Golan syrien occupé*.

La balkanisation de la Syrie en états croupions soumis à la dictature des pétro dollars, des élites occidentales et des monarchies du Golfe, est l’une des visées de cette insurrection armée, fomentée de l’étranger, sous couvert de manifestations pacifiques, pour réclamer des réformes. La majorité des Syriens, attachés à leur patrie, l’ont bien compris et continuent, envers et contre tous, de soutenir Assad.

* Les seuls « échanges économiques » entre Israël et la Syrie sont les exportations vers Damas de pommes, produites par les Druzes du Golan syrien occupé,qui font concurrence sur le marché intérieur aux pommes juives sionistes, produites par les colons installés après la guerre de 1967 sur le Golan (kiboutz Merom Golan, El Rom,Ein Zivan etc…) . La « générosité  » et « l’ouverture » du régime juif sioniste sont toujours éthno-orientées.

http://algerienetwork.com/info/dossier/syrie/12150-syie-enjeux-geostrategique.html http://algerienetwork.com/info/dossier/syrie/12150-syie-enjeux-geostrategique.html


 

Une réponse “Enjeux géostratégiques”

  1. vilistia
    février 17, 2012 à 8:33

    Très beau texte.