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ERDOGAN REUSSIT SON COUP DE POKER ET ALIGNE USA ET OTAN SUR SES BUTS GEOPOLITIQUES


Daech etob_6e266f_explosion-dun-baril-a-alep PYD, soutenus par Ankara, « sont entrés à 3 km à l’intérieur du territoire syrien », a
annoncé l’agence turque Anadolu.
« Une dizaine de chars turcs sont aussi entrés en Syrie et tiraient en direction de positions
tenues par l’EI dans la localité syrienne de Jarablos », a constaté un photographe de l’AFP à
Karkamis, petite ville turque de l’autre côté de la frontière évacuée la veille. « Depuis 04H00
(01H00 GMT, 03H00 en Belgique), notre armée a lancé une opération contre les groupes
terroristes Daech (acronyme arabe de l’EI) et le PYD (Parti de l’Union démocratique – kurde)
qui menacent notre pays dans le nord de la Syrie », a déclaré M. Erdogan. « La Turquie ne
tolérera aucun fait accompli en Syrie », a encore dit le chef de l’Etat dans un discours à
Ankara.

La Turquie considère l’EI et le PYD comme des organisations terroristes et les combat alors
que son allié américain soutenait, au grand dam d’Ankara, les Kurdes, qui ont fait reculer les
djihadistes sur le terrain en Syrie. Les « gesticulations diplomatiques » et le chantage envers
les USA et l’OTAN (le soi-disant « rapprochement avec la Russie ») ont été payant et Erdogan
s’est à nouveau montré comme un grand joueur de poker : la Coalition menée par Washington
l’offensive soutient l’offensive en Syrie du Nord. Et les kurdes découvrent à leur tour ce que
valent le soutien et la parole des Etats-Unis !
On attend aussi avec amusement les commentaires de la presse russe (en particulier de la
presse d’état), qui s’est fait trop vite une joie du soi-disant « rapprochement de la Turquie
avec la Russie », et qui voue un véritable culte aux milices kurdes ?
« Seuls les combattants de l’EI sont présents à Jarablos, mais Ankara craint de voir les
combattants kurdes arriver jusqu’à la localité proche de sa frontière », commente l’AFP.
Ankara avait annoncé au cours du week-end « vouloir jouer un rôle plus actif en Syrie » (sic)
et cette opération est la plus ambitieuse de la Turquie depuis le début du conflit syrien il y a
cinq ans et demi. « Je pense que cette menace sera éradiquée dans un court délai », a déclaré
le ministre de l’Intérieur Efkan Ala, laissant entrevoir une opération militaire rapide.
Symbole fort, cette offensive, soutenue par l’aviation de la Coalition et des USA, se déroule le
jour où le vice-président américain Joe Biden est arrivé à Ankara où il doit rencontrer le
Premier ministre Binali Yildirim, puis le président Erdogan pour des entretiens notamment sur
la crise syrienne, à un moment où Erdogan pratique un chantage sans nuances.
Ce mercredi, « des F-16 turcs et des avions de la coalition ont largué des bombes sur des sites
djihadistes à Jarablos, pour la première fois depuis la destruction en novembre 2015 par la
chasse turque d’un avion de combat russe au-dessus de la frontière turco-syrienne », selon la
télévision. La localité de 30.000 habitants – dont beaucoup de Turcomans, minorité
turcophone de Syrie, sur laquelle Ankara entend s’appuyer pour intervenir – est le dernier
point de passage contrôlé par l’EI à la frontière turco-syrienne.
Après avoir été longtemps accusée avec raison de complaisance à l’égard des combattants
djihadistes, la Turquie affirme désormais qu’elle a pour objectif d’éradiquer l’EI, dont les
attentats sanglants frappent désormais la Turquie. Mais la Turquie est surtout soucieuse
d’empêcher l’avancée des Forces démocratiques syriennes (FDS) de Minbej vers Jarablos et ne
veut pas que les Kurdes du PYD (l’armée du PKK en Syrie) se positionnent davantage à la
frontière. Les FDS sont une alliance de combattants kurdes et de groupes armés arabes luttant
contre l’EI. « Ankara voit avec anxiété toute tentative des Kurdes de Syrie de créer une unité
territoriale autonome le long de sa frontière » précise les experts. Saleh Muslim, le
coprésident du PYD, a vivement dénoncé l’opération sur son compte Twitter: « La Turquie
dans le bourbier syrien, sera vaincue comme Daech ». C’est oublier la participation de
Washington à l’opération turque actuelle …
« Après le départ d’Ahmet Davutoglu (ancien Premier ministre), l’architecte de la politique
étrangère turque cette dernière décennie, Ankara a recalibré sa politique syrienne en
empêchant l’avancée du PYD kurde », a estimé Soner Cagaptay, analyste pour la Turquie au
Washington Institute. Ce qui revient pour Ankara à privilégier un objectif géopolitique
fondamental et à lâcher ses objectifs idéologiques secondaires. Davutoglu a en fait servi de
fusible. La situation en Syrie, comme la question de l’extradition de l’ex-imam Fethullah
Gülen, exilé aux Etat-Unis, que les autorités turques désignent comme « le cerveau du putsch
avorté du 15 juillet en Turquie » (sic), doivent figurer à l’ordre du jour des discussions du
vice-président américain à Ankara. Celui-ci a entamé son passage éclair dans le pays par une
visite du parlement bombardé par les putschistes.
MAIS CE N’EST PAS TOUT :
CETTE TURQUIE SOI-DISANT DEVENUE « EURASISTE » VEUT INTÉGRER
L’UNION EUROPÉENNE D’ICI 2023 …
« Ankara ambitionne de rejoindre l’Union européenne d’ici 2023 », a en effet déclaré ce 19
août Selim Yenel, l’ambassadeur turc auprès de l’UE lors d’un entretien accordé au quotidien
allemand DIE WELT. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a
toutefois prévenu que « le pays était loin d’être prêt ». « Cette date marquera le 100e
anniversaire de la fondation de la République turque, a souligné le diplomate. Ce serait une
consécration pour mon pays d’en devenir membre à ce moment-là. » « Un statut de membre à
part entière est très important pour la Turquie, a-t-il ajouté. A long terme, la perspective de ne
pas être admis dans l’Union est inacceptable ».
Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a toutefois précisé que « les
négociations entre la Turquie et les États membres de l’UE devrait prendre plusieurs années »
dans une interview donnée quotidien autrichien TIROLER TAGESZEITUNG jeudi dernier. Il
a indiqué que « la Turquie ne devrait pas rejoindre l’UE bientôt parce que le pays ne remplit
tout simplement pas les conditions. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas arrêter les négociations »,
a-t-il ajouté. « Nous ne sommes pas seulement en discussion avec (le président turc Recep
Tayyip) Erdogan et son gouvernement, mais nous visons une solution globale qui bénéficiera
au peuple turc ». L’Autriche, en tête de la Turcophobie dans l’UE, avait appelé à « la fin des
négociations avec Ankara pour rejoindre l’UE en raison de l’absence de normes
démocratiques » à la suite du coup d’État raté le mois dernier. Mais « la demande a été peu
soutenue lors d’une rencontre des ambassadeurs de l’UE cette semaine », ont indiqué les
diplomates. La Turquie est officiellement candidate à l’Union européenne depuis 1999. Mais
le dossier est ouvert depuis le début des Années 80. L’UE, qui est de facto un « club chrétien »
(lire les anciens présidents français Giscard d’Estaing et Sarkozy) et singulièrement
catholique, lanterne Ankara depuis des décenies.
Mais ironie de l’histoire, alors que Bruxelles a toujours rejeté la Turquie kémaliste et laïque,
au destin européen assumé, elle a tissé une alliance politique étroite avec Erdogan.
Précisément entre les islamo-conservateurs néo-ottoman de l’AKP (proche des Frères
Musulmans) et la Démocratie-chrétienne pilier fondateur de l’UE. L’AKP est en effet membre
observateur … du PPE, le « Parti populaire européen » qui unit les partis démocrates-
chrétiens de l’UE (CDU-CSU, CDH et CDNV belges, etc) ! Angela Merkel vient de qualifier
le lien entre l’Allemagne et la Turquie de « spécial », malgré les récentes tensions entre les
deux pays. « Ce qui rend la relation germano-turque si spéciale est que plus de 3 millions de
personnes d’origine turque vivent en Allemagne », a-t-elle précisé au groupe médiatique
REDAKTIONSNETZWERK DEUTSCHLAND. Binationaux (l’électorat étant cadenassé par
le contrôle des associations turques exercé par l’AKP en alliance avec les « Loups gris »
d’extrême-droite), ils y votent et sont un enjeu de politique intérieure. La situation est la
même en Belgique, singulièrement en région de Bruxelles-Capitale …
… MAIS EURASISME ET UNION EUROPEENNE SONT DEUX PROJETS EUROPEENS
RIVAUX ET INCOMPATIBLES A COURT TERME !
J’ai publié en décembre 2006 la première version de mes « Thèses géopolitiques sur la
‘Seconde Europe’ unifiée par Moscou » (3). Analyse révolutionnaire qui renouvelait la vision
géopolitique, mais aussi idéologique, des rapports Est-Ouest entre la Russie et ses alliés, et
aussi la vision de la nature géopolitique de l’Union Européenne. Idée centrale, idée-force :
L’Europe ne se limite pas à l’Union européenne ! Ni même aux états qui lui sont maintenant
associés, comme la Moldavie ou la Serbie. La Russie, qui a retrouvé son indépendance avec
Vladimir Poutine est aussi l’Europe ! Une SECONDE EUROPE, une AUTRE EUROPE
eurasiatique se dresse désormais à Moscou face à l’Europe atlantiste de Bruxelles. Depuis il y
a eu le « Discours de Valdai » de Poutine lui-même (4) …
Cette analyse se situe directement dans la perspective des thèses et des analyses développées
entre 1982 et 1991 par les théoriciens de l’« Ecole de Géopolitique euro-soviétique »
(Thiriart-Cuadrado Costa-Luc Michel) (5) – d’où est aussi issu après 1991 le « néo-Eurasisme
russe » (6) (avec bien des déviations) – , qui prônait une unification européenne d’Est en
Ouest. Une Grande-Europe de Vladivostok à Reykjavik, déjà autour de Moscou. Mes Thèses
de 2006 actualisent les analyses « euro-soviétiques » après la disparition de l’URSS. Dès
1983, j’affirmais « La Russie c’est aussi l’Europe »…
Ce long détour pour faire comprendre que le projet eurasiste (ou Grande-Europe de
Vladivostok à Reykjavik) et l’UE (petite-europe de Bruxelles et Berlin) sont deux visions
antagonistes de l’avenir du continent eurasiatique. L’UE représentant par sa sujétion aux USA
va l’OTAN la trahison même du projet européiste. Aujourd’hui en 2016, on ne peut plus être à
la fois partisan de l’UE et soutenir le projet néoeurasien de Moscou. Par la voix de son
ambassadeur à Bruxelles la turquie d’Erdogan a fait son choix. Et ce n’est pas celui du projet
russe !
LUC MICHEL / EODE THINK TANK
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NOTES ET RENVOIS :
(1) Membre du Comité Union et Progrès (CUP), aussi appelé Mouvement Jeune-Turc. Ce
mouvement, qui naît et se développe dans les écoles supérieures militaires de Constantinople,
prône le retour à la constitution ottomane de 1876 abolie par le sultan Abdulhamid II et
critique la politique servile de ce dernier à l’égard des occidentaux. En 1908 éclate la

révolution jeune-turque à Salonique et Enver devient très rapidement un des leaders du
mouvement qui parvient à renverser le sultan et installer la seconde ère constitutionnelle de
l’Empire Ottoman. Très proche de l’Allemagne où il a étudié et où il retourne très
régulièrement, il est l’un des artisans du rapprochement germano-ottoman et de la réforme de
l’armée turque sur le modèle allemand.
Devant la défaite des jeunes-turcs aux élections de 1912 au profit de l’Union Libérale et
encouragé par le discrédit du nouveau gouvernement à la suite de la crise des Balkans, Enver
décide de prendre le pouvoir par la force. Il prend violemment d’assaut la Sublime Porte, le
siège du gouvernement turc, et installe un triumvirat dont il fait partie à la tête de l’Empire. Il
est de fait le seul maître du pays, n’accorde que très peu d’intérêt au Parlement et exécute ses
opposants politique. Auréolé de ses victoires en Tripolitaine (guerre Italie-Empire ottoman) et
en Bulgarie (guerres balkaniques), juste avant la première guerre mondiale, lié politiquement
à une Allemagne qu’il admire (c’est l’époque des grands projets géopolitiques de l’Allemagne
de Guillaume II au Proche-Orient), Enver choisit naturellement l’alliance des puissances
centrales lorsque le premier conflit mondiale éclate.
A la fin de la guerre, poursuivi pour le génocide arménien, il prend la fuite en l’Allemagne
puis en Asie Centrale où il essaie de faire renaître son rêve de toujours : le Panturquisme (ou
Pantouranisme). En s’appuyant sur les turcophones d’Asie Centrale il tente d’établir un
Turkestan indépendant en s’alliant avec l’URSS contre des rebelles locaux, puis en se
retournant contre les soviétiques. Il meurt le 4 août 1922 dans une bataille contre l’Armée
Rouge dans l’actuel Tadjikistan, après quelques succès militaires. En 1996 sa dépouille est
rapportée à Istanbul, où elle repose depuis.
(2) Contrairemant à ce qu’avancent les eurasistes russes de droite, le Pantouranisme n’est pas
une version turque de l’Eurasisme, mais un projet géopolitique opposé, celui d’un empire turc
en Asie centrale et au Caucase qui empêcherait par son existence même toute unification
eurasiatique. Le combat d’Enver Pacha perdu contre les bolchéviques qui entendaient
restaurer de facto l’empire russe (selon la vision de Staline qui annonce déjà la « Troisième
Rome nationale-bolchévique » de la fin des Années 20) s’inscrit dans l’opposition
fondamentale entre les deux projets géopolitiques. Les rêveries ésotériques et mystiques
orientales, dont les eurasistes russes de droite ont encombré la géopolitique néo-eurasiste,
celle de Thiriart, expliquent cette incompréhension fondamentale du Pantouranisme.
(3) Cfr. Luc MICHEL, EODE THINK TANK/ GEOPOLITIQUE / THESES SUR LA «
SECONDE EUROPE » UNIFIEE PAR MOSCOU
sur http://www.eode.org/eode-think-tank-geopolitique-theses-sur-la-seconde-europe-unifiee-
par-moscou/
(4) Voir sur EODE-TV :
EODE-TV & AFRIQUE MEDIA/ LE GRAND JEU (3) : POUTINE A VALDAI DECRYPTE
Coproduction Luc MICHEL – EODE-TV – Afrique Media
Sur https://vimeo.com/111845727
Luc MICHEL, décrypte la façon dont le Président russe Poutine conçoit la Géopolitique
mondiale vue d’Eurasie. Il nous explique aussi d’où viennent les concepts géopolitiques
derrière la vision russe du Monde et ses implications. Il aborder ce dossier au travers du grand
discours de géopolitique que le Président Poutine a livré au Club Valdai, à Sotchi, ce 25
octobre 2014 …

(5) Au début des Années 80, THIRIART fonde avec José QUADRADO COSTA et moi-même
l’« Ecole de géopolitique euro-soviétique » où il prône une unification continentale de
Vladivostok à Reykjavik sur le thème de « l’Empire euro-soviétique » et sur base de critères
géopolitiques.
Théoricien de l’Europe unitaire, THIRIART a été largement étudié aux Etats-Unis, où des
institutions universitaires comme le « Hoover Institute » ou l’ « Ambassador College »
(Pasadena) disposent de fonds d’archives le concernant. Ce sont ses thèses antiaméricaines «
retournées » que reprend largement BRZEZINSKI, définissant au bénéfice des USA ce que
THIRIART concevait pour l’unité continentale eurasienne.
Sur l’Ecole de géopolitique euro-soviétique, cfr. :
* José CUADRADO COSTA, Luc MICHEL et Jean THIRIART, TEXTES EURO-
SOVIETIQUES, Ed. MACHIAVEL, 2 vol. Charleroi, 1984 ;
* Version russe : ???? ???????? ?????, ??? ?????? ? ??? ??????, ????-
????????? ??????, Ed. MACHIAVEL, 2 vol., Charleroi, 1984.
Ce recueil de textes fut édité en langues française, néerlandaise, espagnole, italienne, anglaise
et russe.
* Et : ??? ??????, « ????-????????? ??????? ?? ???????????? ?? ??????? », in
?????? ?? ?????? ??????? ????? ? ??? ???????? ???? ?, n° spécial en
langue russe de la revue CONSCIENCE EUROPEENNE, Charleroi, n° spécial, décembre
1984.
(6) Cfr.
* PCN-TIMELINE / IDEOLOGIE / 1984 : LE PCN REINVENTE L’‘EURASISME’
MODERNE
http://www.lucmichel.net/2014/05/30/pcn-timeline-ideologie-1984-le-pcn-reinvente-
leurasisme-moderne/
* Et PCN-SPO / L’EURASIE EST UNE IDEE EN MARCHE. MAIS QUI PARLAIT DE
L’EURASIE ET DE L’EURASISME IL Y A 30 ANS ?
http://www.lucmichel.net/2014/05/31/pcn-spo-leurasie-est-une-idee-en-marche-mais-qui-
parlait-de-leurasie-et-de-leurasisme-il-y-a-30-ans/