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G8 – Syrie : Poutine plus fort que les 7 autres réunis !


Le 19 juin 2013

Dominique Jamet
Journaliste et écrivain.
Ex-président de la Bibliothèque de France, a publié plus d’une vingtaine de romans et d’essais.

En vue de leur grand-messe annuelle, sept des membres du G8, cette organisation informelle qui réunit les dirigeants de tous les pays qui comptent sur la planète (à la seule et négligeable exception de la Chine, de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud) avaient arrêté une position commune et définitive sur la Syrie. Une conférence de paix se tiendrait dans les meilleurs délais à Genève. S’il était envisageable d’y admettre des envoyés du gouvernement en place, ce n’était que pour leur signifier la seule perspective ouverte au président Bachar Al Assad : celle de son départ. À l’inverse, l’opposition était tenue pour représentative du peuple syrien. Accusé et, paraît-il, convaincu d’avoir franchi la ligne rouge en utilisant du gaz sarin, le maître de Damas s’était lui-même exclu de la communauté internationale. Il fallait d’urgence équiper la « rébellion » pour lui donner les moyens de lutter à armes égales. L’Iran, cela allait de soi, était pareillement indésirable à Genève.

Un seul pays n’était pas aligné sur cette position : la Russie. Mais, isolé comme il l’était, Vladimir Poutine ne ferait pas le poids…

En réalité, le front uni des « Occidentaux » était une passoire. La Syrie, disons les choses comme elles sont, est le cadet des soucis de l’Allemagne, du Japon, de l’Italie et du Canada, qui estiment assez sagement avoir d’autres chats à fouetter. La France et la Grande-Bretagne, ou plus précisément François Hollande et David Cameron, forts du précédent libyen, jugent urgent d’aller nous fourrer dans le guêpier syrien. Au moins, c’est ce qu’ils affirment pour la galerie. Quant à Barack Obama, lié par d’imprudents engagements et poussé au crime par les va-t-en-guerre de son pays et par l’étrange coalition des monarchies du Golfe, de la Turquie et de »l’israël », il hésite manifestement à ajouter une nouvelle erreur au long palmarès des bévues américaines, jalonné par l’humiliation vietnamienne, la catastrophe irakienne et l’échec afghan. On le comprend.

Résultat final : la conférence de Genève aura lieu « dès que possible ». L’Iran y sera bien sûr admis. Un gouvernement de transition, sans autre précision, est souhaité pour la Syrie. L’ONU poursuivra son enquête contre X sur l’emploi des armes chimiques. Quant à la Russie, elle continuera bien entendu de fournir à la Syrie les armements qui  lui ont permis de tenir, puis de remporter récemment des succès contre la « rébellion ».

Un seul pays l’a emporté sur les sept autres. La Russie de Vladimir Poutine a imposé sa ligne aux interlocuteurs qui l’ont affronté en ordre dispersé comme les trois Curiaces successivement vaincus en duel par Horace. C’est qu’il savait ce qu’il voulait, et qu’il voulait vraiment.

Après le meurtre de Concini, les juges qui interrogeaient la Galigaï, passée sans transition du palais du Luxembourg aux cachots royaux, cherchaient à savoir sur quelles manœuvres, sur quelles intrigues, sur quelles pratiques de sorcellerie la veuve noire du défunt favori de Marie de Médicis avait bâti son ascendant sur la reine. « C’est, leur répondit-elle, par le seul pouvoir qu’a une âme forte sur une âme faible. »

I

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gilles
gilles
9 années il y a

Ça confirme l’évidence, aucune nation nucléarisée ou non, avec ou sans alliés y compris les USA ne peut et ne pourra mettre à genoux une autre nation nucléarisée ayant une capacité d’attaque ou de défense intercontinentale. Les S 300 et tous l’arsenal « conventionnel » Russe sur le terrain en Syrie ont certainement un effet de dissuasion, mais, la seule et unique raison qui fait que Poutine puisse s’opposer à la volonté des autres, c’est sa capacité de frappe nucléaire.

Équipé comme ça, même votre arrière grand-mère pourrait tenir tête à Obama en même temps qu’à l’hystérique Bibi Netanyahu. L’humanité à choisi de valoriser la compétition entre les individus, elle aurait mieux fait de choisir le dépassement de soi… Nous sommes libre de choisir.

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