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Gaza : « Notre maison tremblait comme l’arche de Noé »


 

 

mardi 20 novembre 2012, par La Rédaction

Une voiture vient d’être transformée en carcasse par un missile en plein centre-ville de Gaza, devant la mosquée Khaled ibn Wallid. Les pompiers n’ont pas mis cinq minutes à arriver sur place. La foule aussi. Les zones qui viennent d’être bombardées ont toujours quelque chose de faussement rassurant. On espère que d’autres tirs ne tomberont pas au même endroit ; on espère qu’ils ne frapperont pas un rassemblement.
Un camion enlève ce qui reste de l’automobile. Viennent ensuite des ambulanciers. Ils ramassent les parties du corps de Hossam Abdel-Jawwad, dont la carte d’identité vient d’être découverte. Ses restes échouent dans des sacs en plastique. Les pompiers nettoient la route à grande eau. L’assistance s’écarte et se disperse, presque à regret. Les débris partent, l’odeur reste : elle est aigre.
Après cinq jours de bombardements, les Gazaouis s’installent dans la guerre. Aucune zone ne semble sûre. Le danger est constant. Les journalistes ne sont pas épargnés : en ce lundi, l’immeuble de la presse vient de recevoir un nouveau missile, au deuxième étage. Il avait déjà été bombardé il y a deux jours. La foudre a frappé deux fois. L’immeuble se situe dans la grande avenue Omar-el-Mokhtar, qui descend en douceur vers le bord de mer. C’est l’un des endroits les plus dangereux de Gaza. La plupart des lieux stratégiques y sont rassemblés. Marchés, le parlement, les commissariats ou postes de défense… La précision du tir est impressionnante. Deux pièces du bâtiment sont touchées. Mais juste à côté, au même étage, un balcon semble encore attendre les clients. Une fois encore, les habitants de la ville agissent vite et bien. Sécurisation de la zone, recherche des victimes, extinction de l’incendie.
Si l’attaque a été précise, elle n’a pas été indolore. Deux morts, Salem Bolus et Ramez Harb, l’un des leaders des brigades al-Qods – la branche armée du Jihad islamique palestinien. Quatre cheikhs, gros ventre, grosse barbe, grand âge, discutent de l’événement près des flammes. Aussi calmes que des vieux en pleine fête de village. Ali Ahmed, l’un d’entre eux, déclare : « Nous, les Palestiniens, n’avons rien. Ils ont les abris, les avions, les tanks… Mais nous avons Dieu. Nous n’avons pas peur de la mort, tout est écrit. Si on meurt, on meurt, si on survit, on survit. C’est la volonté de Dieu. » Il assène tout cela avec le ton de celui habitué à prêcher dans les mosquées.
Ali Ahmed propose à son vieil ami, Hassan Sekik, d’aller chez lui. Hassan vit dans l’avenue meurtrière, à quelques mètres de l’endroit où sont regroupés les journalistes. Il aimerait à la fois rester et partir. Quatorze enfants, petits-enfants, neveux, nièces vivent avec lui : « On sait qu’on habite à côté d’un endroit dangereux. L’immeuble pourrait s’écrouler sur nous… Pendant le bombardement, notre maison tremblait comme l’arche de Noé. » Il hésite, il attend à côté, voit les ambulances évacuer les victimes. Ses amis les cheikhs insistent. « J’irai chez mon frère », tranche-t-il. Rien ne dit qu’il y sera plus en sécurité.

(20 Novembre 2012 – Samuel Forey)

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