Aller à…
RSS Feed

George Floyd et Iyad al-Halak ou Deux Poids et Deux Mesures



Publié par Gilles Munier sur 9 Juin 2020, 11:29am

Iyad al-Halak, 32 ans, désarmé et souffrant d’autisme, tué le 30 mai dernier par la police israélienne

Par Jean-Claude Manifacier (7 juin 2020)

Les sources de cet article sont tirées pour l’essentiel de la presse US et israélienne de langue anglaise ; Haaretz, The Times of Israël (TOI), The Forward, The New York Times (NYT) ou sa version internationale INYT. Il y a eu peu d’informations dans la presse française et en particulier un silence télévisuel total concernant la mort de Iyad al-Halak, un nom qui à la différence de George Flyod est quasiment inconnu dans le public.

George Flyod, une mort tragique et un héros planétaire

Il y a depuis plus d’une semaine un mouvement de protestation populaire, parfois violent, aux USA et dans le monde après la mort de l’afro-américain George Flyod. Ce mouvement est actuellement dirigé contre le président Donald Trump. Trump est généralement détesté dans les médias du monde occidental, ceci depuis le jour de son élection et pour de multiples raisons. Il est présenté comme menteur, égocentrique, méprisant la presse et il est suffisamment fortuné pour se passer de l’argent des lobbies. Pour ne rien arranger, il est aussi un petit peu nationaliste « America First ». Mais surtout, il a pris la place d’Hillary Clinton qui était soutenue par ces mêmes médias qui le détestent. Hillary espérait succéder à son cher mari tout comme Bush fils avait remplacé Bush père, preuve s’il en était besoin que l’Amérique est une grande « Démocratie » où tout le monde a des chances égales d’accéder aux plus hautes fonctions. Le jour de l’assassinat dans des conditions particulièrement abjectes de Mouammar Kadhafi, se prenant sans doute pour Jules César, elle avait déclaré hilare : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ». Une belle âme qui était digne de l’Amérique.

George Flyod et Iyad al-Halak : Les personnes et les faits

George Floyd, afro-américain de 46 ans, a été tué le 25 mai 2020 par un policier de Minneapolis. Soupçonné d’avoir utilisé un faux billet de 20 $ pour acheter des cigarettes, l’employé d’une épicerie avait appelé le numéro d’urgence 911. Quatre policiers s’étaient alors rendus sur les lieux et un officier de 44 ans, Derek Chauvin, avait maintenu son genou sur son cou pendant près de 9 min, provoquant ainsi sa mort par étouffement. George Flyod avait, pendant ces 9 minutes, supplié à plusieurs reprise en signalant son incapacité à respirer. Derek Chauvin a été arrêté, inculpé d’homicide involontaire et emprisonné pour meurtre. La dernière affaire de Floyd, un vol à main armé en 2007, lui avait valu une condamnation à une peine de cinq ans de prison. Il est présenté dans la presse US comme un homme très serviable, le cœur sur la main, ayant vécu une enfance difficile dans la pauvreté.

Iyad al-Halak, Palestinien autiste de 32 ans, a été tué le 30 mai par la police israélienne des frontières dans la vielle ville de Jérusalem. Cette police avait confondu son téléphone portable avec une arme (sic). Halak tenait son téléphone à la main et il n’aurait pas compris les ordres lancés par les agents le sommant de s’arrêter, alors qu’il traversait la porte du Lion.

Warda Abu Hadid, l’aide-soignante de Halak l’accompagnait à l’institution d’éducation pour autiste qui le prenait en charge. Elle affirme avoir dit à la police de manière répétée que le jeune Palestinien était « handicapé » avant que les agents n’ouvrent le feu, le neutralisant mortellement, selon la novlangue israélienne.

Seule la presse israélienne a donné, sur un ton neutre, beaucoup de détails sur cet assassinat. La presse occidentale a été plutôt discrète. Il aurait pris la fuite, à pieds, et se serait caché dans un local à poubelles, où il a été abattu. L’aide-soignante a déclaré, la police faisant face à l’homme, qu’elle avait tenté de leur dire qu’il était autiste et qu’il ne les comprenait pas. Il est handicapé, handicapé, dit-elle avoir crié de manière répétée en hébreu en direction des agents. « Attendez, prenez sa carte d’identité, vérifiez sa carte d’identité », se souvient-elle avoir dit. « Et soudain, ils ont tiré trois balles devant mes yeux », raconte-t-elle. « J’ai hurlé : ‘Ne tirez pas’. Ils n’ont pas écouté, ils n’ont pas voulu m’entendre ». Les deux agents incriminés ont été interrogés après lecture de leurs droits dans la journée de samedi. L’un d’entre eux a été assigné à résidence et son commandant a été libéré. Il devra toutefois se soumettre à des restrictions. La Douzième chaîne a cité l’avocat de l’un des agents de la police des frontières à l’origine des tirs, qui a déclaré que l’incident était une « tragédie » mais que sa cliente avait respecté la procédure. Peu après la fusillade, la police a mené un raid dans l’habitation familiale pour y trouver des preuves. La sœur de Halak a déclaré à la Douzième chaîne avoir été frappée par les agents. « Mes jambes me font encore mal », a-t-elle dit. « Ils m’ont frappée dans le dos, sur les mains et à la tête ». Au moment de sa mort, Halak se rendait dans la Vieille Ville où il faisait ses études, au sein d’un institut d’éducation accueillant un public ayant besoin de soins particuliers. Son père, Kheiri Hayak, a déclaré à la chaîne publique Kan qu’il pensait que son fils tenait dans sa main son téléphone cellulaire quand la police l’a d’abord remarqué. L’affaire a suscité peu de réactions empathiques en Israël, à l’exception de l’écrivain Rogel Alpher, lui-même père d’un enfant handicapé. Cet article a été publié dans le journal Haaretz sous le titre « Si c’était mon fils, j’aurais du mal à continuer à vivre ».

Les comptes-rendus médiatiques

Les réactions dans les médias occidentaux ont été quasi nulles sauf un article assez complet dans Libération. Signalons que l’étymologie du nom de famille Hayak, Halak, Hallak ou encore Hallaq est très variable dans la presse. Mais cela n’est en aucun cas une explication du différentiel de traitement de l’information médiatique concernant les deux affaires. Une recherche Google permet, à quiconque, de quantifier cette différence de traitement.

Le 2 juin vous obtenez les résultats suivants pour George Floyd :

Soit, comme indiqué, plus de 86 millions de citations médiatiques mondiales à partir du moteur de recherche Google. Le 6 juin, le résultat est monté à 368?millions.

Pour une recherche identique du patronyme Iyad Hallak, on obtient le 2 juin :

Soit 14 700 citations et le 6 juin le résultat obtenu en additionnant les citations des différents patronymes, Hallak, Halak, Halaq, Hayak etc. montera à 67?500. Dans tous les cas de figure il y aura toujours 5000 fois plus de citations médiatiques pour l’afro-américain que pour le palestinien.

En s’intéressant maintenant au « Grand journal de Référence » de la presse Bobo française, le NYT, journal hypocrite et qui a pour Israël les yeux de Chimène, le moteur de recherche du journal donne 4 citations d’articles où le nom Eyad al-Hallak, Iyad Hallak ou Halak est mentionné. Ce nombre est à comparer aux plus de 450 citations d’articles du NYT concernant le nom George Flyod. Il est intéressant de noter que le slogan du NYT est « All the News That’s Fit to Print » i.e. « Toutes les nouvelles qui peuvent être imprimées ». Un slogan plus approprié devrait être « Toutes les nouvelles, satisfaisant notre ligne éditoriale, qui peuvent être imprimées ».

Quelques explications à des résultats médiatiques aussi différents

Commençons par une chose peu connue du grand public, le contrôle de la grande presse est massif depuis plus de cent ans aux USA. Il a été possible après l’achat des lignes éditoriales des plus grands journaux américains par J.P. Morgan en 1915. À cette époque, après la création de la FED, il était nécessaire de faire entrer les USA dans la première guerre mondiale aux côtés de l’entente, l’alliance de la Grande Bretagne, de la France et de la Russie tsariste. L’opinion publique américaine était à l’époque beaucoup plus hostile à la Russie tsariste qu’à l’Allemagne de Guillaume II. L’empire financier J.P. Morgan achètera 25 parmi les plus importants quotidiens américains et placera ses propres éditeurs afin de contrôler la presse écrite. Ce « contrat » qui est toujours d’actualité, a pour but de supprimer des colonnes éditoriales tout ce qui n’est pas conforme aux intérêts dont ils sont les serviteurs. La contre-partie de cette entrée en guerre des USA contre l’Allemagne l’Autriche-Hongrie et l’empire Ottoman sera la Déclaration Balfour de 1917 promettant la création d’un foyer juif en Palestine. Le congressiste Oscar Calloway dénoncera ce contrôle des banques sur la presse écrite à la chambre des représentants le 9 février 1917 (U.S. Congressional Record February 9, 1917, page 2947, le lien Internet qui suit donne de nombreuses références). La ligne politique suivie sera ensuite structurée par le groupe JP Morgan et ses collègues Warburg et Rockefeller. Cette organisation est aujourd’hui connue sous le nom de : Council of Foreign Relations (CFR).

Ref :

http://www.thoughtprint.org/articles/WarofWords.htm

Il y a cette déclarations récente, applicable aux médias US, du secrétaire d’État américain, néoconservateur et évangélique (oui, c’est possible) Mike Pompeo. Hilare comme Hillary Clinton, il déclare le 15 avril 2019 à des étudiants de l’université A&M du Texas :

« Lorsque j’étais élève officier à West Point, quelle était la devise du cadet ? Tu ne mentiras pas, tu ne tricheras pas, tu ne voleras pas et tu ne toléreras pas que d’autres le fassent. J’ai été directeur de la CIA et nous avons menti, triché, volé. C’était comme si nous avions eu des stages entiers de formation pour apprendre à le faire »

Ref:

Mike Pompeo et l’arme de mensonge

et:

Covid-19: A la recherche du patient zéro et du pays responsable de l’épidémie

Il existe aussi une déclaration d’ordre général, plus ancienne et sans ambiguïté d’Ariel Sharon, faite le 3 octobre 2001 : « Chaque fois que nous faisons quelque chose, vous me dites que l’Amérique fera ceci ou fera cela. Je vais vous dire quelque chose de très clair : Ne vous préoccupez pas de la pression de l’Amérique sur Israël, nous, les juifs, contrôlons l’Amérique, et les américains le savent ». Courrier International N° 913, 41, du 30 Avril au 6 Mai 2008.

Citons enfin un livre très complet des universitaires US, Mearsheimer et Walt, avec des centaines de références, qui analyse les activités des lobbies pro-israéliens, comme l’AIPAC, ayant un impact considérable sur la politique des États-Unis. « Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine », John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, La Découverte 2007.

Si il fallait une preuve de la réalité d’un contrôle médiatique vous la trouveriez dans le silence entourant les références et déclarations présentée ci-dessus, déclarations à ma connaissance jamais contestées.

Palestine : Cisjordanie et Gaza, l’éléphant dans la pièce

La situation tragique du peuple palestinien installé sur cette terre depuis des millénaires, pour lequel la Déclaration Balfour, compensation pour l’entrée en guerre des USA du coté de l’Angleterre et de la France après la défection de la Russie n’a jamais été respectée, ni aucune décision de l’ONU d’ailleurs, est l’exemple le plus visible de cette complicité médiatique. Les médias ne s’intéressent pas, pour cette raison, à ce qui se passe en Palestine et n’en parlent donc pas. Une documentation importante existe sur internet, mais vous ne la trouverez ni sur les chaînes de télévision ni dans des médias acquis au mondialisme et détestant le nationalisme, particulièrement le nationalisme palestinien.

Simone Weil, parlant du terrorisme d’État, déclarait : « Un meurtre commis par un gouvernement…est cent fois pire, ou plutôt infiniment pire, que cent meurtres commis par des individus irresponsables « .

Ref:

La vie de Simone Weil, Simone Pétrement, Fayard-1973 p.662

Le sort des palestiniens est tragique par sa durée, 70 ans d’occupation, et par la dissymétrie des forces en présence. Pierres, frondes, cerf-volant d’un côté et toute la super-puissance militaire étatique de l’autre : Tanks, avions et drones pour les assassinats ciblés. Israël a un budget militaire de près de 20 milliards de $. La Palestine est fragmentée et emprisonnée et son budget militaire est artisanal. Le conflit est totalement asymétrique. C’est un combat de boxe d’un genre très particulier, celui d’un poids lourd contre un poids plume mal nourri et mal soigné. Le mensonge étant une arme efficace et utilisable quand les portes médiatiques vous sont largement ouvertes, la présentation israélienne, bien rodée et bien reprise dans les médias est toujours la même. Comme pour toutes les armées d’occupation du monde , la résistance des occupés est qualifiée de terrorisme.

Dans un rare documentaire TV en France, où Élise Lucet donnait la parole à des Gazaouis ainsi qu’à des soldats israéliens, l’ambassade d’Israël a eu le culot d’émettre une protestation. Israël a voulu empêcher cette diffusion d’«Envoyé spécial» du 11 octobre 2018. L’ambassadrice d’Israël à Paris, Aliza Bin Noun, a demandé à France Télévisions d’annuler la diffusion d’un reportage sur la bande de Gaza, jugé trop « négatif » (sic) pour l’État hébreu.

Le reportage en question, « Gaza : une jeunesse estropiée » a été réalisé auprès de jeunes habitants de la bande de Gaza, mineurs pour la plupart, blessés et amputés des suites de tirs à balles réelles de l’armée israélienne lors des manifestations de la « marche du retour » entre les mois de mars et mai 2018. Dans son courrier, l’ambassadrice ne s’inquiète nullement du sort des blessés ou des familles des tués mais des conséquences « dommageables et dangereuses » de ce reportage sur la communauté juive de France !

Le reportage, où témoignent des soldats, affirme ce que de nombreux médias alternatifs ont déjà relayé au printemps : Tsahal tire systématiquement à balles réelles sur les manifestants, dont la plupart sont non-armés et se trouvent à plusieurs centaines de mètres de la frontière.

Fin 2019, le bilan de ces marches du désespoir est : plus de 300 Palestiniens morts touchés par les tirs israéliens et près de 8000 autres blessées depuis le début de la « Marche du retour ». Côté israélien, un soldat a perdu la vie. Bien entendu Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a dénoncé un message de « haine » envers Israël. Yvan Martinet, journaliste auteur du sujet, a déclaré au Monde être « consterné de voir l’ambassade d’Israël interférer dans [leur] ligne éditoriale avant même la diffusion ». Il a assuré n’avoir « pas une virgule à enlever à ce reportage » et a dénoncé une « tentative d’ingérence inédite et inquiétante ».

Les assassinats par l’armée israélienne sont très fréquents. Un exemple particulièrement poignant est celui de l’assassinat, le 24 mars 2016, d’Abdu Fatah al-Sharif qui avait, avec son cousin, attaqué et légèrement blessé deux soldats de l’armée israélienne dans la ville occupée d’Hébron. L’un des cousins avait été abattu sur le champ (neutralisé selon la formule maintenant consacrée). Elor Azaria, infirmier, qui était sergent de Tsahal à l’époque, avait ensuite froidement assassiné al-Sharif grièvement blessé gisant au sol. Alors qu’il n’avait pas participé à l’arrestation, il était arrivé derrière un camion pour le mettre en joue posément, 11 minutes environ après que Sharif ayant déjà reçu une balle ait été désarmé.

Azaria n’a jamais exprimé le moindre regret, mais de la fierté, pour ce meurtre. Au mois de novembre 2017, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Avigdor Liberman, le ministre des Affaires sociales Haim Katz, la ministre de la Justice Ayelet Shaked, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri ainsi qu’environ 50 autres parlementaires avaient signé une pétition demandant sa libération. Il bénéficiera d’une réduction du tiers de sa peine et ne fera que 8 mois de prison.

Une vidéo a été filmée par l’association B’Tselem, une ONG israélienne qui se présente comme le centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés. La vidéo originale a été censurée mais il existe encore la vidéo ci-dessous, durée 3min, où on voit clairement qu’il n’y a aucun geste de secours venant des soldats israéliens qui circulent sur la scène. Aucune empathie manifeste et donc aucun altruisme ni aucune tentative des soldats pour arrêter le meurtrier. Le corps du cousin tué est lui aussi visible.

Ref:
Israeli Soldier : Elor Azaria kill a palestinian assailant

The Times of Israël, 8 mai 2018 reproduira la photo de la mère d’Abdu Fatah al-Sharif, qui déclarera : « Il n’y a rien à faire, c’est quelque chose de normal pour eux ».

Il y a énormément de vidéos montrant les exactions israéliennes en Palestine. L’une, inquiétante, montre le corps d’un jeune manifestant palestinien, tué ou peut-être simplement blessé, ramassé en février 2020 par un bulldozer israélien. L’explication israélienne étant l’utilisation de ce corps comme monnaie d’échange.

Ref:

IDF uses Bulldozer to retrieve dead body of Palestinian man that they’ve shot (NSFW)

ou:

State of Palestine: Israeli bulldozer dragging protesters body sparks outrage

Le choix : Idéalisme platonicien ou Sophistique israélienne

Il y a eu au Moyen-Âge un affrontement entre deux conceptions possibles pour le judaïsme : La sagesse socratique (la philosophie grecque) et l’Ancien Testament (la loi juive, suivant les travaux de Maïmonide). C’est-à-dire, Athènes ou Jérusalem. Dans « Deux siècles ensemble », Tome 1, Soljenitsyne parle de tentatives d’érudits juifs russes, adeptes des Lumières, pour tirer du ghetto mental où se trouvaient enfermées les communautés juives de la zone de résidence. Une possibilité existait : les mariages mixtes. Ils ont de tout temps été combattus tant par le rabbinat que le sionisme athé comme étant une menace pour la spécificité juive. Quelques exemples de déclarations récentes d’israélien éminents sont claires sur ce point : « Le journaliste et poète israélien Yair Lapid : les mariages mixtes c’est mauvais parce que les juifs ne se sont pas remis de l’Holocauste », Haaretz, 14 Octobre 2018. « Rafi Peretz, rabbin membre de la Knesset : Les mariages mixtes des juifs américains « une nouvelle Shoah » », The Times of Israël, 10 juillet 2019. « Mariage inter-religieux : « une seconde Shoah » », The Times of Israël, 16 Juillet 2019.

D’autres grand auteurs se sont intéressés à l’exclusivisme juif et à leur rhétorique sophistique. Citons par exemple Alexandre Soljenitsyne et Israël Shahak, fondateur, en 1970, de la Ligue israélienne pour les droits civils et humains :

Alexandre Soljenitsyne dans « Deux Siècles ensemble »: Tome 2, p. 24, écrit : « C’est un particularisme qui n’a pas son pareil dans l’histoire du monde, il tient au fait que les Juifs ont réussi à concilier les principes nationaux et universaliste, que ce peuple est : « national au plus haut point et en même temps cosmopolite ». Et, p. 400, Solomon Lourié, professeur à Petrograd, voyait en 1922 l’une des sources principales de l’antisémitisme : le Juif qui vit dans tel ou tel pays n’appartient pas seulement à ce pays, ses sentiments sont doubles : les Juifs « ont toujours eu des sentiments nationalistes, mais l’objet de ce nationalisme, c’est le judaïsme et non pas le pays dans lequel ils vivent ».

Israël Shahak dans « Histoire juive – Religion juive », Le poids de trois millénaires – La vieille Taupe, livre de 1996.

En page 7, dans la préface écrite par Gore Vidal, on lit : (…) les autorités israéliennes, quant à elles, n’apprécient pas du tout Shahak. Mais que faire contre un docteur, professeur de chimie à la retraite, né à Varsovie en 1933, qui a passé son enfance dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, est arrivé en Israël en 1945, a servi dans l’armée, et n’est même pas devenu marxiste quand c’était à la mode.

p.19, (…) J’avais vu personnellement, à Jérusalem, un Juif ultra religieux refuser qu’on utilise son téléphone, un jour de sabbat, pour appeler une ambulance au secours d’un voisin non Juif terrassé par une attaque. J’ai demandé une entrevue avec le tribunal rabbinique de Jérusalem, qui est composée de rabbins nommés par l’État d’Israël. Je leur ai demandé si cette façon de faire s’accordait avec leur interprétation de la religion juive. Ils m’ont répondu que le Juif en question avait eu un comportement correct, et même pieux, et m’ont renvoyé à certains passages d’un abrégé des lois talmudiques, compilé en notre siècle. J’ai signalé la chose au principal quotidien hébreu, Haaretz, qui s’en est fait l’écho, provoquant un scandale médiatique dont les conséquences, en ce qui me concerne, furent plutôt négatives. Ni les autorités rabbiniques israéliennes, ni celles de la diaspora, ne sont revenues sur cet arrêt : un juif ne doit pas violer le sabbat pour sauver la vie à un « gentil ».

p.85, De nombreux Juifs en Israël (et ailleurs) qui ne sont pas orthodoxes et n’ont qu’une connaissance d’ensemble de la religion juive, ont cherché, en citant des versets de la Bible dans leur clair sens humain, à faire honte aux orthodoxes israéliens (et aux Israéliens de droite fortement influencés par la religion) de leur attitude inhumaine à l’égard des Palestiniens. Mais il s’est toujours avéré que de tels arguments n’avaient pas la moindre prise sur les adeptes du judaïsme classique : Ils ne comprennent pas, tout simplement, ce qu’on leur dit, puisque pour eux le texte biblique n’a pas du tout le même sens que pour tout le monde.

Israel Shahak fait aussi référence aux écrits incompréhensibles, voire contestables de Maïmonide p.227 « La seconde différence entre nous, les Juifs, et les chrétiens, est que l’Église catholique, et à coup sûr la majorité des chrétiens actuellement vivants, se sont repentis de ce que l’Inquisition a fait, et ils soutiennent, au moins verbalement dans certains cas, la liberté d’expression et de conscience, et le régime démocratique. Par contraste, avez-vous jamais entendu dans le judaïsme, fût-ce un seul rabbin orthodoxe, conservateur ou réformée, qui se repente pour ce que Maïmonide a écrit à propos des non-Juifs ? Où avez-vous jamais entendu parler dans le judaïsme d’un seul rabbin qui condamne un seul propos du Talmud ? On ne peut échapper à la conclusion que la tradition religieuse juive, qui comporte l’interdiction de sauver la vie à un non-Juif et le devoir de tuer les Juifs infidèles, est encore dangereuse car elle a conservé son autorité parmi certains Juifs ».

Il y a aussi un retour en force dans la pensée occidentale et juive du sophiste Protagoras. Il avait été combattu par les socratiques, Platon et Aristote, pour qui les idées de Vérité , de Justice, de Beauté etc. avaient une valeur absolue. Protagoras, rhéteur redoutable est resté célèbre pour sa phrase : « L’homme est la mesure de toute chose ». Il est le chef de file du courant relativiste, où toutes les vérités se valent, jusqu’à sa forme talmudique actuelle, où la loi l’emporte sur une vérité devenue insignifiante. C’est le choix de Jérusalem plutôt que d’Athènes. On pourra lire dans un texte intéressant : « Les Grecs, l’Occident, les Juifs. Modèles et contre-modèles » de Pierre Savy, 2011.

Ref:

http://journals.openedition.org/labyrinthe/4122

La phrase suivante : « Le Logos, c’est thèse, antithèse, synthèse. Alors que le judaïsme c’est thèse, antithèse, antithèse, antithèse… ». Le Talmud consacre quelques passages abondamment commentés au sort qu’il convient de faire à la « sagesse grecque ». Un neveu demanda à son oncle rabbin : « Moi qui ai étudié toute la Torah, puis-je étudier la sagesse grecque ? », Le rabbin lui répondit de s’occuper de la Torah, en citant Josué, 1-8 (Que ce livre de la loi ne s’éloigne point de ta bouche ; médite-le jour et nuit ) ; et il ajouta, en référence à ce verset : « Trouve – moi une heure qui ne soit ni du jour ni de la nuit, alors va et étudie la sagesse grecque » Mena’hot, 99b. Voir aussi Tossefta Avodah zara.

Je donne ci-dessous quelques citations tirées des grands journaux juifs israéliens qui ne peuvent que laisser perplexes des occidentaux habitués au langage rationnel. Pour une presse juive qui veut se présenter en Occident comme défendant les principes de justice, d’antiracisme, en faveur de l’égalité homme-femme etc., et toujours opposée à la peine de mort dans les différents pays où elle est encore en vigueur.

C’est en fait tout le contraire, par l’abandon des principes de causalité et de non-contradiction. En ce qui concerne les assassinats ciblés israéliens on peut se référer au livre hagiographique (comportant plus de 900 pages) sur le Mossad de Ronen Bergman qui s’ouvre par une citation du Talmud « Lève-toi et tue le premier ! L’histoire secrète des assassinats ciblés commandités par Israël », Grasset, 2020.

Quelques déclarations israéliennes récentes :

Dans Haaretz, Sam Sussman,16 Juillet 2018. Le journaliste parle des quelques 40 000 jeunes juifs, pour la plupart d’Amérique du Nord, qui participent à Birthright (droit de naissance), un voyage gratuit de 10 jours en Israël organisé chaque année. Pour certains, il s’agit de leur première exposition au pays. La relation entre Israël et les Juifs de la diaspora, en particulier aux États-Unis, s’affaiblit quand des Juifs américains se lèvent et disent NON aux abus de Netanyahu envers les Palestiniens. Le journal israélien donne d’ailleurs la réponse surréaliste d’un des organisateurs à ceux qui voulaient voir de plus près, à l’occasion des ces voyages, les conditions de vie des autochtones :

Une jeune participante à ce voyage Birthright parle : Le moment le plus pénible se produisit à Masada. Notre guide, critiquant les départs de certains qui voulaient voir les réelles conditions de vie des Palestiniens sous occupation, nous parla soudainement d’un ami italien qui habitait comme lui Staten Island. « Si j’avais à choisir, dit-il, entre sa vie et celle d’un Juif que je ne n’avais jamais rencontré, je choisirais le Juif. Puis, si j’avais à choisir entre les vies de mes dix meilleurs amis non-Juifs, et un Juif que je ne connaissais pas, je choisirais le Juif…Augmentant la mise il finira par déclarer : Vous vous souvenez du tsunami en Asie il y a quelques années ? Il a fait 100 000 morts. Si je devais choisir entre tous ces gens ou une vie juive, je choisirais la vie juive. »

Citations sophistiques, presse israélienne, dans le désordre :

Je donne ci-dessous quelques exemples de déclarations rapportées dans la presse israélienne ces dernières années. Si elles étaient prononcées par des non-juifs de telles déclarations les mèneraient directement, en Occident, devant des tribunaux. Les israéliens apprécient cette liberté de parole et la philosophe Simone Weil aborde aussi ce problème de la liberté d’expression dans son livre « L’enracinement », Folio Essais, Ed. Gallimard 1995, p.35 et suivantes : la liberté d’expression totale, illimitée, pour toute opinion quelle qu’elle soit, sans aucune restriction ni réserve, est un besoin absolu pour l’intelligence. »

«L’envoyé d’Israël à l’Unesco traite les Iraniens d’animaux », Times of Israël, 23 juillet 2018.

«Liberman prône la loi sur la peine capitale pour les terroristes », Times of Israël, 25 juillet 2018.

«Liberman appelle au retour des assassinats ciblés », The Times of Israël, 3 Février 2019.

«Gantz envisage des assassinats ciblés de chef du Hamas s’il est élu », The Times of Israël, 13 Mars 2019. Rappelons que Gantz s’est associé à Netanyahu pour former le gouvernement israélien.

«Un rabbin israélien déclare que tous les palestiniens devraient être exécutés plutôt qu’emprisonnés », The Times of Israël, 24 Janvier 2016.

«Un rabbin appelle à l’exécution de tous les palestiniens », Defend Democracy Press, 7 juin 2016.

« Naftali Bennett, ministre de l’Économie israélien : « J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie. Et il n’y a aucun problème avec ça « , Il a déclaré préférer que l’on tue ces prisonniers palestiniens plutôt que de les traduire en justice », Le HuffPost, 4 mars 2013.

« Un député israélien proclame la suprématie de la race juive », Times of Israël, 15 juin 2018.

« 79 % des israéliens de droite croient qu’ils sont le Peuple élu », Haaretz, 15 Septembre 2018.

«Rabbins d’une académie pré-militaire : les Arabes sont inférieurs génétiquement », The Times of Israël, 30 Avril 2019.

« Une femme sortie d’un bureau ultra-orthodoxe pour qu’un rabbin puisse voter », The Times of Israël, 14 Avril 2019.

«Le chef séfarade des rabbins israéliens appelle les noirs ‘des singes’ », (Citation du Talmud) The Forward, 20 Mars 2018.

« Jared Kushner and Ivanka Trump bénis parle rabbin israélien qui a comparé les noirs à des singes, à l’occasion de l’inauguration de l’ambassade US à Jérusalem », The Forward, 13 Mai 2018.

« La radio publique israélienne s’excuse d’avoir diffusé de la musique de Wagner », The Times of Israël, 4 septembre 2018.

«Un rituel incluant le sacrifice de poulets (pour l’expiation des péchés) résiste aux critiques », The Times of Israël, 18 Septembre 2018.

« Un rabbin interdit de regarder un billet de 50 shekels à l’effigie d’un poète qui avait épousé une chrétienne », The Times of Israël, 4 Décembre 2018.

« Gideon Levy, la manifestation dispersée, un sniper israélien tire une balle dans la tête d’un Palestinien de 9 ans », Haaretz, 21 Juillet 2019.

« A Gaza, deuil pour les morts de la dernière attaque israélienne », A Gaza, les tanks et l’aviation ont tiré sur 350 cibles faisant 25 morts dont 2 femmes enceintes et 3 enfants, Independent, 8 Mai 2019.

Que faire ?

Je rappelle pour conclure un texte ancien qui montre qu’au moment du Congrès de Bâle, et avant la déclaration Balfour, des intellectuels l’un maronite et l’autre musulman avaient une vision claire et prophétique des problèmes à venir :

« Deux phénomènes importants, de même nature et pourtant opposés, qui n’ont encore attiré l’attention de personne, se manifestent en ce moment dans la Turquie d’Asie : ce sont le réveil de la nation arabe et l’effort latent des Juifs pour reconstituer sur une très large échelle l’ancienne monarchie d’Israël . Ces deux mouvements sont destinés à se combattre continuellement, jusqu’à ce que l’un d’eux l’emporte sur l’autre. Du résultat final de cette lutte entre ces deux peuples représentant deux principes contraires dépendra le sort du monde entier.  »
Negib Azoury, Paris, 1905, cité par Ahdaf Soueif : « The Map of Love » p. 469, Bloomsbury, 2000

Pour ce qui concerne les occidentaux, le pouvoir politique est aux mains de psychopathes qui ne peuvent pas voir les injustices. Les atteintes à la liberté d’expression sont multiples ce qui conduira à terme à la réalisation d’une prophétie de George Orwell et à un totalitarisme digne de son roman « 1984 » :

« Plus une société s’éloigne de la vérité, plus elle haïra ceux qui la disent ».

Beaucoup noteront aussi, que les qualifications récentes de complotisme, fausses nouvelles (fake news) ressemblent de plus en plus en fait à la situation de la belle Cassandre, fille du Roi Priam de Troie, qui recevant d’Apollon le don de prédire l’avenir et s’étant refusé au dieu, fut condamnée à ne jamais être crue.

Le seul petit pouvoir qui nous reste dans nos « démocraties », où il n’y a pas encore de date de péremption pour des élus menteurs et dépravés, est celui du bulletin de vote : Éviter de revoter pour ces menteurs ou ces psychopathes avérés, valorisés au-delà du nécessaire par les médias serviles. La pandémie récente du Covid-19 doit servir de révélateur pour un certain nombre d’entre-eux.

Par Jean-Claude Manifacier, lire aussi :

Présentation de Trump et Poutine dans la presse US (2017)

De la liberté d’expression à géométrie variable (2015)

Guerre civile en Syrie : Réalité et Propagande (2014)

A propos des responsabilités dans la Première Guerre Mondiale (2019)

About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.