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Houla : la Russie a-t-elle lâché le « régime » Assad?


IRIB-Le Conseil de sécurité des Nations-Unies a donc, pour la première fois, condamné par une déclaration le gouvernement syrien que les 15 membres,
Russie et Chine compris, ont jugé responsable de la tuerie de vendredi à Houla, qui selon le dernier bilan disponible, a fait 108 morts, dont 49 enfants, et 300 blessés. Le texte incrimine « les tanks et l’artillerie gouvernementale ».

Les Russes avaient hier encore mis en doute la version présentée par les Occidentaux, mais ils se sont ralliés à la majorité du Conseil après que le général Mood, patron des bérets bleus présents en Syrie, a communiqué ses conclusions, par visioconférence, aux membres du dit Conseil de sécurité : d’après le premier rapport des observateurs présents à Houla, les victimes auraient été tuées soit par des « éclats d’obus » ou « exécutées à bout portant« .

On a le droit de s’interroger sur la contradiction contenue dans ces termes : comment les victimes de Houla ont-elles pu être à la fois frappées à distance par des obus et « exécutées à bout portant ? Non contents d’avoir pilonné la localité – où s’étaient retranchés des rebelles – les soldats ont ensuite pris le temps de se livrer à des exécutions sommaires, à quelques kilomètres de Homs où sont installés des observateurs de l’ONU ? Bref nous continuons de penser que tout ceci n’est pas clair.

Le porte-parole du gouvernement syrien, Jihad Maqdissi, avait hier nié toute responsabilité de celui-ci dans la tuerie, et donné la thèse des autorités : une attaque sur des positions de l’armée à Houla, le vendredi à partir de 14 heures, par des centaines d’insurgés venus de quatre ou cinq villes et localités de la région de Homs (voir notre article « Le gouvernement syrien nie toute responsabilité et donne sa version des faits », mis en ligne le 28 mai). Et il a annoncé la création d’une commission d’enquête devant rendre son rapport dans les trois jours. Après le vote du Conseil de sécurité, le représentant de la Syrie à l’ONU Bachar al-Jaafari a dénoncé, devant les membres du Conseil de sécurité, le « tsunami de mensonges » qui accable son pays.

Il a donc logiquement redonné la version gouvernementale des événements de Houla : 2 à 300 hommes armés répartis à bord de pick-ups et assez lourdement armés, qui ont assailli des positions des forces de l’ordre à Houla et dans des villages voisins, puis, repoussés, s’en sont pris à des civils, tant à Houla que dans les villages voisins de Taldo et d’al-Chomaryeh (voir notre article « L’ASL enrôle les enfants morts », mis en ligne le 27 mai). Al-Jafaari a aussi mis en lumière la contradiction entre l’imputation des décès à des tirs d’artillerie et aussi à des exécutions sommaires, fait référence à des événements similaires survenus dans les années 90 en Algérie, quand l’armée régulière luttait contre des maquis islamiste. Et il a assuré que son gouvernement n’épargnerait aucun effort pour trouver les responsables du massacre de Houla et les traduire en justice.

Et al-Jafaari a aussi souligné la concomitance, une nouvelle fois vérifiée, entre un événement diplomatique important pour l’avenir de la Syrie et l’occurrence d’un massacre ou d’un attentat aussitôt exploité à charge par les médias occidentaux contre le gouvernement. En l’occurence, le drame de Houla est survenu à 48 heures d’une rencontre entre Kofi Annan et Bachar al-Assad.

Bref, Bachar al-Jaafari a dit tout ce qu’il avait à dire et l’a plutôt bien dit mais, bien évidemment, la majorité pro-occidentale des membres du Conseil ne pouvaient entendre, tout au plus pouvaient-ils l’écouter, le représentant syrien : ils savent très bien – et ont même dû, sous la pression de la Russie et de la Chine, le reconnaître officiellement – que l’opposition a une responsabilité dans le climat de violence. Mais pour eux il s’agit mois de garantir la sécurité ou la liberté des Syriens que de faire tomber le régime, coupable entre autres choses d’être un allié de l’Iran. Le drame de Houla, quoi qu’il s’y soit vraiment passé, est pour eux une occasion inespérée de rebondir diplomatiquement alors que depuis des mois, ils avaient enregistré revers sur revers dans le dossier syrien.

Alors que peut-il se passer maintenant ? L’alignement de la Russie et la Chine sur la majorité du Conseil – historiquement une première – signifie-t-il un lâchage, ou le début d’un lâchage de Bachar al-Assad et de son régime par des deux puissances ?

À l’évidence non : même après ce vote, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a réitéré, lundi matin 28 mai, les doutes exprimés la veille par un des représentants russes à l’ONU, Igor Pankin, à propos de la nature des blessures observées sur les corps des victimes, qui résulteraient, dans beaucoup de cas, de balles tirées à bout portant. Et par ailleurs, il a estimé que les « deux parties » – armée régulière et bandes ASL – étaient responsables de ce massacre. Il n’est pas indifférent de savoir que Lavrov a fait cette analyse à l’issue d’entretiens avec son homologue britannique – et donc complètement aligné sur Washington – William Hague.

De son côté, la Chine a condamné, lundi, « les meurtres cruels » de Houla – et demandé une « enquête immédiate » – mais n’incrimine pas le gouvernement syrien. Et elle exhorte une fois encore « toutes les parties concernées à respecter les résolutions du Conseil de sécurité et le plan en six points de Kofi Annan, immédiatement, intégralement et minutieusement ».

Du reste tous, Russe, Chinois, mais aussi Occidentaux, ont réaffirmé leur soutien au plan Annan, preuve que l’intervention militaire bruyamment réclamée par les extrémistes du CNS et de l’ASL n’est toujours pas à l’ordre du jour, pour ne pas parler d’un renversement du gouvernement légal. La Russie et la Chine ont certes accepté, sous le coup d’une pression politico-médiatique maximum, de voter pour la première fois un texte contre le gouvernement syrien. Mais ils continuent d’avoir un avis définitif sur la nature et l’origine des violences en Syrie.

Donc, il n’y a rien de changé sur le fond des positions et des rapports de force. Il y a juste une tension politique (encore) un peu plus forte. Et une centaine de victimes innocentes en plus.

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