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Irak : les jeunes se battent pour sauver le fleuve Tigre



France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.

Publié par Gilles Munier sur 17 Août 2019, 08:57am

Catégories : #Irak, #Kurdistan, #Mossoul, #Bagdad, #Bassora

Barrages sur le Tigre et l’Euphrate

Si par le passé, le le Tigre s’est montré dévastateur avec ses crues, il menace aujourd’hui de se transformer en ruisseau tant son débit a diminué. La raison ? Les dérèglements climatiques mais aussi des enjeux géopolitiques tant régionaux que nationaux. Une partie de la jeunesse irakienne a lancé une campagne de sensibilisation « Sauvez le Tigre et les marais irakiens ».

Par Gwénaëlle Lenoir (revue de presse : ccfd-terre soilidaire.org – 10/8/19)*

C’est avec un sentiment d’urgence que ces jeunes se sont engagés dans la Campagne internationale « Save The Tigris » et, pour la plupart, dans l’ONG partenaire du CCFD-Terre Solidaire Humat Dijla (« Protection du Tigre » en arabe). La première organisation est internationale, la seconde irakienne. Toutes deux font le même constat : si le régime des pluies de plus en plus erratique menace la région, le principal danger pour le Tigre et l’Euphrate qui irriguent l’Irak, c’est l’humain.

Le Tigre et l’Euphrate sont notre bien commun

« Une de nos campagnes de mobilisation disait en parlant du Tigre : vous pourrez le traverser à pied ! » raconte Ali al-Karkhi, un des fondateurs de Humat Dijla. En juin 2018, c’est devenu possible… avec de l’eau jusqu’aux genoux seulement. La raison de cet épisode inédit dans les mémoires des Bagdadis : le lac de retenue du barrage d’Ilisu en Turquie. Cet ouvrage d’art est le plus grand d’un projet plus vaste, dit d’Anatolie du Sud-Est, censé apporter prospérité à cette région délaissée de Turquie.

Mais, soulignent ses détracteurs, dont fait partie « Save the Tigris », les eaux vont engloutir la vallée d’Hakanseyf, un site habité depuis 12 000 ans, et classé au patrimoine mondial par l’Unesco. Il va aussi réduire considérablement le débit du fleuve en amont de l’Irak. « C’est une arme géopolitique. Il faut régler la question du partage de l’eau entre pays avoisinants, presse Alaa Abdul Mohsein, ingénieur en environnement. Le Tigre et l’Euphrate sont notre bien commun. » À l’été 2018, face à la crise hydrique qui touchait l’Irak, Ankara a accepté de stopper le remplissage du barrage d’Ilisu. Petit, tout petit répit.

Une pollution aux impacts dévastateurs

Les ouvrages gigantesques en Turquie et sur les affluents du Tigre en Iran ne sont qu’un des dangers pointés par les militants de Humat Dijla. La pollution en Irak même, due aux dégâts environnementaux énormes, rend l’eau impropre à la consommation. « Dans chaque ville, les décharges ne sont que des montagnes de déchets non triés qui se retrouvent directement dans le fleuve », accuse Baidar Alaa, chargé des réseaux sociaux à « Save the Tigris ».

Ghaith al-Tali, ingénieur, cite, lui, les industries pétrolières. Alaa Abdul Mahsein, les eaux usées, notamment hospitalières, qui sont rejetées sans être traitées. Sans compter les intrants agricoles et la sur-utilisation de l’eau partout dans le pays.

L’Irak risque de mourir empoisonné et assoiffé. Pour ne pas en arriver là, « Save the Tigris » mène des campagnes internationales. Il n’est pas pour rien dans l’inscription, en 2016, des marais irakiens, zone humide et sites archéologiques, au Patrimoine mondial de l’Unesco. Humat Dijla organise partout en Irak une foule d’activités pour sensibiliser et mobiliser les citoyens : festivals, campagnes de nettoyage, ateliers de fabrication d’embarcations anciennes, marathons. Le tout dans un pays qui n’est pas encore sorti de la guerre.

*Source : Terre Solidaire

Lire aussi (Terre Solidaire) : Irak : les marais mésopotamiens vont-ils disparaître ?

Sur le même sujet, lire aussi :

Guerre de l’eau au Pays des deux fleuves

Par Gilles Munier (AFI-Flash – mai 2o06)

About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.