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JO : L’AMA poursuit son combat contre la Russie


Russie politics
Karine Bechet-Golovko

Mercredi 11 décembre 2019

Sans grande surprise, en fin de matinée ce 9 décembre, alors que le Format Normandie se tenait dans la soirée, l’Agence mondiale antidopage a interdit la Russie, ses athlètes et ses représentants de participer pendant 4 ans non seulement aux différents JO, mais également aux différents évènements sportifs majeurs. Au-delà de la violation patente de nombreux principes juridiques, cette décision est une sorte de déclaration de guerre. Mais cette fois-ci la Russie se défend et n’est pas prête à « s’excuser » d’être victime d’une vendetta internationale, comme le demande la vice-présidente de l’AMA, totalement hystérique.

Dès que le rapport du comité d’experts demandant la suspension de la Russie des JO, avec possibilité de participer en toute neutralité pour les athlètes, était tombé fin novembre, l’agence antidopage américaine s’était plainte d’une trop grande complaisance et demandait de rayer la Russie de la surface du sport mondial, faute de ne pouvoir la rayer totalement de la face de la Terre (voir notre texte ici).

La réunion s’est tenue le 9 décembre à Lausanne, jour où à Paris se réunissait le Format Normandie, sans grande illusion par ailleurs qu’il ne puisse déboucher sur quoi que ce soit de concret, ce qui n’était par ailleurs même pas envisagé par les participants, lançant plutôt un processus « mou ». Il fallait donc frapper, fort, violemment, le comité exécutif de l’AMA s’en est chargé et a repris à l’unanimité toutes les recommandations du comité d’experts dans sa déclaration finale (disponible ici).

Autrement dit, la Russie perd encore une fois son drapeau et son hymne, les athlètes doivent n’avoir jamais été concernés par une affaire de dopage, ni n’avoir été mentionnés dans le fameux rapport McLaren, qui a été de nombreuses fois démenti par la justice sportive. Les officiels russes et les membres du comité olympique russe ne pourront participer à aucun évènement « majeur ». La Russie peut faire appel devant le Tribunal arbitral du sport – dont le délai d’examen des affaires n’est pas rapide.

Bref, le comité olympique russe n’est pas dissous, mais la Russie ne peut pas participer comme Etat, première surprise juridique. Ensuite, les athlètes, comme la dernière fois, sont responsables collectivement et non pas individuellement, en violation du principe de l’individualité de la responsabilité. Ne parlons même pas de la violation du principe d’égalité, puisque le TAS n’avait pas reconnu le dopage d’Etat, comment se fait-il que les athlètes russes soient soumis à une présomption de culpabilité et doivent démontrer leur innocence, alors que les autres athlètes impliqués dans des affaires de dopage ne sont pas concernés par cette exigence? Je ne parle pas non plus de la violation du principe selon lequel personne ne peut être condamné deux fois pour la même faute, ces athlètes ont déjà été sanctionnés aux derniers JO, ils encourent une deuxième peine pour les mêmes faits. Et petite cerise sur le gâteau surprise de l’AMA, cette étrange formulation concernant les évènements « majeurs », auxquels la Russie ne pourra par participer, mais dont la liste n’est pas établie, en violation du principe de sécurité juridique.

Le ministre du sport, Pavel Kolobkov a très bien réagi devant les journalistes, refusant de tomber dans les plates excuses, précisant que de nombreux points de cette décision nécessitaient des explications, que RUSADA avait été réformé selon les exigences de l’AMA, qui d’ailleurs l’avait restaurée. La sanction portée contre la Russie, même s’il y a eu des problèmes de dopage, que certains existent encore comme partout, est totalement disproportionnée et devient en cela politique. L’on peut aussi s’interroger, et la question va devoir être soulevée, sur le contrôle des sportifs d’autres pays, notamment Américains, ansi que sur la manière dont l’AMA fonctionne. Pour les russophones :

De son côté, le Président russe, lors de la conférence de presse faisant suite au Format Normandie, a également mis clairement les points sur les i en déclarant qu’il fallait faire appel de cette décision devant le Tribunal arbitral du sport, car cette sanction est politique et n’a rien à voir avec la lutte contre le dopage. Les atlhlètes sont illégalement soumis à une responsabilité collective et le comité olympique russe n’étant pas suspendu, comment la Russie, comme Etat, peut-elle ne pas participer aux JO ?

En effet, la décision est politique et il suffisait, au-delà des incohérences juridiques soulevées, d’écouter la réaction de la vice-présidente du comité exécutif de l’AMA, Linda Helleland, à la sortie de la session, extrêmement déçue et passablement hystérique : que des athlètes russes participent aux compétitions, même en tant que sportifs neutres, sans signes distinctifs, est pour elle inadmissible. La rage qui se dégageait de son visage était telle, qu’elle en avait même du mal à retenir ses larmes : il y aura des Russes et ça va salir le sport. Bref, je cite, la Russie doit s’excuser. Le fanatisme de cette personne, vice-présidente de l’AMA, laisse songeur quant au respect par cette institution du minimum requis d’objectivité. La position soutenue par le dirigeant de l’USADA est en substance la même – et pour cause … :

« Permettre à la Russie d’échapper à une mise au ban totale est un nouveau coup dévastateur porté aux sportifs propres, à l’intégrité du sport et à la force des règlements »

On en est là. Ils n’ont pas eu leur vengeance et sont extrêmement déçus.

Expliquons quand même un détail, plus que central, celui qui est à l’origine de ce déferlement de haine. Et qui le rend tout à fait clair. La Russie devait, dernier point exigé après qu’elle ait rempli toutes les autres conditions, transmettre la base de données de RUSADA des athlètes et de leur contrôle. Après avoir réglé quelques difficultés techniques, elle l’a fait. Et le scandale est alors arrivé. Dans la version officielle, cette base de données ne correspond pas … en fait à celle que Rodchenkov (anciennement à la tête de RUSADA) a présentée en paiement de son arrivée aux USA. Rappelons que Rodchenkov était justement poursuivi en Russie pour les manipulations qu’il opérait à ce sujet, les cocktails-maisons qu’il vendait aux athlètes pour qu’ils passent les tests, etc. Et c’est le témoin-clé de l’accusation. Maintenant l’on comprend pourquoi les Etats-Unis et leurs organes, dont l’AMA fait manifestement partie, sont en rage. Malgré toutes les pressions exercées sur le comité exécutif de l’AMA, au minimum par des déclarations demandant la disparition de la Russie et des Russes, ils n’ont pu obtenir entièrement gain de cause.

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Source : Russie Politics
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About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.