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La génération Y et le grand H La génération Y et le grand H



Publié le 27/09/2020

La génération Y et le grand H

Par Gilad Atzmon

Qu’est-ce qui pousse certains à mesurer constamment à quel point ils sont détestés ? Quel genre de personnes exigent que leur pays d’accueil connaisse intimement leur passé ? Nous avons appris cette semaine qu’une fois de plus, certains Juifs sont contrariés par le fait qu’une partie considérable du peuple américain refuse de voir le passé exactement comme ils le voient eux-mêmes.

Le Jewish Forward a rapporté ce week-end que « les résultats de l’enquête sur la connaissance de l’Holocauste en Amérique (portant sur les 17-39 ans) sont disponibles et les conclusions sont terrifiantes. Non seulement ils montrent un niveau d’ignorance choquant, mais ils renforcent les conclusions concernant tous les adultes, ainsi que les tendances dans toute l’Europe occidentale ». Les Américains qui s’inquiètent du fait que les Américains sont tellement ignorants devraient être soulagés. Les Américains sont juste aussi « ignorants » ou peut-être aussi « rebelles » que les Européens.

Il semble que malgré l’endoctrinement intensif au sujet de l’Holocauste et le fait que les musées et les monuments de l’Holocauste se sont multipliés partout aux États-Unis, moins d’Américains s’intéressent à la souffrance historique de leurs voisins juifs; et la question est de savoir ce qui peut être fait pour y remédier. Peut-être devront-ils ériger un musée de l’holocauste à chaque coin de rue américain. Peut-être peuvent-ils résoudre ce problème éducatif aigu en attachant une grande et lourde étoile de David en fer au dos de chaque « millenial » (tous les jeunes, de 17 à 39 ans), ­[qu’on appelle aussi « génération Y »].[1]

Forward rapporte que deux tiers des jeunes Américains ne savaient pas combien d’entre eux étaient morts dans l’Holocauste. Pour une raison particulière, il est très important pour la plupart des institutions juives que tout le monde ressasse le chiffre 6 (millions). C’est curieux, car la notion de génocide relève du domaine des catégories plutôt que du numérique. Mais si ces institutions insistent pour réduire l’holocauste à un chiffre quantitatif matérialiste, je serais enclin à leur demander combien de Juifs connaissent le nombre exact d’Ukrainiens qui sont morts de faim pendant l’Holodomor ? Combien de Juifs ont même entendu parler de l’Holodomor ? Quels sont les Juifs qui connaissent les « Juifs de Staline », comme les identifie le principal chroniqueur israélien Sever Phlocker? Les juifs contemporains connaissent-ils l’impact de la Brigade internationale hispanophone parlant yiddish sur l’Espagne catholique en 1936 ? Combien d’Irakiens sont morts dans la « guerre contre le terrorisme » des Néocon ? Je pose la question parce que l’écrivain Ari Shavit a écrit en 2003 que « la guerre en Irak a été conçue par 25 intellectuels néoconservateurs, juifs pour la plupart ». Si les institutions juives veulent que tout le monde comprenne l’holocauste en termes numériques, il serait peut-être raisonnable d’attendre des Juifs qu’ils connaissent le nombre de crimes colossaux contre l’humanité perpétrés en grande partie ou partiellement par des Juifs.

Le rédacteur de l’article est bouleversé par le fait que près de la moitié des Goyim « du millénaire » n’ont pas pu nommer un seul camp de la mort. En retour, je demande combien de juifs du même âge connaissent Deir Yassin ou peuvent nommer un seul massacre sioniste en Palestine en 1948 ou avant ? Combien de juifs de la génération Y connaissent le massacre de Sabra et Chatila ? Ou le massacre de Kefar Qana ? Que savent-ils de la malnutrition à Gaza causée directement par des années de blocus imposé par l’État juif ?

Apparemment, « 11 % des personnes interrogées nourrissent des opinions « intensément » antisémites en validant six déclarations anti-juives ou plus, dans le questionnaire soumis aux sondés. Cela représente 28 millions d’Américains », écrit Forward. J’étais curieux de savoir quelles étaient ces opinions « intensément » antisémites. Apparemment, l’enquête se réfère à la liste suivante produite par l’ADL au début de 2020.

Selon l’ADL, en janvier dernier, « 44 % des personnes interrogées étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les Juifs sont plus solidaires entre eux que les autres Américains », 25 % étaient d’accord avec le fait que « les Juifs aiment toujours être à la tête des affaires » et 24 % pensaient que « les Juifs sont plus loyaux envers Israël qu’envers l’Amérique ».

Les Américains devraient être ravis des conclusions de l’ADL et de la récente étude sur l’attitude des « millénials » à l’égard des Juifs. Ces études suggèrent que malgré la tyrannie du politiquement correct, les Américains, en général et la génération Y en particulier, ne sont pas aveugles à la réalité dans laquelle ils vivent. Ils pensent toujours de manière indépendante et authentique. Pourtant, malgré le fait que près de la moitié des Américains admettent être conscients de la culture exclusiviste des clans juifs, l’Amérique est bienveillante envers ses Juifs car la paix et l’harmonie sont ancrées dans son ethos chrétien. Une question doit cependant être soulevée. Si l’ADL et la récente étude sur l’holocauste représentent les attitudes des Juifs américains envers leurs voisins gentils, cela pourrait révéler que 2 % de la population américaine désapprouvent les vues légitimes de 44 % des Américains comme étant « antisémites ». Près de la moitié des Américains sont fustigés comme « racistes » pour avoir remarqué la notion généralement acceptée selon laquelle « les Juifs se serrent les coudes ». Ce faisant, l’ADL & Co confirme en fait que, du point de vue juif, il s’agit « d’un petit nombre et non d’un grand nombre ».

Certes, la situation est potentiellement explosive. Néanmoins, si la lutte contre l’antisémitisme est si importante pour les Juifs américains, peut-être que des personnes comme Alan Dershowitz, qui lutte désespérément pour laver son nom des allégations de relations sexuelles avec des mineurs [il était l’avocat de Jeffrey Epstein, et Virginia Roberts Giuffre l’accuse d’avoir participé à ses orgies], ne sont pas les mieux placés pour prêcher aux Américains sur ce qu’ils devraient lire et en matière d’histoire et l’éducation.

Regardez Alan Dershowitz prêcher au peuple américain sur l’histoire et la moralité, dans son allocution pour le Nouvel An juif: [en résumé: les jeunes américains antisémites (20% des 17-39 ans) sont des gens qui pensent que ce sont les juifs qui ont provoqué le grand H; Ceux qui en ont entendu parler estiment que le grand H a peut-être fait 2 millions de victimes. Pour d’autres, c’est juste un mythe; pour d’autres encore, il n’y a pas eu d’H du tout. Pour eux l’histoire commence avec Black Lives Matter, ou un accès de rouspétance de Palestiniens, ou une bataille pour les transgenres; ils ne savent pas qu’il ya eu la révolution française, ou russe. Il ne savent pas que les juifs ne pouvaient pas entrer aux USA avant et pendant la guerre, ni que le président canadien disait pour ceux qui fuyaient les chambres à gaz: « accueillir un seul rescapé ce serait déjà un de trop ». Ils ne le savent même pas, ils ne s’intéressent qu’aux Blacks et aux indigènes. Ou aux femmes ou à autre chose, mais on ne devrait pas bannir les excellents livres sur l’H, dans les grands centres éducatifs. C’est de l’ignorance abyssale. Un Palestinien héroïque a voulu créer un musée du grand H en Cisjordanie, de cet holocauste dont les palestiniens sont responsables, car leurs dirigeants étaient alliés à Hitler. Etc.]

[1] Selon France Culture « Les Millenials sont des individus devenus adultes aux environs de l’an 2000. Une génération de consommateurs mais aussi de gens de pouvoir, il parait par exemple qu’un Millennial gouverne la France. Alors, les Millenials sont nombreux – 2 milliards, à la louche. En Chine seule, ils sont 400 millions. Mais précisément, ils sont tellement nombreux qu’il est évidemment impossible de leur conférer une quelconque homogénéité, et c’est cela le paradoxe : depuis quand avoir le même âge veut dire se ressembler ?

Les Millenials n’ont pour seul point commun que la biologie : leurs cellules se sont développées entre 1980 et 2000. La multiplication du discours sur cette pseudo classe montre la manière dont la sociologie est en train de se dissoudre dans le marketing. Les Millenials intéressent parce qu’étant 2 milliards, ils dépensent un pognon de dingue, d’où les études qui leurs sont consacrées.

Face à cette pseudo notion de Millenials, le Marx sociologue se retournerait doublement dans sa tombe. L’idée marxiste, c’est qu’une condition économique façonne mode de vie et vision du monde. Une idée popularisée au point d’avoir donné du boulot aux sondeurs et marketeurs qui étudient les CSP, les catégories socio-professionnelles. Alors, certes, à un certain niveau de généralité, être né au même moment provoque des comportements communs, mais les disparités de revenus, et de situations sociales, sont telles qu’il n’y a rien d’homogène dans le comportement de ces personnes. Leur prêter un mode de vie commun marque en fait l’oubli définitif d’une approche sociologique véritable.

Parler de Millenials, c’est faire croire qu’une classe d’âge équivaut à une classe de consommateurs. La diffusion de ce terme révèle l’emprise donc que le marketing possède sur notre monde. Parce qu’il paraît que les plus aisés des Millenials achètent des produits de griffe, s’étourdissent dans la consommation. Ce n’est pas leur identité commune de Millenials qui les incite à consommer de manière identique, ce sont les difficultés de cette génération qui l’incite à s’abîmer dans la consommation. Comme si leur fétichisme de la marchandise marquait un retour aux sociétés primitives. (4 février 2019)