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La géopolitique autrement, pour mieux la comprendre…


Chroniques du Grand jeu

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28 Août 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Dans la cuisine indienne, le masala est un mélange détonnant d’épices diverses et variées. Aucun mot n’est plus indiqué pour qualifier la situation autour d’Alep. Et d’abord, une carte pour comprendre l’invraisemblable imbrication des forces en présence – les YPG kurdes en jaune, l’EI en marron, les djihadistes non-Daech en vert, les loyalistes en rouge et enfin, derniers venus, les Turcs en bleu :
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Tout ce joli monde se bombarde joyeusement et mutuellement à deux exceptions près : d’une part, l’alliance de facto entre l’armée syrienne et les Kurdes est ici réelle, contrairement à ce qui s’est passé à Hassaké ; d’autre part, les Turcs sont alliés aux djihadistes non-Daech. Sinon, c’est la foire d’empoigne.

A Alep même (l’escargot rouge s’enroulant sur lui-même), les djihadistes sont saignés à blanc pour garder l’étroit corridor (vert) encore ouvert vers la ville mais où le ravitaillement de masse ne peut plus passer. L’armée a en effet pris plusieurs collines surplombant la route qui se trouve ainsi sous le feu constant de l’artillerie. Jour après jour, les barbus se lancent à l’assaut de ces collines et jour après jour, ils échouent en subissant de lourdes pertes. Hier, un énième commandant d’Ahrar al-Cham y a rejoint ses 99 vierges :

Quand au corridor lui-même, les loyalistes avancent doucement mais sûrement, bénéficiant de l’arrivée de renforts à mesure que les autres fronts deviennent plus calmes. Ainsi, la libération de Daraya, dans la banlieue de Damas, au terme d’un accord d’évacuation, permettra aux milliers de soldats qui entouraient cette entêtée enclave de rejoindre le front du nord.

Et entre les Kurdes et les Turcs me direz-vous… La situation est tout sauf claire. Sur la foi de sources crédibles, nous annoncions dans le dernier billet que les YPG avaient quitté Manbij en y laissant leurs alliés arabes des SDF, mais nous avertissions aussi que les rapports étaient quelque peu contradictoires. De fait, c’est le flou le plus total.

Les milices arabes alliés des Kurdes au sein de ces SDF affirment avoir été bombardées par des avions turcs, ce qui tendrait à prouver que les Kurdes eux-mêmes ont bien quitté les lieux. Incidemment, on ne peut que sourire à cette nouvelle facétie du destin : les soldats d’Ankara soutenus par Washington canonnent des rebelles soutenus par Washington qui promettent d’ailleurs maintenant de repousser les Turcs. Il paraît que Barrack à frites est parti jouer au golf…

Mais dans le même temps, des unités kurdes continuent leur avance vers Al Bab, bien à l’ouest de l’Euphrate, à la grande rage d’Erdogan qui est précisément intervenu pour empêcher cela. Par ailleurs, des combats directs entre YPG et soldats sultanesques ont eu lieu près de Jarablous, entraînant les premières pertes turques (ça n’a pas traîné…) Un carton que ne renierait pas James Bond :