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La malédiction de la huitième décennie et la fin d’Israël


Le Cri des Peuples

lecridespeuples

Juin 7

Par le Dr Mohammad Makram Balawi

Source : Middle East Monitor, 12 mai 2022

Traduction : lecridespeuples.fr

J’avais écrit un article sur la conviction d’une grande partie des Palestiniens que la seconde moitié de la huitième décennie de l’État d’Israël serait le début de la fin de l’entité, mais il m’est apparu clairement que les Israéliens ont également, d’une manière ou d’une autre, cette conviction, en particulier les dirigeants de l’élite politique israélienne qui prennent cette croyance/obsession très au sérieux.

Le premier qui s’est exprimé dans ce sens et l’a invoqué parmi les premiers ministres d’Israël est peut-être Benjamin Netanyahou, qui a affirmé que son maintien au poste de premier ministre était la seule garantie de la continuité d’Israël après sa huitième décennie et au-delà d’un siècle, contrairement à l’histoire des Juifs qui n’ont jamais eu d’État qui a duré plus de huit décennies. Ensuite, le discours de Naftali Bennett, l’actuel Premier ministre d’Israël, durant sa campagne électorale de 2020, dans lequel il a fait écho aux mêmes sentiments et a exhorté les électeurs juifs à soutenir la coalition Bleu et Blanc qu’il dirige, afin de surmonter la huitième décennie en toute sécurité et d’assurer la continuité de l’État d’Israël après sa quatre-vingtième année. Ehoud Barak, l’ancien Premier ministre d’Israël, confirme par écrit le même complexe, celui de la peur de la survie. Il est important de garder à l’esprit que les personnes mentionnées ne sont pas seulement quelques rabbins qui croient en des superstitions religieuses sans lien avec la réalité, mais qu’il s’agit plutôt des dirigeants politiques d’Israël.

Israeli Prime Minister Naftali Bennett in Jerusalem, on April 27, 2022 [MENAHEM KAHANA/AFP via Getty Images]

La question importante ici est de savoir pourquoi cette peur de l’avenir, malgré toutes les manifestations de force qu’Israël a tenu à afficher, directement ou indirectement ? Pourquoi cette peur, malgré tout le soutien financier, militaire et juridique américain et européen, qui a fait d’Israël une entité au-dessus des lois et immunisée face à toute critique, et qui l’a protégé dans les institutions internationales, y compris le Conseil de sécurité et les grands médias mondiaux ? Israël a obtenu des systèmes d’armes américains qui n’existent qu’aux États-Unis d’Amérique et dispose du plus grand stock d’armes américaines, tout en bénéficiant d’un avantage militaire dont aucun pays de la région ne bénéficie, à savoir l’arme nucléaire.

Voir Nasrallah et Khamenei annoncent la disparition imminente d’Israël

Les dirigeants israéliens se sont longtemps vantés de la pénétration d’Israël dans l’élite politique arabe et de son attrait pour des pays arabes influents tels que l’Égypte, le Maroc, les Émirats, la Jordanie et d’autres, et ils ont également réussi à subjuguer complètement l’Autorité palestinienne et à en faire un outil de sécurité à leur botte, sans compter le rôle d’Israël dans la provocation de troubles dans les pays arabes qui l’entourent, comme l’Irak, la Syrie et le Soudan. Israël s’est efforcé d’imposer un blocus économique étouffant à l’Iran, sous le prétexte de sa possible production d’une bombe nucléaire qui pourrait menacer la sécurité d’Israël, et a tout fait pour que ce soit un État paria au sein de la communauté internationale.

Malgré tout cela, Israël souffre toujours d’un complexe chronique de peur, un complexe qui se reflète dans le discours public de ses intellectuels, journalistes, universitaires, penseurs, dans les discours de ses premiers ministres et dans la peur de ses citoyens face à l’avenir, qui voient dans la double citoyenneté un canot de sauvetage à l’approche de tout danger. Ils philosophent sur cette horreur existentielle de l’avenir à partir de l’histoire juive, mais en font plutôt un phénomène cosmique qui transcende les civilisations et les siècles, comme l’a fait Ehoud Barak il y a quelques jours dans les pages du Yedioth Ahronoth, parce que – apparemment – ils ne voient pas le monde en dehors de leur expérience subjective limitée.

Voir Nasrallah : ‘Israël n’est pas un État juif et sera détruit, les colons seront expulsés ou décimés’ et Khamenei : Israël est une page sombre de l’histoire qui va se refermer

Nous les voyons à chaque tournant historique, ou événement important sur le plan extérieur ou intérieur, engager une discussion sur l’avenir d’Israël et sa capacité à survivre. Il s’agit, en effet, d’une situation rare, car il est rare de trouver un pays dans le monde entier qui discute de l’idée de sa survie ou de sa continuité ; un dirigeant ou un parti peut perdre le pouvoir, et l’État peut passer d’un régime à un autre ou d’une forme à une autre, mais il ne vient pas à l’esprit de son élite ou de ses citoyens que le peuple, le pays et l’État sont sujets à l’extinction. Nous avons vu l’Union soviétique s’effondrer, mais ses peuples sont restés, et l’État s’est transformé en entités plus petites ; il est passé d’un régime à un autre, mais il n’a pas péri. Nous avons vu comment la Yougoslavie s’est brisée en petits morceaux, mais le peuple, la culture et l’État sont restés.

Il est vrai que l’Allemagne a subi un coup dur lors de la Seconde Guerre mondiale et a été divisée en deux parties, mais elle s’est redressée à la fin et a réalisé l’unité, mais la situation en Israël n’est pas du tout comme cela.

L’ancien Premier ministre d’Israël, le commandant de son armée et son général le plus décoré, Ehoud Barak, a placé le danger de la division interne avant les menaces extérieures, et l’a considéré comme le plus grand danger qui guette sa survie. Même les ambitions nucléaires de l’Iran ne constituent pas une menace existentielle. Même s’il réussissait à produire une bombe nucléaire, il ne serait pas en mesure de l’utiliser contre Israël, et cette prétendue arme nucléaire ne serait qu’une arme de dissuasion.

Voir Khamenei : l’arme nucléaire est illicite en Islam, l’Occident craint un Iran développé et indépendant

Il ne fait aucun doute que les préoccupations d’Ehoud Barak ne sont pas sorties de nulle part, car Israël est une entité pleine de contradictions, que quelqu’un comme Netanyahou a tenu à présenter comme une sorte de diversité bénigne et disciplinée, à l’image de ce qui se passe aux États-Unis d’Amérique.

Un groupe non homogène d’ethnies, de cultures, de loyautés et d’idéologies, que même la religion juive, qu’ils rassemblent sous sa bannière, n’est pas capable d’unir. Au contraire, la religion divise les Israéliens, et pourrait allumer le feu d’une guerre de religion interne qui pourrait réduire Israël en cendres. Nous en avons vu la crédibilité à travers les clips vidéo qui montrent une dispute entre deux rabbins, dont l’un est de la secte Haredi et l’autre du sionisme religieux, lorsque le premier a accusé le second d’être responsable de l’opération El-Ad menée par deux Palestiniens contre un groupe de colons, et a déclaré que leur exploitation de la religion, contraire à l’enseignement de la Torah, et leurs provocations continues des sentiments des musulmans en prenant d’assaut la mosquée Al-Aqsa est ce qui incite les Palestiniens et les pousse à se venger et à tuer les Juifs, et que ce sont eux qui paient le prix des erreurs du sionisme religieux.

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Les Neturei Karta, avocats de la destruction d’Israël au nom du judaïsme authentique.

L’état de rivalité politique et religieuse menace aujourd’hui la chute du gouvernement Bennett, et la tenue de nouvelles élections qui pourraient approfondir l’état de division et de polarisation interne, et les élections – dans ce cas – seront les quatrièmes à avoir lieu dans une période de deux ans, ce qui signifie que la durée de vie moyenne d’un seul gouvernement ne dépasse pas six mois, ce qui est une indication de l’échec du système gouvernemental en Israël et de la faillite de la classe politique israélienne.

Hier matin, l’armée israélienne a assassiné – comme elle l’a fait d’innombrables fois auparavant – la journaliste de Cisjordanie, Shireen Abu Akleh, qui possède la nationalité américaine en plus de sa nationalité palestinienne. Dès le premier instant, les Israéliens ont tenté de suivre leur stratégie habituelle consistant à transférer la responsabilité de leurs actions criminelles à la partie palestinienne, bien que cela soit pratiquement impossible, en supposant qu’en prétendant enquêter sur l’incident, ils absorberaient le ressentiment populaire et finiraient par sortir une déclaration froide et à interprétations multiples niant la responsabilité criminelle de l’occupation et de ses soldats.

Voir Nasrallah : le sang de la journaliste Shireen Abu Aqleh est sur les mains des dirigeants arabes

C’est ce type de comportement arrogant et de mépris de la vérité qui poussera tous ceux qui soutiennent Israël à l’abandonner, et qui transformera progressivement le conflit en un conflit interne à force de tenir la partie de l’autre responsable de l’échec chronique dont souffre Israël, et non les prophéties bibliques, ni l’interprétation arbitraire des événements de l’histoire. L’obsession dont souffrent les Israéliens deviendra une réalité tangible en raison de leurs actions irréfléchies, et non en raison d’événements surnaturels.

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