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Lâcheront-ils ?


France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.

Publié par Gilles Munier sur 16 Juillet 2019, 07:21am

Catégories : #Palestine, #Gaza, #Sionisme

Par Maurice Buttin (revue de presse : Courrier du CVPR – n° 73 -15 juin 2019)

Le conseiller et gendre de Donald Trump a présenté le 3 mai les contours de son plan de paix israélo-palestinien – le « deal du siècle », si l’on en croit le Président étasunien – préparé en secret, depuis des mois, par une équipe très proche des dirigeants israéliens.

Ce plan ignore les sempiternels paramètres de la solution à deux Etats. C’est pourtant la seule qui serait conforme au droit international, en particulier aux résolutions 242 et 338 du Conseil de Sécurité, sans oublier la résolution 181 de l’Assemblée Générale de l’ONU, du 29 novembre 1947, décidant le partage de la Palestine mandataire, résolution dûment acceptée par le gouvernement israélien en vue de l’adhésion de l’État israélien à l’ONU en 1949.

Il ignore tout autant la proclamation de l’Etat de Palestine par le Conseil National Palestinien, réuni en Alger le 15 novembre 1988, sur les seuls 22 % du mandat britannique occupés en juin 1967 par les Israéliens. De même, l’adhésion le 29 novembre 2012 de la Palestine à l’ONU, comme Etat observateur non-membre, un statut identique à celui dont dispose le Vatican.

Mais qu’importe à Donald Trump et à son gendre, Jared Kushner, le droit international ! Pour le Président étasunien, élu à l’étonnement général il y a bientôt trente mois grâce à son immense fortune. Comme il le disait, en mars 2011, à New York, à Raphaël Glucksmann (1) : « I will be président, you will see. Because I am the best ». (…) Il a été élu contre le « système corrompu », tout en faisant de ses propres fraudes fiscales la preuve de son « intelligence » (…) C’est l’homme privé, le businessman que ses partisans plébiscitent bien plus que le parti qu’il représente. (…) Plus les riches sont riches, plus ils injectent de l’argent dans les campagnes électorales »

Et c’est par ce fric – des incitations économiques considérables, des milliards de dollars accordés aux Palestiniens pour « améliorer leur vie », que Donald Trump entend les acheter !

N’a-t-il pas été informé que depuis le meurtre d’une israélienne en février, le gouvernement israélien a annoncé qu’il gèlerait chaque mois environ 10 millions de dollars dus à l’Autorité palestinienne, soustraits de la TVA et des droits de douane prélevés sur les produits importés par les Palestiniens, censés devoir être régulièrement reversés à cette Autorité en raison des « accords de paix » ? Le motif invoqué : la somme représente des allocations versées aux familles des « terroristes » Palestiniens emprisonnés…

Soyons clair : ainsi l’État israélien vole au peuple palestinien non seulement ses terres qu’il occupe, mais les fonds lui revenant !

La réponse de l‘Autorité palestinienne a été catégorique. Elle a décidé de faire une croix sur la totalité des droits de TVA et de douane qu’elle devait récupérer.

Et, le 21 avril, les États de la Ligue arabe, réunis d’urgence au Caire, en la personne de leurs ministres des Affaires étrangères, se sont engagés à compenser au profit du budget palestinien les mesures de rétorsion prises par le gouvernement israélien. Ils ont décidé de mettre à exécution la promesse, issue du sommet des dirigeants arabes, tenu à Tunis le 1er avril, pour la mise en œuvre d’un filet de 100 millions de dollars US, chaque mois au profit de la Palestine.

Les ministres des Affaires étrangères, dans le communiqué final, ont également indiqué que les États arabes n’accepteront aucun plan ou accord qui serait en désaccord avec les références internationales pour la résiliation de la question palestinienne, en particulier l’initiative arabe de paix et le principe des territoires contre la paix.

« La cause palestinienne constitue pour le Maroc une question essentielle et centrale » a souligné la secrétaire d’État auprès du ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Mme Mounia Boucetta. « Le Royaume ne cesse d’appuyer les différentes initiatives arabes régionales et internationales défendant les droits légitimes des Palestiniens » a-t-elle ajouté. Elle a mentionné à ce sujet l’Appel solennel sur le statut de la ville de Jérusalem, signé récemment à Rabat par S.M. Mohammed VI et le Pape François. Cet Appel a fortement déplu au gouvernement israélien, et, sans nulle doute, aux sionistes chrétiens, membres des églises évangéliques étasuniennes : « Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem/ Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité, et, par dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue. Dans ce but, doivent être conservés et promus, le caractère spécifique multireligieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem/Al Qods Acharif ».

A noter qu’en marge du sommet du 1er avril, le peuple tunisien, lors d’une manifestation organisée à l’encontre de certains dirigeants arabes et notamment saoudiens ont scandé « La Palestine n’est pas à vendre, O dirigeants de la normalisation ! »

Certains dirigeants arabes (Arabie saoudite ? Émirats arabes Unis ?) oublieront-ils demain, voire renieront-ils, ces engagements en faveur de la Palestine occupée et du peuple palestinien ?

J’ose espérer que non.

Si oui, hélas, ils ne seraient que des traitres à la cause palestinienne !

Me Maurice Buttin est Président d’honneur du CVPR PO (Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient).

(1) « Les enfants du vide » Allary Editions.

About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.