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Le containment et l’imbroglio syrien


Par Ahmed Halfaoui
mercredi 9 octobre 2013,

Durant la dernière décennie, l’impérialisme étatsunien a subi de dures défaites. Dans sa chasse gardée, l’Amérique du Sud, il ne contrôle presque plus les montées populaires ou les nationalismes souverainistes, qui ont irrésistiblement remplacé ces dictatures bénies des multinationales. Autant de rétrécissement de son espace vital. Autour, de sérieux prétendants s’invitent, qui lui disputent le monde qu’il a cru avoir « libéré » après la « chute du mur de Berlin » et l’effondrement des bureaucraties du bloc de Varsovie, au profit de la prise de pouvoir par des affairistes et des partisans de la « libre-entreprise ».

Cette situation, qui précarise les conditions nécessaires à la nature expansionniste du marché, est aggravée par une crise systémique profonde qui affecte les Etats-Unis et l’Europe, leur périphérie immédiate. Une peur a donc gagné la Maison-Blanche et les états-majors de l’OTAN. Une peur exacerbée par la chute de deux alliés en Afrique du Nord, la Tunisie et l’ Egypte, sous le coup de la révolte des populations contre les politiques économiques libérales, génératrices de chômage, d’exclusion et de paupérisation de larges couches de la société. Des craquements qui rappellent douloureusement le syndrome sud-américain, par la menace qu’ils représentent sur l’édifice de la mondialisation capitaliste.

Ainsi trois fronts ont été ouverts. Le premier est celui de la lutte contre les « débordements » potentiels des révolutions vers des remises en causes radicales du libéralisme. Le deuxième est d’éviter que les « surprises » tunisienne et égyptienne ne se reproduisent, en activant, s’il le faut une contre-révolution, grâce à des relais locaux, prêts à l’emploi et destinés à servir de leurres, surtout en focalisant la colère populaire sur les concepts de « liberté », de « démocratie » et de « droits de l’Homme ». Le troisième front est ouvert contre les Russes, les Chinois et tous les concurrents potentiels, afin de réaliser leur « containment », selon la doctrine mise en œuvre durant la guerre froide, pour le Moyen-Orient.

Le principe de la doctrine du « containment », remise au goût du jour, est l’endiguement de l’adversaire « par tous les moyens ». C’est ce qui est à l’œuvre en Syrie, un théâtre qui intègre, au départ, une dynamique sociale interne, hostile aux mesures néolibérales, qui ont produit un lumpen prolétariat massif, une influence de la Russie et de la Chine, alliées au pouvoir en place et, enfin, ce que certains analystes appellent « les Fantassins de l’empire anglo-saxon », favorablement désignés par les médias dominants, dans la confusion de la guerre en cours, comme « combattants de la liberté ». Sauf que l’imbroglio est total dans les rangs de « l’opposition » armée, ce qui rend extrêmement difficile de la contrôler et provoque beaucoup d’hésitation quant au ciblage de ceux qu’il faut soutenir financièrement et militairement.

Le précédent afghan pèse encore de tout son poids dans les décisions des Etats-Unis, obligé qu’ils sont d’affronter une résistance qu’ils avaient contribué à faire émerger. Un problème auquel il faut adjoindre le jeu « propre compte » des pétromonarchies, plutôt préoccupées, elles, de juguler aussi la « démocratie », même sous sa forme tronquée et formatée. Ce qui explique la possibilité d’un échec cuisant dans la région, qui aggravera le recul de l’influence occidentale et favorisera un rééquilibrage des forces à l’échelle mondiale.

Ahmed Halfaoui
mercredi 09 octobre 2013

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