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Le droit d’être informé bafoué


 

© Ahmed Halfaoui

 

Grâce à internet, ou plutôt malgré lui, une presse alternative a pu exister et se développer. Une nouvelle race de journalistes, de métier ou improvisés, voire militants, se font un devoir de batailler contre une information de plus en plus empoisonnée. Maintenant que tous les grands médias sont entre les mains de la grande finance, cette tendance vient apporter une bouffée d’oxygène et maintenir autant que faire se peut la vérité. Contre vents et marées, elle gagne en puissance et élargit son audience au prorata de la prise de conscience de la désinformation délibérée et amorale. Passons sur la fabrication des sujets, sur le monde dit arabe, en brûlots propagandistes, dont nous avons eu à mesurer la nuisance, il y a aussi d’autres cibles de la guerre médiatique qui peuvent moins intéresser, mais dont les attaques subies ne sont pas moins instructives. La Russie, qui a pourtant cessé d’être communiste, n’en continue pas moins d’être victime d’une presse déchaînée. Des intellectuels viennent, par exemple, de relever qu’un sondage, qui concluait que 22% de Russes souhaiteraient émigrer, a servi à des développements alarmants sur le sujet. On apprend que 1,2 million de Russes auraient quitté leur pays en seulement trois ans. Nos chasseurs de mensonges ont vite fait de faire tomber celui-là. Les menteurs ont pour source une discussion retransmise sur une radio d’opposition «Echo de Moscou». Sergueï Stépachine (président de la Cour des comptes) disait à un interlocuteur : «1.250.000. Voilà à peu près combien sont partis depuis 1917». C’est-à-dire depuis 95 ans et non 3 ans. Le Service fédéral des migrations (FMS) est ensuite cité par les menteurs, ainsi : «300 à 350.000 Russes partent chaque année travailler à l’étranger. Combien reviennent, il ne l’a pas dit». La vraie phrase prononcée étant celle-ci : «Chaque année 300.000 Russes partent de Russie, dont 40.000 pour aller résider définitivement à l’étranger. Ce chiffre était de 70.000 en gros avant la crise, mais il s’est réduit. De tous les Russes qui sortent du pays, à peu près 30 à 40.000 quittent le pays pour aller résider définitivement à l’étranger». En réalité, depuis 2008, 105.544 Russes ont émigré définitivement, dont 37.894 vers l’étranger lointain. Concernant le sondage, base des élucubrations, nos amoureux de la vérité vont faire des comparaisons avec d’autres jeunes d’autres pays. En 2006, bien avant la «crise», 25% des jeunes Britanniques souhaitaient émigrer. En décembre 2010, ils sont 33% à rêver d’ailleurs. Mais la Grande-Bretagne fait partie du bon camp médiatique, il ne s’y passe jamais rien qu’on puisse reprocher à un pouvoir membre actif de l’OTAN. Par contre, le Venezuela, l’Iran, la Chine, la Russie et d’autres ne doivent rien offrir qu’un visage hideux, tant qu’il s’agira de travailler à les déstabiliser, dans le sens qu’il faut s’entend, jusqu’à les voir s’inscrire, comme rêvé et projeté, dans la sphère d’influence d’un empire en quête désespérée d’hégémonie mondiale. Au prix assumé de tromper ouvertement des opinions publiques, censées vivre en démocratie et dans la transparence, selon un contrat social présenté comme modèle universel de gouvernance.

Par Ahmed Halfaoui lesdebats.com