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« Le Hezbollah a gagné une partie contre les USA ». Les carburants affluent au Liban


Publié par Gilles Munier sur 18 Septembre 2021, 07:50am

Catégories : #Liban

« Tu as brisé leur blocus et cassé leur puissance » (Slogan sur la banderole)

Revue de presse : Al Manar (17/9/21)*

Selon le quotidien américain New York Time le Hezbollah a remporté une patrie contre les Etats-Unis en acheminant du fuel iranien pour contrer les pénuries en hydrocarbures dont souffre le Liban ces derniers mois et qui a paralysé divers secteurs économiques vitaux.

« La crise des carburants a provoqué un face-à-face entre le Hezbollah et ses alliés d’une part et les Etats-Unis de l’autre, sur l’action qu’il faudrait entreprendre au plus vite pour alléger les souffrances des gens. Dans cette concurrence le Hezbollah a gagné, du moins hier », a écrit le journal au lendemain de l’arrivée au Liban, jeudi 16 septembre, de plus de 100 camions citernes transportant du fuel iranien qui avait été déchargé dans le port syrien de Banias. Le tanker iranien transporte 13.2 millions de gallons selon le responsable du bureau médiatique du Hezbollah.

Depuis la Bekaa, sa première destination, le fuel iranien est arrivé dans la banlieue sud de Beyrouth ce vendredi et des dizaines de camions citernes se sont garées dans le stade d’Achoura dans l’un de ses quartiers. Selon la Société de carburants Amana, chargée de sa distribution, 65 camions sont arrivés dans la nuit de vendredi sur les 102 qui sont entrés le jeudi 16 septembre, dans la région de la Békaa à l’est.

« Deux catégories bénéficieront du mazout iranien. La première le recevra gratuitement. La seconde devra en payer le prix », a indiqué le directeur de cette société Oussama Olleik.

Il a réitéré que les hôpitaux publics, les maisons de retraite, les orphelinats et les centres pour handicapés ainsi que les sociétés d’eau et les mairies les plus pauvres auront la priorité pour bénéficier gratuitement du mazout iranien. Il a expliqué que des comités d’actions ont été mis au point pour superviser cette distribution.

Le gas-oil irakien

Pour le bonheur des Libanais, après le mazout iranien, c’est le gas-oil irakien qui est arrivé au Liban.

Ce vendredi a accosté dans un port de la ville de Tripoli le premier navire transportant la première cargaison de pétrole irakien.
Il devra vider sa cargaison estimée à 31 mille tonnes dans deux centrales électriques : celle de Der Ammar au nord du pays et celle de Zahrani au sud de Beyrouth. Une deuxième cargaison devrait venir la semaine prochaine. La plupart des régions libanaises souffrent d’une coupure du courant électrique de 22 heures par jour que les sociétés privées de générateurs peinent à compenser.

L’ancien gouvernement libanais avait convenu avec le gouvernement irakien le mois de juillet dernier de livrer au Liban une tonne de pétrole pendant un an pour faire face à la pénurie qui le frappe sur fond de la pire crise économique et financière de son histoire qu’il traverse. Celle-ci est marquée entre autres par un assèchement de ses devises étrangères, la dépréciation de sa monnaie nationale et une inflation énorme.
Les pénuries d’essence et de mazout ont paralysé divers secteurs vitaux au pays du Cèdre.

A titre d’exemple, dans la capitale du sud du Liban Saida, les secteurs industriels commerciaux et agricoles ont subi 50% de pertes. Des dizaines de sociétés médicales, humanitaires ont présenté des demandes pour s’acquérir du mazout iranien.

« Les bien-aimés sont devenus nombreux »

« Nous ne savons d’où les convois de mazout, d’essence et de pétrole vont encore venir. Les bien-aimés sont devenus nombreux à tel point que nous pourrions exporter du pétrole sans démarcation des frontières maritimes et sans exploration ni au sud, ni en mer ni en terre », a tweeté le chef druze de la Rencontre démocratique Walid Joumblatt.

Selon de nombreux observateurs, c’est la décision du Hezbollah d’importer du fuel iranien exprimé par son numéro un sayed Hassan Nasrallah depuis un mois qui a lancé et accéléré la dynamique en faveur de l’approvisionner en hydrocarbures.

Ils ont constaté comment au lendemain de son discours, l’ambassadrice américaine au Liban Dorothy Shea s’est précipitée pour permettre au Liban d’importer du gaz depuis l’Egypte et de l’électricité depuis la Jordanie, quand bien même ils devraient passer par la Syrie, au détriment des sanctions imposées par son pays à ce dernier dans le cadre de l’Acte César. Alors qu’elle regardait auparavant sans broncher les longues files d’attente devant les stations-services et les appels de détresse lancés par les différentes sociétés économiques vitales, dont les hôpitaux, les boulangeries.

« Une victoire pour le Hezbollah »

Interrogé par une télévision locale, le député du Hezbollah Hussein Haj Hassan a assuré que la Résistance considère l’embargo comme étant un blocus contre les Libanais.

« Ce qu’il s’est passé est une victoire qui aura des dimensions politiques, économiques et morales », a-t-il affirmé, estimant que les Etats-Unis sont impuissants devant les images du blocus brisé.

Selon le NYT, « les images du Hezbollah lors de l’arrivée du convoi le jeudi avec des mots héroïques disant qu’il a brisé le blocus américain est une idée que de nombreux libanais vont adopter à fortiori ». Estimant que « la souffrance des Libanais était tellement profonde qu’il était improbable que les Etats-Unis punissent quiconque accepte le fuel iranien soumis aux sanctions ».

« Je ne suis pas sûr à quel point les Etats-Unis sont disposés à prendre des risques en imposant des sanctions aux habitants nécessiteux. Ceci pourrait profondément altérer l’image des USA en les montrant dures et extrémistes. Ceci est en soi une victoire du Hezbollah », a jugé pour sa part, Mouhannad al-Haj de l’Institut Carnegie pour le NYT.

« Les mesure américaines sont lentes »

Or d’autres experts ont mis en garde les Etats-Unis de laisser le Hezbollah briser ainsi le blocus pétrolier.

« Les gens ordinaires sont en train de mourir pour de vrai parce qu’ils manquent de toutes les denrées nécessaires : l’électricité, l’essence, l’eau voire même l’Internet. Pour eux toute petite amélioration est quelque chose d’extraordinaire. Et le Hezbollah pourrait en profiter. Même si de nouvelles sanctions sont prises contre le Liban, le Hezbollah pourrait l’entrainer loin de ses liens occidentaux et arabes… et le rapprocher de la Syrie, de l’Iran et pourquoi pas la Chine », a averti le professeur Habib Malek, qui enseigne à l’université libano-américaine de Beyrouth pour la radio Voix d’Amérique. Reprochant aux propositions de l’ambassadrice americaine d’être lentes, « comme si les Etats-Unis agissaient dans un cadre temporel irréaliste concernant la situation désastreuse qui sévit au Liban ».

« Washington devrait être consciente du besoin nécessaire d’aider les Libanais pour agir avec les organisations non gouvernementales pour changer les conditions sociales et économiques qui ont permis au Hezbollah et à d’autres acteurs non gouvernementaux de prospérer », a conseillé Robert Rabel, le professeur universitaire de l’Université Florida Atlantic pour le magazine National Interest.

A en croire le journaliste libanais Salem Zahrane, certaines mesures ont d’ores et déjà été prises, « la Finul ayant acheté du mazout en fresh dollars pour le distribuer aux hôpitaux afin qu’ils ne recourent pas à acheter le mazout iranien auprès du Hezbollah ». D’autres pourraient suivre le pas.

L’affluence pour s’acquérir le fuel iranien décidera si cette tactique est efficace. La balle est dans le camp des Libanais. Nombreux sont néanmoins persuadés de l’importance de la dynamique qui a été insufflée par la décision du Hezbollah .

*Source: Al Manar

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