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Le Hezbollah en Syrie: le bilan?


Driss

avr 11, 2014
Le Hezbollah en Syrie: le bilan?

traduit par Al Manar

«?L’opposition syrienne?» s’est empressée d’entrainer le Hezbollah dans sa bataille contre le régime syrien dès les premiers instants du déclenchement du conflit.
La seule raison derrière cet empressement fut – comme l’ont démontré les événements ultérieurs – la forte conviction des dirigeants de l’opposition de l’axe regroupant l’Occident, Israël, la Turquie et les pays du Golfe, selon laquelle la chute du régime nécessitera quelques semaines seulement.
Ceci a poussé l’opposition syrienne à réclamer essentiellement de lier le sort du Hezbollah à celui du régime syrien. A cela s’ajoute l’empressement des adversaires du Hezbollah au Liban d’effectuer ce même lien, vu leur conviction eux aussi qu’il n’est plus nécessaire de tenir compte du poids du Hezbollah puisque son écrasement est devenu imminent.

Le Hezbollah a compris tôt ces données, et est parvenu – via de moyens divers – à prendre connaissance de la politique adoptée par les opposants sur le terrain et dans leurs contacts avec l’extérieur.

Ceci a permis au Hezbollah de comprendre immédiatement la vision stratégique de ceux qui agissent fermement et rapidement pour exploiter des protestations populaires au profit d’un programme qui dépasse de loin les demandes de réformes.

Le Hezbollah a établi rapidement des conclusions, même s’il n’en a parlé que tard. Et ceci a facilité sa compréhension profonde du conflit entre l’axe de la résistance et l’axe regroupant Israël, les pays régionaux et internationaux. Mais, le feu rouge fut allumé par l’inimitié affichée par les forces principales de l’opposition. Malgré ce fait, le Hezbollah a continué d’avancer avec vigilance et lentement dans le champ de mines syrien, se contentant d’observer des fois, et jouant souvent le rôle de médiateur entre des opposants et le régime.

Les premières frontières contrôlées entre la Syrie et un pays voisin sont les frontières libanaises

Le Hezbollah réalisait et savait que l’activation par les forces de l’opposition des bases takfiries dans les milieux civils et populaires avait de multiples visées qui servent l’objectif principal contre le Hezbollah et la résistance.

Le vocabulaire confessionnel est apparu dans le traitement avec les partisans du régime, qu’ils soient des Syriens ou des non Syriens. Il était clair que l’entrainement de tout le monde dans une guerre à caractère confessionnel est devenu une revendication principale de la part des partisans des miliciens en Syrie. Ceux-ci avaient considéré que le fait de brandir le slogan de «?la guerre des sunnites?» pourrait accentuer le sentiment confessionnel et créer un terrain hostile principalement au Hezbollah.

En plus des tentatives d’attribuer les meurtres et les atrocités au Hezbollah, ceux-ci cherchaient un piège stratégique pour y entrainer le Hezbollah et ses partisans. Partant de cet objectif, ils ont essayé de porter atteinte aux lieux sacrés chiites, surtout au mausolée de Sayeda Zeinab situé au Sud de Damas.

Le Hezbollah s’est empressé de demander l’accord du commandement syrien pour déployer des groupes de ses combattants afin de prévenir la chute du mausolée dans les mains des miliciens. Tel était le premier indice publique sur l’intervention du Hezbollah.

Et pendant une longue période, les combattants du Hezbollah n’ont mené aucune offensive en Syrie. Au contraire, de nombreux combattants sont tombés en martyre alors qu’ils se positionnaient dans des points consacrés à défendre le mausolée.

Mais les choses ne se sont pas arrêtées là. Le Hezbollah n’ignorait pas que plusieurs parties cherchaient à nuire à la résistance. Il a été ébahi face au manque de vision politique chez les parties qui soutiennent les groupes armés et qui collaborent avec eux au Liban aussi.

Ce qui a eu lieu c’est que, dans un endroit non loin de la Syrie, là où se trouve la véritable chambre d’opérations, une partie bien connue a décidé de lever le niveau de la menace directe contre le Hezbollah. C’est ainsi que la décision d’alimenter une campagne médiatique internationale contre le Hezbollah fut prise, parce que ce parti se tient au côté du pouvoir du Président Bachar el-Assad, parallèlement à une campagne interne libanaise qui fait de ses armes la source du danger qui menace les Libanais.

Mais des mesures pratiques étaient nécessaires dans un point sensible pour le Hezbollah. Dans ce cadre est survenue «?l’erreur stratégique?» de cette opposition armée et de celui qui se tient derrière elle, lorsqu’une bataille «?d’épuration?» a été déclenchée dans les villages frontaliers dans le Hermel.

L’échéance de Qousseir s’est imposée sur l’environnement populaire du Hezbollah et ensuite sur son commandement. Ces opérations furent comme une invitation officielle et obligatoire au Hezbollah pour intervenir militairement et différemment cette fois en Syrie. En ce moment, l’opposition syrienne s’est lancée dans la confrontation militaire directe avec le Hezbollah.

Les longues frontières un an auparavant

Il y a un an, la carte géographique des frontières libano-syriennes montrait une ligne s’étendant de Talkalkh au nord vers la route Damas-Beyrouth au Sud, complètement sous le contrôle de l’opposition syrienne. En face de cette ligne, se situent les régions s’étendant de Wadi Khaled à Kfarzabad, passant par les régions montagneuses des villages de Baalbeck, Ersal et Hermel.

La ville de Qousseir fut le nœud de cette ligne. L’opposition a voulu en faire un point de départ pour reprendre le contrôle sur Homs, et séparer cette ville de Damas, et une base-arrière pour acheminer aux deux Ghoutas armes et combattants. La région du Qalamoun constitue la plus grande partie de cette ligne. Elle s’étend du Sud de Qousseir aux régions nord et ouest de la capitale. Cette ligne fut tout simplement une menace stratégique pour l’avenir du régime en Syrie et pour le Liban.

Le contrôle de cette région menaçait les chemins d’approvisionnement de la résistance, et les régions habitées par ses partisans au Liban. Par ailleurs, un autre danger qui ne peut être qualifié que de stratégique sur l’existence du Liban est celui de la proclamation d’un émirat d’al-Qaida et de ses alliés tout au long de l’autre côté de la frontière. Cet émirat s’élargissait de plus en plus.

Les crimes des groupes armés dans les villages provinciaux jouxtant la ville du Hermel ont frappé le cœur de la ville pro-résistance, lorsque le processus d’expulsion des habitants du bassin de l’Oronte a commencé fin septembre 2012.

Dans le Qalamoun, l’opposition n’a jamais cessé d’annexer des régions et des positions, se concentrant sur les frontières avec le Liban. Elle a profité du vide provoqué par le retrait forcé des unités d’élite de l’armée syrienne de cette région pour renforcer sa présence dans les alentours de Damas, surtout après la guerre de juillet 2012, date du début de déploiement massif de miliciens de l’opposition pour attaquer la capitale.

La résistance entame sa mobilisation

Dans cette période, la résistance a pris la plus grande décision de commencer à étudier la nature du terrain syrien jouxtant le Liban. Les équipes de renseignements ont commencé leur action dans les régions de Homs et dans la province de Damas où l’opposition mobilisait ses effectifs. Le danger des miliciens dans la région de Qousseir s’est accentué. Il est devenu vital de défendre les villages du bassin de l’Oronte (géographiquement syriens, et dont la population est un mélange de Libanais et de Syriens), juste après le début de l’expulsion par l’opposition des habitants de ces villages, en prélude à l’ouverture d’une route directe entre la ville de Qousseir et la région libanaise d’Akkar.

Fournir aux habitants de ces villages les moyens pour se défendre et protéger leurs terres n’a pas dissuadé les miliciens qui ont continué à essayer de s’étendre géographiquement et dans tous les sens. Pratiquement, ils ont éliminé les frontières entre le Liban et la Syrie. Ils ont établi des positions dans les territoires libanais, dans le jurd d’Ersal entre autre.

Et en face des villages libanais de Janta, Tfayl, Ham, Maaraboun et Nabi Chith, les équipes de renseignements de la résistance enregistraient ce qui était encore plus dangereux. Certaines brigades de l’opposition syrienne déployées dans la région œuvraient selon un programme ayant pour objectif de détecter les positions de la résistance, ses camps d’entrainements, et les routes qu’elle emprunte depuis des années à la limite des frontières libano-syriennes.

Sur cette base, et dans le but de casser la ligne frontalière établie par l’opposition, la décision de chasser les miliciens de Qousseir a été prise. Les groupes armés ont cherché à faire de la bataille de Qousseir une bataille décisive et stratégique contre le Hezbollah. Mais c’est le Hezbollah qui a réalisé une victoire décisive et stratégique. Il suffit de rappeler l’hystérie des pays de l’axe soutenant l’opposition, du Golfe à l’Occident passant par la Turquie. Par ailleurs, la victoire du Hezbollah a donné naissance à une motivation hystérique à la vengeance chez l’opposition.

S’agissant de l’armée syrienne, le partenariat avec le Hezbollah dans la planification militaire fut le facteur dont elle avait besoin sur le terrain. La raison principale est liée à l’esprit militaire du Hezbollah. Cet esprit est plus flexible et plus apte à s’adapter aux guerres de guérillas adoptées par les miliciens face à l’esprit militaire classique de l’armée. Les effets de ce point tournant se sont vus plus rapidement que prévu.

De Qousseir à Rankouss

La bataille de Qousseir a pris fin début juin 2013. Elle a asséné un coup dur à l’opposition armée qui s’est «?calmée?» un moment avant de reprendre son expansion. L’armée syrienne et le Hezbollah avaient progressé dans les deux Ghoutas orientales et occidentales de Damas et dans la province d’Alep. ?L’opposition a continué de s’étendre depuis le Qalamoun. Les opposants ont fait exprès de mener des batailles qui ont eu un écho médiatique, comme dans le village de Maaloula au Qalamoun, à Sadad et Mahin situées dans la province Sud de Homs et proches de Qalamoun, et ensuite à Qarra, Deir Atiyeh, Nabak au Qalamoun. La route Damas-Homs est devenue plus sure. L’opposition a levé, médiatiquement, le niveau de l’intimidation au sujet du Qalamoun.

De l’autre côté, les décideurs patientaient?: «?La nature sinueuse des Monts du Qalamoun nécessite une étude approfondie du terrain. Et si les miliciens de?Yabroud, Rankouss, et des autres villages du Qalamoun avaient assimilé les leçons précédentes et n’avaient pas constitué un danger pour le Liban ou pour Damas, ou pour la route Damas-Homs, il n’aurait pas été question de mener une bataille rapide dans la région?».

Il semble que les opposants n’aient pas tiré les leçons suffisantes de ces batailles, et ont commencé à utiliser leur point de contrôle dans le Qalamoun pour envoyer des voitures piégées au Liban, et lancer des roquettes sur la Békaa, en plus de leurs tentatives de s’étendre dans le Qalamoun, et soutenir les miliciens de l’opposition dans la Ghouta orientale précisément.

La décision de trancher militairement la bataille dans toute la région du Qalamoun et de fermer les frontières libano-syriennes a été annoncée. Les bons préparatifs pour la bataille, les tactiques des combattants du Hezbollah qui se sont répartis en petits groupes dans les rangs de l’armée syrienne, la grande capacité de feu, tous ces facteurs ont aidé à trancher rapidement les batailles dans le Qalamoun et dans la province de Homs (comme à al-Hosn), avec les moindres pertes humaines dans leurs rangs.

De la région de Naamat en face du Hermel, aux passages de la contrebande liés aux jurd d’Ersal, à Jarajir, Sahl, les fermes de Rima, puis Yabroud, Rass el-Ain, Flita, Rass Maarrah, arrivant à Rankous. La défaite psychologique était plus rapide de la défaite militaire. Selon les dirigeants sur le terrain, la fermeture complète des frontières libano-syriennes ne tardera pas, ce qui permettra de transporter d’importantes forces de l’armée syrienne et de la résistance du Qalamoun pour profiter d’elles dans d’autres régions de combat.

L’élargissement du rôle et des exploits

Loin du Qalamoun, l’expansion défensive du Hezbollah s’est étendue dans les alentours du mausolée de Sayeda Zeinab pour atteindre la superficie des deux Ghoutas orientale et occidentale et changer les équations sur le terrain à commencer par le siège de la capitale de la part des miliciens au siège des miliciens dans des régions séparées géographiquement à l’intérieur des deux Ghoutas.

La fin des menaces contre la capitale est survenue simultanément avec un changement similaire des équilibres de forces à Homs, «?capitale de la révolution?». C’est ainsi que les forces syriennes ont repris l’initiative, repris le contrôle de la plupart des quartiers de la ville et assiégé les miliciens dans le reste des quartiers. Après Homs, ce fut le tour d’Alep dont le siège a été levé et la route de l’aéroport ouverte à Safira et Khanasser, ensuite Talkalkh et Qasrine et leurs alentours dans la province ouest de Homs à la frontière d’Akkar avec le Liban, arrivant à la dernière bataille de Qalamoun.

Dans le cadre des changements qu’a connu le terrain syrien depuis la bataille de Qousseir à ce jour, on peut s’attarder sur plusieurs points, on en cite?:

– Fin de la régression militaire du régime et reprise de l’initiative par l’armée syrienne et ses alliés, dont les comités de défense et d’autres forces, à leur tête le Hezbollah.

– Cette initiative a permis ultérieurement d’arracher des victoires sur le terrain et de renverser l’équation des menaces entre le régime et l’opposition.

– Accélération du rythme des victoires comme ce fut le cas dans la région du Qalamoun dont les fronts des villes se sont effondrés à quelques jours d’intervalle, ce qui souligne un changement dramatique dans la planification et l’action des militaires de l’armée et de leurs alliés. Ceci permettra d’accélérer le rythme des victoires.

– Le contrôle presque complet de la frontière libano-syrienne, c’est ainsi que les premières frontières internationales contrôlées par la force entre la Syrie et un pays voisin sont les frontières libanaises.

– Mettre en place un «?fort mur dissuasif?» qui prévient toute intervention internationale étrangère dans la guerre syrienne, et ceci s’est dissipé dans «?la crise du chimique?» dont on a voulu faire une porte à une intervention pareille.

– Fin des attentes sur le renversement du régime, et reconnaissance des ennemis de la nécessité d’une solution politique, basée avant tout sur le maintien du régime.

Rédigé par: Ibrahim el-Amine, Hassan Olleik (respectivement rédacteur en chef et journaliste au quotidien al-Akhbar)

traduit par Al Manar

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