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Le mariage de Julian Assange


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par lecridespeuples
Par Chris HEDGES

Chris Hedges est un journaliste lauréat du prix Pulitzer qui a été correspondant à l’étranger pendant quinze ans pour le New York Times, où il a occupé les postes de chef du bureau du Moyen-Orient et du bureau des Balkans. Il a auparavant travaillé à l’étranger pour le Dallas Morning News, le Christian Science Monitor et NPR. Il est l’hôte de l’émission The Chris Hedges Report.
Source : scheerpost.com
Traduction : Viktor Dedaj pour Le Grand Soir

J’étais à Londres en tant qu’invité de Julian Assange et Stella Moris pour leur mariage, mais même ce jour-là, les autorités ont poursuivi leur implacable campagne de cruauté contre Julian.

LONDRES – Je me trouve aux portes de la prison de Belmarsh, un établissement pénitentiaire de haute sécurité situé dans le sud-est de Londres, en compagnie de Craig Murray, ambassadeur britannique en Ouzbékistan jusqu’à ce qu’il soit renvoyé pour avoir dénoncé les sites noirs et les centres de torture de la CIA dans ce pays. À l’intérieur de la prison, Julian Assange et Stella Moris se marient. Craig et moi figurions sur la liste des six invités au mariage, mais les autorités de la prison, dans un exemple du sadisme institutionnel qui caractérise toutes les prisons, nous ont refusé l’entrée. Craig, qui devait être l’un des deux témoins, a été informé qu’il ne pouvait pas entrer car il « mettrait en danger la sécurité de la prison ».

Craig est venu d’Edimbourg en train. J’ai pris l’avion de New York. On serait au moins à l’entrée de la prison avec 150 partisans d’Assange. Craig, vêtu d’une tenue écossaise complète – et d’un kilt qu’il a admis élargir tous les deux ans pour s’adapter à sa silhouette en expansion – a fait une démonstration de mode et peut-être une remarque sur l’indépendance de l’Écosse – Il a été surpassé par Stella, qui portait une robe de mariée fluide de couleur lilas glacé, un corset avec des baleines en plastique pour pouvoir passer les quatre détecteurs de métaux, et un voile conçu et offert par les créateurs de mode Vivienne Westwood et Andreas Kronthaler.

« Le fait que, même le jour le plus heureux de sa vie, ils rayent au dernier moment des invités de sa liste, juste pour l’embrouiller, juste pour essayer de rendre les choses aussi désagréables qu’ils le peuvent, fait partie de cette torture mentale permanente », déplore Craig. « Nous ne devrions pas être surpris. C’est une partie de la cruauté inutile avec laquelle il a été gardé depuis le début. Pourquoi diable se trouve-t-il dans une prison de haute sécurité construite pour accueillir des terroristes ? Je suis assez amusé par l’explication selon laquelle je mets en danger la sécurité de la prison. Je me sens plutôt flatté par cela. Je ne comprenais pas tout jusqu’à aujourd’hui, quand, bien sûr, j’ai réalisé que j’étais incroyablement sexy dans mon kilt et qu’ils pensaient que cela pourrait provoquer une émeute dans la prison. »

Cette journée est douce-amère. Julian ne pourra peut-être jamais vivre avec sa femme et sa famille. Pourtant, c’est une affirmation d’amour, d’engagement et d’espoir qui se déroule dans une petite salle annexe, avec des chaises pliantes et une table en stratifié, car les autorités pénitentiaires ont refusé à Julian et Stella l’usage de la chapelle. Six membres de la famille ont assisté à la cérémonie, dont les deux jeunes fils de Julian et Stella, dont l’un s’est endormi et l’autre, préoccupé par un avion en papier, a essayé de déclencher l’une des alarmes. Deux gardes étaient postés dans la pièce.

Il n’y a pas eu de réception. Il n’y avait pas de gâteau. La prison a refusé la demande de Julian et Stella pour un photographe. Un gardien a pris quelques photos, mais les autorités pénitentiaires ont dit à Julian et Stella qu’elles ne pouvaient pas être publiées sur les médias sociaux ou partagées avec le public. Ils ont été autorisés à s’embrasser. Ce qui a incité le garçon le plus âgé, Gabriel, à dire, m’a dit la famille, « Oh, c’est un baiser bâclé ». Ensuite, l’aumônier catholique, qui avait eu la prévoyance d’apporter une nappe blanche et des bougies, leur a donné sa bénédiction. Julian et Stella ont eu droit à une demi-heure ensemble dans une salle des visiteurs bondée. Puis Julian, prisonnier A 9379AY, a été raccompagné dans sa cellule sous les applaudissements des prisonniers de son étage.

« C’était un acte de défi », me dira plus tard Stella au sujet du mariage. « On peut voir à quel point ils le craignent ».

La campagne de déshumanisation de Julian, qui a honoré ses racines écossaises en portant un kilt violet et beige, ainsi qu’une cravate et un gilet violets, également offerts et conçus par Westwood et Kronthaler, s’étend au jour de son mariage. Il ne fait aucun doute que l’une des raisons pour lesquelles Craig, dont les reportages sur les procédures judiciaires pour Julian ont été tenaces et brillants, et moi-même n’étions pas présents au mariage est que les autorités pénitentiaires ne voulaient pas que nous écrivions sur le mariage, ce qu’elles auraient dû savoir que nous ferions, que nous soyons en prison ou non.

« Ils sont vicieux », dit Craig. « Ils ont la capacité d’employer la violence de l’État. Ils ont un pouvoir arbitraire qu’ils peuvent utiliser pour prendre des décisions cruelles et méchantes pour le plaisir, juste pour montrer qu’ils le peuvent, mais nous, de notre côté, nous avons la paix, l’amour et la vérité. Ces valeurs, au bout du compte, sont bien plus importantes. »

Craig Murray, à gauche, et Chris Hedges devant la prison de haute sécurité de Belmarsh. [Photo de Chris Hedges]

Julian est visé parce que son organisation, WikiLeaks, a publié en octobre 2010 les journaux de bord de la guerre en Irak, qui documentent de nombreux crimes de guerre commis par les États-Unis – dont des images vues dans la vidéo Meurtre collatéral – qui montre deux journalistes de Reuters et dix autres civils non armés se faire abattre.

Il est visé parce qu’il a rendu public le meurtre de près de 700 civils qui s’étaient approchés trop près des postes de contrôle américains.

Il est visé parce qu’il a exposé les outils de piratage utilisés par la CIA, connus sous le nom de Vault 7, révélant que la CIA est capable de prendre le contrôle des voitures, des téléviseurs intelligents, des navigateurs web et les systèmes d’exploitation de la plupart des téléphones intelligents, ainsi que des systèmes d’exploitation tels que Microsoft Windows, macOS et Linux.

Il est visé parce qu’il a révélé les plus de 15 000 décès non signalés de civils irakiens, les tortures et les abus subis par quelque 800 hommes et garçons, âgés de 14 à 89 ans, à Guantánamo.

Il est visé parce qu’il nous a montré qu’en 2009, Hillary Clinton a ordonné à des diplomates américains d’espionner le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon et d’autres représentants de la Chine, de la France, de la Russie et du Royaume-Uni, espionnage qui incluait l’obtention d’ADN, de scans de l’iris, d’empreintes digitales et de mots de passe personnels, dans le cadre d’un long schéma de surveillance illégale qui incluait l’écoute du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan dans les semaines précédant l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003.

Il est visé parce qu’il a révélé que Barack Obama, Hillary Clinton et la CIA ont orchestré le coup d’État militaire de juin 2009 au Honduras, qui a renversé le président démocratiquement élu Manuel Zelaya et l’a remplacé par un régime militaire meurtrier et corrompu. Il est visé parce qu’il a rendu publics des documents révélant que les États-Unis ont secrètement lancé des attaques de missiles, de bombes et de drones au Yémen, tuant des dizaines de civils.

Il est visé parce qu’il a rendu publics les 657 000 dollars versés à Hillary Clinton par Goldman Sachs pour donner des conférences et les assurances privées qu’elle a données aux dirigeants d’entreprises qu’elle ferait ce qu’ils lui demandaient tout en promettant au public une réglementation et une réforme financières. Il est visé parce qu’il a révélé la campagne interne menée par des membres de son propre parti pour discréditer et détruire le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn.

Pour ces vérités uniquement, il est coupable.

L’administration Biden est déterminée à extrader Julian et à l’inculper de 17 chefs d’accusation de la loi sur l’espionnage et d’un chef de piratage d’un ordinateur gouvernemental, ce qui l’enverrait en prison pour 175 ans. J’ai assisté à une partie de la procédure judiciaire à Londres. C’était une farce judiciaire, d’autant plus que la société de sécurité espagnole UC Global à l’ambassade d’Équateur, où Julian s’était réfugié pendant sept ans, a enregistré toutes les conversations de Julian avec ses avocats et les a remises à la CIA. Ce seul fait devrait invalider le procès. Mais il y a aussi le fait que Julian n’a jamais commis de crime.

Julian n’est pas un citoyen américain. WikiLeaks n’est pas une publication basée aux États-Unis. Et pourtant, il est accusé de trahison en vertu de la loi américaine sur l’espionnage. Il s’agit d’une pantalonnade judiciaire, d’un procès spectacle où la primauté du droit est sabotée par des juristes en perruque de crin et des grands inquisiteurs comme Gordon Kromberg, l’assistant du procureur des États-Unis pour le district Est de la Virginie, qui s’occupe d’affaires de terrorisme et de sécurité nationale très médiatisées. Kromberg méprise ouvertement les musulmans, l’islam et tous ceux qui défient l’État. Il a dénoncé ce qu’il appelle « l’islamisation du système judiciaire américain ».

Kromberg a supervisé les neuf années de persécution de l’activiste et universitaire palestinien Dr. Sami Al-Arian et a, à un moment donné, refusé sa demande de report d’une date de procès pendant la fête religieuse du Ramadan. « Ils peuvent s’entretuer pendant le Ramadan, ils peuvent comparaître devant le grand jury. Tout ce qu’ils ne peuvent pas faire, c’est manger avant le coucher du soleil », a déclaré Kromberg lors d’une conversation en 2006, selon une déclaration sous serment déposée par l’un des avocats d’Arian, Jack Fernandez. Kromberg a critiqué Daniel Hale, l’ancien analyste de l’armée de l’air qui a été condamné à 45 mois de prison pour avoir divulgué des informations sur le massacre aveugle de civils par des drones, déclarant que Hale n’avait pas contribué au débat public mais avait « mis en danger les personnes qui se battent ». Il a ordonné l’emprisonnement de Chelsea Manning après son refus de témoigner devant un grand jury enquêtant sur WikiLeaks. Manning a tenté de se suicider en mars 2020 alors qu’elle était détenue dans une prison de Virginie.

La perversion de la loi pour tous ceux qui suivent le cas de Julian fait froid dans le dos. Elle présage la montée d’un totalitarisme corporatif mondial, où la loi est un outil non pas de justice mais d’oppression.

Les États-Unis ont réussi à faire appel d’une décision d’un tribunal britannique inférieur qui avait rejeté la demande américaine d’extradition d’Assange parce que sa fragilité psychologique lui fait courir un risque de suicide et que les conditions dans lesquelles il serait détenu dans le système carcéral américain en attendant son procès sont inhumaines.

Julian a fait appel dans le but de rétablir la décision initiale. Son appel a été rejeté. La ministre de l’Intérieur, Priti Patel, décidera bientôt s’il sera extradé. Si elle décide d’extrader Julian, il pourra retourner devant la juridiction inférieure pour faire appel des points sur lesquels il a été reconnu coupable. Si la Haute Cour se prononce en sa faveur, les États-Unis peuvent faire appel de cette décision devant la Cour suprême. Cette danse juridique prendra probablement un an. Si la Haute Cour rejette l’appel de Julian, il pourrait être extradé en quelques semaines.

Julian a été observé en train d’arpenter sa cellule de manière obsessionnelle, de se frapper au visage, de se taper la tête contre le mur, d’appeler à plusieurs reprises la ligne d’assistance Samaritan parce qu’il pensait à se suicider « des centaines de fois par jour » et d’avoir des hallucinations. Un rasoir a été trouvé sous ses chaussettes. Il a déclaré à Nils Melzer, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, qui a fait venir des médecins des Nations unies pour examiner Julian, que s’il était extradé, il se tuerait. Il a subi une attaque cérébrale pendant son procès en octobre dernier. Il prend des antidépresseurs, des médicaments contre les accidents vasculaires cérébraux et un antipsychotique, la quétiapine. Il est décharné, sa posture est mauvaise et son teint est cendré. Il a passé des mois dans l’aile médicale de la prison. Julian, comme l’a conclu Melzer dans son rapport des Nations Unies, est méthodiquement et systématiquement torturé. L’objectif des gouvernements américain et britannique est de transformer l’anéantissement psychologique et peut-être physique de Julian en un avertissement effrayant pour quiconque tenterait également de mettre en lumière les rouages du pouvoir.

J’aime et j’admire Julian. Il est intellectuellement curieux, incroyablement courageux, drôle et, du moins lorsque j’étais avec lui à l’ambassade d’Équateur, charmant et juvénile. Il aurait pu facilement utiliser ses compétences informatiques précoces pour se faire une vie très confortable en travaillant pour la haute finance ou des agences de sécurité nationale. Il a choisi au contraire d’utiliser ces compétences pour le public, au service de la vérité. Il a fourni le plus grand nombre d’informations de notre génération sur les crimes de guerre, les mensonges, la corruption et le cynisme qui caractérisent les élites au pouvoir. Ces informations ont permis de lever le voile sur les centres de pouvoir du monde entier, déclenchant des mouvements et des protestations populaires de la Tunisie à Haïti.

Si Assange est extradé et reconnu coupable d’avoir publié des documents classifiés, cela créera un précédent juridique qui mettra effectivement fin aux reportages sur la sécurité nationale, permettant au gouvernement d’inculper tout journaliste qui possède des documents classifiés, et tout dénonciateur qui divulgue des informations classifiées, en vertu de la loi sur l’espionnage. Les rouages du pouvoir seront plongés dans l’obscurité, avec des conséquences très inquiétantes pour la liberté de la presse et la démocratie.

Il fait nuit. Je suis dans la maison de Stella avec les invités du mariage, sa mère, son frère, le père et le frère de Julian, ainsi que les deux jeunes garçons de Julian et Stella.
« Il a disparu », dit doucement Stella. « Les seules photos qui ont émergé de lui depuis 2019 ont été prises illégalement dans la salle d’audience, tout le reste a été des illustrations du tribunal et des photos du fourgon de la prison de 2019. »

« Sortir a été vraiment déstabilisant », ajoute-t-elle.

Stella et Julian ont passé des années à essayer de se marier. Ils ont d’abord demandé à l’ambassadeur d’Équateur de les marier, mais Julian n’était pas un citoyen équatorien. Une fois que Julian a obtenu la nationalité équatorienne, le nouveau gouvernement de Quito est devenu hostile. Stella et Julian ont commencé à faire pression sur la prison pour obtenir le droit de se marier en 2020, mais les autorités pénitentiaires n’ont pas répondu à leurs demandes jusqu’à ce qu’ils menacent de faire un procès.

Stella fait descendre sa robe de mariée en satin avec ses manches trois quarts et son voile pour nous permettre de l’examiner. Sur le rabat intérieur de la robe, Vivienne Westwood a écrit ceci : « Pour moi, Vivienne, Julian est une âme pure et un combattant de la liberté. Tout mon amour à la famille, Julian, Stella, Max et Gabriel. Que la force de vie sacrée bénisse votre mariage. » Le voile a été brodé de mots de la famille et des amis. Julian a choisi « Enduring Love ». Ardent. Sans limites. Joyeux. Résistant. Incandescent. Sauvage. Vaillant. Résolu. Tendre. Têtu. Tumultueux. Patient. Désireux. Intrépide. Éternel.

« Pour que leur amour ait pu grandir et s’épanouir dans ces circonstances terribles de persécution incessante et de torture psychologique », me dit John Shipton, le père de Julian. « L’amour transcende les circonstances. »

Il se tourne vers ses deux jeunes petits-enfants.

« On peut voir que cela a produit deux enfants charmants et joyeux », dit-il.

Il est tard. Stella découpe son gâteau de mariage sur la table en bois de la cuisine. Le dessus est au citron. Le bas est à la framboise. Nous mangeons en silence.

Prions pour Julian. Prions pour Stella. Prions pour leurs enfants. Prions pour nous tous.

Chris Hedges

***

En France, Le Monde et Mediapart sont de beaux exemples de cette fausse gauche atlantiste, qui a soutenu les groupes terroristes en Syrie (en les présentant comme des « rebelles », démocrates ou autres), diffamé et abandonné Assange après avoir profité des révélations de Wikileaks et porte le folliculaire Navalny aux nues. Cf. par exemple cet éditorial du Monde suite à l’arrestation d’Assange et à son inculpation par les Etats-Unis, développements qui lui donnaient entièrement raison : au lieu de faire son mea culpa, Le Monde s’enfonce ignominieusement :

« Julian Assange est un justiciable comme les autres. Ses démêlés avec la police ont commencé parce qu’il a refusé de se rendre à une convocation de la police suédoise qui souhaitait l’entendre après les plaintes de deux femmes pour agression sexuelle, au motif fantaisiste, à l’époque, qu’il craignait que la Suède ne le livre à la CIA. Il a eu tort de refuser de s’expliquer sur ces graves accusations. »

Comme l’établit le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils MELZER, lorsqu’il était réfugié à Londres, la Suède a refusé d’interroger Assange à l’ambassade d’Equateur ou via vidéo (alors que durant la même période, de tels interrogatoires de suspects entre la Suède et l’Angleterre ont eu lieu dans 44 autres cas) et de lui garantir qu’il ne serait pas extradé :

« Assange n’a pas cherché à se cacher de la justice. Par l’intermédiaire de son avocat suédois, il a proposé aux procureurs plusieurs dates possibles d’interrogatoire en Suède. Cette correspondance existe. Ensuite, les événements suivants se sont produits : Assange a eu vent du fait qu’une affaire criminelle secrète avait été ouverte contre lui aux États-Unis. À l’époque, cela n’a pas été confirmé par les États-Unis, mais aujourd’hui nous savons que c’était vrai. À partir de ce moment, l’avocat d’Assange a commencé à dire que son client était prêt à témoigner en Suède, mais il a exigé l’assurance diplomatique que la Suède ne l’extraderait pas aux États-Unis. [Ce risque était tout à fait réel, car] quelques années auparavant, le personnel de sécurité suédois avait livré à la CIA deux demandeurs d’asile, tous deux enregistrés en Suède, sans passer par la moindre procédure judiciaire. Les abus ont commencé à l’aéroport de Stockholm, où ils ont été maltraités, drogués et transportés par avion en Égypte, où ils ont été torturés. Nous ne savons pas s’il s’agit des seuls cas de ce type. Mais nous sommes au courant de ces deux cas car les hommes ont survécu. Tous deux ont par la suite déposé plainte auprès des agences des droits de l’homme de l’ONU et ont obtenu gain de cause. La Suède a été obligée de payer à chacun d’eux un demi-million de dollars en dommages et intérêts. Les avocats d’Assange affirment que pendant les près des sept ans au cours desquels leur client a vécu à l’ambassade d’Équateur, ils ont fait plus de 30 offres pour organiser la visite d’Assange en Suède, en échange d’une garantie qu’il ne serait pas extradé vers les États-Unis. La Suède a refusé de fournir une telle garantie en faisant valoir que les États-Unis n’avaient pas fait de demande formelle d’extradition. »

Voir également l’infâme article de Mediapart Julian Assange, l’histoire d’une déchéance, qui prend au sérieux les accusations de viol et valide sans l’ombre d’une preuve la thèse de la collusion avec la Russie (réaffirmées dans l’article de Mediapart sur les projets d’enlèvement et d’assassinat d’Assange par la CIA, commodément attribués à Trump, comme s’il ne s’agissait pas du modus operandi de la CIA depuis des décennies) :

[…] Depuis Londres, le fondateur de WikiLeaks annonce qu’il refuse de se rendre en Suède au motif que cette procédure n’est qu’un prétexte. Selon lui, dès qu’il foulera le sol suédois, les États-Unis demanderont son extradition pour être jugé pour espionnage, crime passible de la peine capitale. Sous le coup d’une procédure d’extradition accordée par la justice anglaise, Julian Assange va tout d’abord mener une bataille juridique pour en obtenir l’annulation. Une fois tous les recours épuisés, il se réfugie, le 19 juin 2012, dans les locaux de l’ambassade de l’Équateur qui lui accorde l’asile politique. Il y restera cantonné dans une pièce de l’immeuble sans pouvoir sortir au risque d’être immédiatement interpellé par les policiers britanniques qui le surveillent en permanence.

Avec ces accusations sexuelles, Julian Assange tombe de son piédestal. Son image de chevalier blanc se fissure et, même au sein de WikiLeaks, des langues se dénouent, dévoilant un tout autre visage. De nombreux témoignages décrivent un homme égocentrique, intransigeant et exigeant de ses collaborateurs une obéissance absolue.

Dès septembre 2010, plusieurs membres de WikiLeaks quittent l’organisation en raison d’un désaccord sur la manière dont Julian Assange gère la publication des « leaks » et son refus de toute critique. Selon le site Wired, six volontaires ont quitté l’organisation à ce moment-là. Sur le tchat interne de l’organisation, Julian Assange leur aurait lancé : « Je suis le cœur de cette organisation, son fondateur, philosophe, porte-parole, codeur original, organisateur, financeur et tout le reste. Si vous avez un problème avec moi, faites chier. »

Parmi les défections, figure celle de Daniel Schmitt, porte-parole de WikiLeaks, qui annonce sa démission dans les colonnes du Spiegel. « Julian Assange réagit à toute critique avec l’allégation que je lui ai désobéi et que j’ai été déloyal vis-à-vis du projet. Il y a quatre jours, il m’a suspendu – agissant comme le procureur, le juge et le bourreau en une personne », accuse-t-il. Daniel Schmitt racontera en détail son conflit avec Assange dans un livre paru en 2011, Inside WikiLeaks. Dans les coulisses du site internet le plus dangereux du monde (Grasset, 2011).

En début d’année 2011, un autre collaborateur de WikiLeaks, Julian Ball, claque la porte de l’organisation trois mois après y être entré. Il rejoint le Guardian et décrit, dans un article publié en septembre 2011, un Julian Assange tyrannique, plus préoccupé par sa propre défense que par les idéaux de WikiLeaks. En 2014, c’est Andrew O’Hagan, l’auteur d’une Autobiographie non autorisée publiée en 2011, qui se répand dans la presse. « Il voit chaque idée comme une simple étincelle venant d’un feu dans son propre esprit. Cette sorte de folie, bien sûr, et l’étendue des mensonges de Julian m’ont convaincu qu’il était probablement un petit peu fou, triste et mauvais, malgré toute la gloire de WikiLeaks en tant que projet », affirme-t-il.

Beaucoup s’interrogent également sur la ligne éditoriale de Julian Assange. Le rédacteur en chef de WikiLeaks est notamment accusé d’être trop indulgent, voire trop proche, de la Russie, pays sur lequel l’organisation n’a publié que peu de documents. Plusieurs interventions de Julian Assange surprennent, comme lorsqu’il assure, durant quelques mois en 2012, une émission de géopolitique sur la chaîne Russia Today (RT), The Julian Assange Show. Ou lorsque, à l’occasion d’une table ronde organisée pour les dix ans de RT, il livre un discours dans lequel il appelle « à oublier le concept de liberté individuelle, qui n’existe plus ».

La question de la proximité de WikiLeaks avec la Russie va devenir centrale avec la publication, en 2016, des DNC Leaks. Le 22 juillet, trois jours avant l’ouverture de la convention annuelle du Parti démocrate, WikiLeaks publie 19 252 mails piratés dans les ordinateurs de sa direction, le Democratic National Committee (DNC). La convention doit justement entériner l’investiture d’Hillary Clinton comme candidate démocrate à l’élection présidentielle américaine. Or, les mails révèlent une collusion dans la direction du parti visant à défavoriser son principal concurrent, Bernie Sanders.

Les DNC Leaks vont empoisonner la campagne d’Hillary Clinton et faire le délice de son adversaire républicain Donald Trump qui ira jusqu’à déclarer : « I Love WikiLeaks. » Le malaise est encore accentué par les déclarations de Julian Assange qui assume avoir publié ces « leaks » afin de nuire à Hillary Clinton, qu’il voit comme « un problème pour la liberté de la presse », et reconnaît avoir volontairement fait coïncider leur publication avec la convention démocrate. […]

WikiLeaks s’isole encore plus lorsque l’enquête sur le piratage des mails de la direction du Parti démocrate révèle que celui-ci a été réalisé par un groupe de hackers, Guccifer 2.0, lié aux services secrets russes, le GRU. Julian Assange démentira formellement que sa source soit des hackers et les différentes enquêtes ne permettront pas d’établir un lien direct entre WikiLeaks et Moscou. Mais pour beaucoup, la ficelle est trop grosse. Que Julian Assange se soit rendu complice, même à son insu, d’une opération de déstabilisation russe est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. […]

Pour ne rien arranger, Julian Assange multiplie les prises de position polémiques, voire parfois difficilement compréhensibles. En septembre 2017, il affirme par exemple, chiffres à l’appui, que le capitalisme, l’athéisme et le féminisme sont responsables de la stérilité de nos sociétés qui, elle-même, est la cause de l’immigration. […]

Le Cri des Peuples

Voir notre dossier sur Assange.

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