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Le Pape… et nous !


Par Soraya Hélou

 

 

 

L’avion du Pape Benoît XVI était encore dans le ciel libanais et déjà les différentes parties politiques ont commencé à interpréter le contenu de l’exhortation apostolique et les positions du Vatican. C’est surtout vrai pour le camp du 14 mars qui a commencé à envahir les chaînes de télévision et les médias pour affirmer que Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a appuyé « le printemps arabe », en demandant aux chrétiens du Moyen Orient de ne pas avoir peur. Pourtant, dans aucun de ses discours, le Pape n’a déclaré son appui au « printemps arabe ». Il a même été plus loin condamnant sans équivoque l’envoi d’armes en Syrie (allant jusqu’à le qualifier de péché) et l’écoulement du sang, en répétant à plusieurs reprises qu’il prie pour les Syriens. Le message du chef de l’Eglise catholique est bien au-delà des considérations de la petite politique. Il se résume ainsi : les chrétiens ne sont pas des passants dans cette région et leur présence y est ancrée depuis la naissance du Christ, il y a plus de deux mille ans. Les chrétiens sont appelés à avoir les meilleures relations avec leurs frères musulmans car dans cette région, ils ont un avenir et un sort communs. Le Liban est un modèle de coexistence dans la région et dans le monde qu’il faut préserver, non seulement pour le bien des Libanais mais aussi pour celui de l’ensemble des populations de la région et du monde en général. Le Pape a certes demandé aux jeunes de ne pas avoir peur, de ne pas quitter leurs pays à la recherche d’autres horizons qu’ils croient être plus bienveillants et de rester fidèles à leurs origines et à leurs croyances. Pas parce qu’il ne faut pas craindre la montée des extrémismes comme se sont empressées de le clamer certaines figures du 14 mars, mais parce qu’il faut justement condamner la violence et l’extrémisme.

Au moment où la montée du radicalisme islamique menace la présence des minorités au Moyen Orient, le Pape Benoît XVI, qui est un des idéologues de l’Eglise catholique, a donc appelé les fidèles à s’accrocher à la diversité et à la préserver car elle est un enrichissement pour la région, et un modèle pour le reste du monde. Aux Occidentaux qui regardent avec fatalisme le nombre réduit des chrétiens dans la région, en comparaison à la marée musulmane et qui sont donc prêts à les sacrifier pour la cause supérieure de leurs intérêts politiques et économiques, le Pape Benoît XVI a rappelé l’importance de la diversité religieuse dans la région et celle de la présence chrétienne. Ce sont les thèmes principaux qui sont revenus dans les discours qu’il a prononcés à diverses étapes de son voyage au Liban, au cours desquelles il a aussi rappelé les fondements de l’Eglise catholique qui reposent sur l’amour (contre la haine et la violence) et sur le pardon et le dialogue.

Autant de thèmes qui n’ont absolument rien à voir avec les polémiques politiques intérieures qui occupent sans relâche les médias libanais. Malgré cela, des figures du 14 mars, notamment des chrétiens, ont trouvé moyen de chercher à « libaniser » un message qui va bien au-delà des considérations de politique interne. Ces figures-là sont incapables de voir au-delà de leurs petits intérêts et craignent avant tout de froisser leurs alliés musulmans, qui d’ailleurs, se sont bien gardés de commenter la manifestation violente à Tripoli qui a fait un mort et plusieurs blessés, le jour même de l’arrivée du Pape au Liban. De plus, ils voulaient à tout prix éviter de laisser le Pape évoquer le drame des chrétiens de Syrie, chassés de chez eux par leurs alliés qui saccagent au passage les églises et les divers lieux de culte. Ce souci virait à l’obsession et pour s’en convaincre, il n’y a qu’à revoir leurs médias et la façon dont ils ont interprété à leur convenance le discours du Pape. Quand le Pape s’adresse aux chrétiens et aux musulmans du Moyen Orient, ils ne veulent voir qu’un appui au printemps arabe et quand San Sainteté demande aux jeunes de ne pas avoir peur, ils ne veulent comprendre qu’un appui aux jeunes de l’opposition syrienne qui ne devraient pas avoir peur du « Grand méchant régime ». Ils ne sont sans doute pas programmés pour assimiler le message du Pape dans toute sa profondeur. Et le texte de l’exhortation apostolique, ils l’ont sans doute déjà rangé dans un tiroir qu’ils n’ouvriront plus jamais…Même à la parole de Dieu ou de ceux qui peuvent parler au nom de l’Eglise, n’est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre… Voilà comment, une partie des chrétiens et des Libanais a raté son rendez-vous avec le Pape qui pourtant a tracé une voie pour l’avenir de la région.