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Le sommet de l’opposition : de l’échange de vues à l’échange de coups


Par Louis Denghien, le 4 juillet 2012 

 
 
 
 
Décidément, l’opposition syrienne a dépassé toutes nos attentes ! Outre les invectives, ou les polémiques « fermes » entre groupes, on a même eu droit hier à un brève bousculade et même à quelques échanges de coups au sommet du Caire : une délégation du « Conseil national kurde » a en effet donné de la voix au motif que « la conférence a refusé le droit à la reconnaissance du peuple kurde », pour reprendre les mots d’Abdel Aziz Othman, du Conseil national kurde. « C’est injuste et nous n’accepterons plus d’être marginalisés », a-t-il ajouté. Le départ de la délégation kurde a provoqué un certain désordre et suscité des cris de « Scandale, scandale ! » chez certains délégués. Des femmes ont même éclaté en sanglots lorsque des hommes se sont échangés des coups, le personnel de l’hôtel où se tenait la réunion s’empressant d’évacuer les tables et les chaises.
 
Cacophonie & irréalisme
 
À noter que cet « échange de vues » musclé est intervenu après la lecture du communiqué final de ce sommet de l’opposition syrienne organisée par la Ligue arabe à fort tropisme qatari. Les quelque 250 participants, répartis en quatre ou cinq tendances principales, se sont accordés sur la nécessité du départ de Bachar al-Assad, un plus petit commun dénominateur qui ne fait pas un programme de gouvernement, et surtout ne « cadre » pas avec l’accord conclu le 30 juin à Genève par la communauté internationale, qui ne mentionne pas un tel départ et prévoit la mise en place d’un gouvernement de transition associant des membres de l’actuel pouvoir à des représentants de l’opposition.
 
L’accord ne s’est pas fait, en tous cas, sur le principe d’une intervention militaire étrangère, réclamée par le CNS et refusée notamment par le CCCND. Les congressistes auraient en tous cas fait taire leurs bruyantes divergences pour voter une motion de soutien à l’ASL qui a, elle, boycotté la réunion, qu’elle qualifié de « complot » (contre la révolution) ! Reste que là encore, on n’est pas certain que le CCCND, dont une des figures de proue, Haytham Manaa, avait eu des mots très durs pour l’ASL et les bandes armées en général, se soit associé à cette motion.
Rappelons que lors de la première journée du sommet, lundi, un groupe avait carrément claqué la porte (voir notre article « Réunion du Caire : un crabe a quitté le panier », mis en ligne  le 3 juillet).
 
Cette unanimité de façade, a minima et in extremis, ne doit pas masquer l’essentiel : seize mois après le début du soulèvement, l’incapacité de l’opposition à unir tous les courants politiques, ethniques et religieux de la « mosaïque » syrienne derrière une direction unifiée est patent. Une incapacité chronique et consubstantielle qui fait objectivement le jeu de Bachar al-Assad. Accessoirement, elle ne facilite pas la tâche de ses parrains occidentaux et arabes qui, après la comédie du Caire, auront encore un peu plus de mal à défendre ses couleurs vis-à-vis de leurs adversaires russes et chinois. Au point où elle en est, l’opposition radicale syrienne devrait plutôt réfléchir à un gouvernement d’union avec elle-même, ce serait déjà un début !
 
Ci-dessous, la vidéo des « débats » du Caire (merci à Mohamed)
 
http://www.youtube.com/watch?v=MQByIXaPTMY&feature=youtu.be
 
La Russie accuse l’ONU et les Occidentaux de falsifier ses positions
 
Justement, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, a fait savoir que son pays ne participerait pas au nouveau sommet dit des « Amis de la Syrie« , organisé vendredi 6 juillet à Paris par le continuateur de Juppé, Laurent Fabius. Ce mépris tranquille – et annoncé – d’un non événement diplomatique concocté par des ingérents frustrés et plus que jamais impuissants, est un nouveau témoignage de la positon russe vis-à-vis des gesticulation des Occidentaux et de leurs petits protégés syriens.
Du mépris, Lavrov est même passé, mardi 3 juillet, à la colère (diplomatique), en accusant carrément « certains pays occidentaux » d’avoir voulu « dénaturer » l’accord de Genève, en prétendant lui faire dire ce qu’il ne stipulait pas, à savoir l’acquiescement de Moscou à un départ nécessaire de Bachar du pouvoir et de Syrie. Lavrov réagissait notamment aux propos du porte-parole de Kofi Annan, Ahmad Fawzi, qui affirmait que l’accord de Genève avait permis un « changement » dans les positions de la Russie et de la Chine à ce sujet. Or, pour les Russes, c’est très clair : le texte signé à Genève ne contient pas d’appel au départ de Bachar, et c’est aux Syriens et à eux-seuls de décider du choix de leur dirigeants.
 
Ce qui n’empêcha pas les médias français d’annoncer gravement, aujourd’hui encore, que les Occidentaux seraient en train de « persuader » les Russes d’accorder l’exil à Bachar, en se basant sur un article d’un quotidien russe faisant allusion à ces démarches et d’ailleurs apportant aussitôt un démenti à ces rumeurs. Mais qu’à cela ne tienne, L’AFP s’offre un scoop bidon (un de plus) en titrant: « L’Occident persuade Moscou d’accorder l’asile politique à Bachar al-Assad« . À  ce stade, on n’est même plus dans la désinformation, mais dans la folie !
 
Que des responsables (?) de l’ONU et de la diplomatie occidentale en soient réduits à solliciter les propos – pourtant clair et réaffirmés – des Russes en dit long sur leur désarroi mais aussi sur ce qu’on peut qualifier comme une forme d’hystérie diplomatique, hystérie qui semble leur interdire de voir de déplaisantes réalités en face. L’Occident est aussi victime de la crise syrienne !