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Le témoignage de Jean-Claude Antakli sur la situation en Syrie


Aveyron

HUGUES MENATORY
20/08/2012,
Jean-Claude Antakli , qui vit à Espalion, vient d’écrire un livre en forme d’espoir.
Jean-Claude Antakli , qui vit à Espalion, vient d’écrire un livre en forme d’espoir. (© D.R)

Ce biologiste franco-syrien, passe de nombreux mois chaque année dans son pays natal. Son discours tranche avec l’opinion dominante.

Pour l’Occidental, le Moyen-Orient est une terre compliquée. Berceau forcément secoué des religions monothéistes, territoire convoité en raison de ses énergies fossiles, cette zone abrite aussi bien la voie royale qui mène à Byblos, la mère de toutes les bibliothèques, que le chemin chaotique de Damas qui pourrait être celui qu’empruntent, en pure perte, les voies diplomatiques.

La Syrie, à cet égard, est une sorte de symbole, dont le passé civilisationnel est l’un des plus riches qui soit, alors que le présent fait la part belle à la barbarie.

Une situation qui ne cesse de se dégrader

Jean-Claude Antakli ne peut se résigner à cela. Ce biologiste franco-syrien passe plusieurs mois chaque année dans son pays natal. Son épouse Geneviève, biologiste elle aussi, y a créé une école d’infirmières, il y a trois ans. On conviendra volontiers qu’ils peuvent être considérés comme des observateurs privilégiés d’une situation qui ne cesse de se dégrader, et dont on nous dit volontiers qu’elle serait le fait d’un seul homme, Bachar el-Assad. « Je suis très affecté par tout cela », affirme Jean-Claude Antakli. « Je suis un homme libre, je n’ai aucune connivence avec qui que ce soit, mais je suis abasourdi par la manière dont les médias européens retracent généralement les soubresauts qui affectent gravement la société syrienne. »

Une manipulation des opinions

Pour parler clair, Jean-Claude Antakli a l’impression que les dés sont pipés, que la manipulation bat son plein, avec le Qatar et l’Arabie Saoudite à la manœuvre, pions avancés d’un américanisme qui lorgne à la fois sur le pétrole et sur la formidable réserve de gaz (la plus grande du monde) qui vient d’être découverte en territoire syrien.

« Certes », précise-t-il, « tout n’est pas parfait en Syrie. Mais les femmes peuvent se promener en minijupes, et le niveau de vie progressait de 6 % par an depuis une dizaine d’années. On nous parle d’une intervention en faveur de la démocratie. Mais de quelle démocratie s’agit-il, alors même que le peuple n’a pas été consulté ? Aujourd’hui, ces mêmes démocraties s’efforcent de lutter contre le terrorisme islamiste, mais c’est lui qu’elles soutiennent en Syrie, ne nous y trompons pas. On trouve aujourd’hui, dans le pays, près de 50 000 mercenaires libyens, afghans ou irakiens qui sèment la terreur… »

Contre une intervention occidentale

Jean-Claude Antakli regrette que la France, son autre patrie, soit devenue « faible sur le plan de la politique internationale. Elle n’est plus gaullienne ». Pour lui, les insurgés ont perdu la partie, et c’est pour cela qu’ils demandent une intervention militaire aux occidentaux.

Des témoignages, Jean-Claude Antakli en a récolté des centaines. Tous vont dans le même sens : que les occidentaux ne se mêlent pas des affaires syriennes. Qu’ils n’essaient pas d’importer leurs concepts philosophico-politiques dans des contrées qui n’ont ni les mêmes mœurs, ni la même histoire. Et que, dans cet écheveau, dont tous les fils déclenchent des tirs de mines, on essaie de faire la preuve d’un minimum de réalisme.

Jean-Claude et Geneviève Antakli gardent la foi

Tout cela, bien sûr, peut ressembler à une succession de vœux pieux dans une région qui en a tellement connus. Mais Jean-Claude Antakli a la foi. Celle qui sauve l’âme. Chrétien, il se souvient de ces temps heureux, et pas si lointains, où la cohabitation était heureuse entre les diverses communautés. Il ne peut donc que frémir en entendant le slogan qui a cours en ce moment : Les Alaouites (dont est issu Bachar el-Assad) au tombeau, les chrétiens à Beyrouth.

La partie est-elle perdue pour autant, et le pays va-t-il sombrer à l’image de quelques-uns qui ont été “libérés” à l’occasion du fameux printemps ? À cet égard, Jean-Claude et Geneviève Antakli aiment à citer un contre-amiral, Hubert de Gevigney, qui se demande bien pourquoi, chaque fois qu’un pays arabo-musulman reçoit de l’aide internationale, il fait un bond de cinquante ans en arrière…

Tous deux savent, en tout cas, que l’alternance ne sera pas facile. « Avec ou sans Bachar el-Assad, car ils sont nombreux à pouvoir le remplacer. La France doit aider à faire le bon nettoyage. C’est-à-dire à sortir les terroristes du pays. Nous sommes malgré tout relativement optimistes, car le peuple syrien, dans son immense majorité, et toutes religions confondues, est soudé ».

Un livre pour alerter

Nous l’avons dit, Jean-Claude Antakli, animé de sentiments religieux, a l’espoir chevillé au corps. Cela ne l’empêche pas de craindre un nouveau conflit mondial si le conflit interne syrien devait encore dégénérer, et si, dans le même temps, Israël en profitait pour attaquer l’Iran. La tentation de l’Apocalypse, en “Terre sainte”, n’est jamais loin. Il vient pourtant de terminer un livre, histoire de conjurer le mauvais sort.

Le silence de Dieu, (éditions du Parvis), se veut, selon son auteur, « un testament adressé à la jeunesse d’aujourd’hui. Un combat pour la paix et la liberté, en espérant qu’il ne s’agisse pas d’une voix dans le désert ».