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L’ère des «bouches inutiles»


Le Djihad américain

La notion de «bouches inutiles» est en train de gagner en force. Ce que le capitalisme ne portait que comme tendance, est en train de s’affirmer, au fur et à mesure du recul des idées qui l’ont acculé à faire des concessions, et souvent obligé à reculer. Des idées qui furent le produit des luttes sociales contre la férocité de la loi du profit et la dictature immanente du marché. Aujourd’hui que la «libre-entreprise», chevauchant la «démocratie», est le dogme qui domine sans partage, les commis politiques des prédateurs ne se préoccupent plus de mesurer leur langage.  La «libre-entreprise» établit le droit du plus fort contre le plus faible, selon des règles écrites et consignées dans tous les cours de management qui, eux-mêmes, sans que cela soit un secret, sont largement inspirés des stratégies des grands généraux de corps d’armée. La «libre-entreprise» exige de lutter pour la survie ou de mourir. En chemin, elle n’a pas pour vocation de s’encombrer de considérations autres que celle de faire fructifier le chiffre d’affaires. Exceptionnellement, elle peut se laisser aller à la «charité». Mais il y a des seuils où il n’y a plus de place pour les «perdants», surtout pas ceux qui revendiquent de vivre ou qui sont potentiellement portés à le faire. A ce moment là, on remonte aux principes fondateurs de la religion libérale. C’est ce que permettent de savoir les discoureurs «républicains» aux Etats-Unis. Mitt Romney le candidat aux élections présidentielles est déterminé à supprimer tous les programmes d’aide aux «bouches inutiles», comprendre les travailleurs pauvres, les chômeurs et tous les précaires qui n’ont pas réussi à s’en sortir dans leur bataille pour la vie, parce qu’ils «ne veulent pas travailler», qu’ils «se la coulent douce», qu’ils «se font assister», alors que d’autres «sacrifient leurs familles et leurs vacances pour trimer dur». En Europe, où les populations sont beaucoup moins enclines à se laisser faire, le discours est moins abrupt. On y parle de «rigueur», de «réformes», de «plan de sortie de crise», pour cacher l’offensive en cours contre deux siècles de conquêtes sociales. Dans un contexte où la crise, qui ne touche que les salariés et les petits revenus, apparaît de plus en plus comme le prétexte attendu pour une remise à plat radicale des rapports de force et de pouvoir et l’occasion de refonder l’ordre mondial. Sur ce plan, ce sont encore les «républicains» étatsuniens qui donnent le ton en explicitant la démarche incarnée actuellement par Barak Obama et Hillary Clinton qui parlent plutôt de «démocratisation». Mitt Romney y va tout de go : «Dieu n’a pas créé ce pays pour être une nation de suiveurs». L’Amérique doit diriger le monde, ou bien quelqu’un d’autre le fera». Les vassaux européens ont déjà obtempéré à ce principe. Deux fronts ont donc été ouverts, le premier pour garder les arrières contre l’ennemi intérieur, le communiste, le gauchiste, l’ouvrier qui serait tenté de se révolter, le second front pour se projeter partout où il sera possible de soumettre des populations à une vie de misère au profit de l’accumulation au centre. Et il est fort à parier que l’encouragement des Frères musulmans n’est que l’étape première destinée à laminer les dernières intelligences, avant l’asservissement total. 

Par Ahmed Halfaoui  lesdebats.com