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Les dernières manœuvres de Washington et de ses alliés européens, turcs et arabes


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Publié le 11 avril 2012

Les Etats-Unis et leurs alliés européens, arabes et turcs, tentent d’obtenir par des manœuvres politiques et diplomatiques en Syrie ce qu’ils n’ont pas réussi à avoir par le financement, l’entrainement et l’armement de groupes armés extrémistes, dont certains sont affiliés à Al-Qaïda, comme le reconnaissent désormais des diplomates et des journalistes occidentaux. Ils pensent pouvoir saper la souveraineté de l’Etat et le priver de son droit à contrôler son territoire, par le biais d’une interprétation unilatérale et particulière du plan de Kofi Annan. Pourtant, Damas a fait preuve de bonne volonté en acceptant ce plan et en entamant le retrait de ses troupes régulières de trois villes: Zabadani, Idleb et Homs. Le gouvernement syrien avait réclamé dès le départ des garanties, sans obtenir de réponse claire et nette de la part de M. Annan. Pour éviter tout malentendu après la date du 10 avril -proposée, il faut le rappeler, par Damas- pour l’arrêt des opérations militaires, le pouvoir syrien a réitéré sa demande de garanties, exigeant, cette fois-ci, qu’elles soient “écrites”. Damas doute, en effet, que les groupes armés tiennent leurs promesses une fois que l’armée se sera retirée des centres urbains, surtout qu’ils ont intensifié leur attaques ces dernières 48 heures. C’est ainsi que l’armée a déjoué plusieurs tentatives d’infiltration à partir de la Turquie et du Liban.

Lors d’affrontements à Salama, près du poste-frontière entre les villes syriennes d’Azaz et turque de Kilis, les insurgés ont tué au moins six membres des forces de sécurité et des douanes syriennes. Pendant les combats qui ont suivi, cinq personnes ont été blessés, dont deux ressortissants turcs, dans un camp de réfugiés syriens en Turquie.

Même scénario à la frontière syro-libanaise. Un groupe d’hommes armés a attaqué un poste-frontière face à la région de Wadi Khaled. Lors de l’échange de tirs, une équipe de la chaine indépendante libanaise NTV, a été prise entre deux feux. Un caméraman, Ali Chaabane, a été tué.

Ce durcissement de la position syrienne intervient à un moment où certains milieux de l’opposition syrienne téléguidée par l’étranger croient pouvoir rééditer le scénario des observateurs arabes, lorsque les groupes armés ont mis à profit la mission des observateurs pour investir, occuper et renforcer les positions évacuées par l’armée syrienne. Or pour Damas, la reprise de ces régions a nécessité d’immenses sacrifices civils et militaires, aussi n’est-il pas question de les offrir aux insurgés. Ceux-ci doivent s’engager à remettre leurs armes, et Kofi Annan doit obtenir des garanties de la Turquie et des pays du Golfe qu’ils vont cesser le financement et l’armement.

La Russie, qui accueille ce mardi le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, a réaffirmé que la solution doit prendre en compte la souveraineté de la Syrie.

Pour sa part, le vice-ministre turc des Affaires étrangères, Naci Koru, a estimé que la date de mardi fixée pour le retrait des troupes syriennes n’avait “plus de sens” et qu’une “nouvelle étape” allait débuter mardi, quand Kofi Annan fera étape en Turquie. Le lendemain, l’émissaire des Nations unies se rend en Iran.

Pour Catherine Ashton, porte-parole de la diplomatie européenne, “il est totalement inacceptable de poser de nouvelles conditions à ce stade”.

La Chine, de son côté, a appelé le gouvernement syrien et l’opposition à respecter le calendrier prévu par le plan Annan.

Les Etats-Unis ont rejeté lundi la demande syrienne d’une garantie écrite de la part des insurgés, estimant qu’il s’agissait d’une tactique dilatoire. “Ce n’est qu’une nouvelle façon de gagner du temps”, a déclaré Victoria Nuland, porte-parole du département d’Etat.

Il est clair que l’Occident et ses alliés travaillent sur deux tableaux: profiter du plan Annan pour reprendre tout le terrain perdu depuis la chute de Baba Amr, le 1er Mars; ou torpiller le plan Annan à travers une recrudescence des attaques contre les troupes régulières, en faisant assumer au pouvoir la responsabilité de l’échec.

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Revue de presse

As Safir (Quotidien libanais proche de la majorité-04 avril 2012) – Daoud Rammal

« Un responsable libanais qui a visité la capitale russe récemment a déclaré que Moscou suit avec attention la position libanaise vis-à-vis de la crise syrienne. Les responsables russes ont indiqué que toute intervention militaire en Syrie provoquerait une confrontation globale à l’échelle régionale. Ils ont exprimé leur crainte de l’émergence de régimes « religieux totalitaires » qui constitueraient une menace pour les libertés individuelles et la liberté d’expression et de culte. Selon eux, un tel cas de figure « va amplifier les craintes légitimes des minorités, ce qui n’est pas rassurant mais au contraire déstabilisateur. » Les Russes qualifient de « sage » la politique de dissociation de la crise syrienne adoptée par le Liban et qui devrait servir de modèle aux autres.

Evaluant la position de certains pays arabes en Syrie, un responsable russe évoque un « rôle clair de l’Arabie saoudite et du Qatar dans les événements, ces deux pays ayant aidé les groupes terroristes en leur fournissant armes et argent ». « Voyez ce qui se passe actuellement en Libye, a ajouté ce responsable. Est-ce une révolution ou une guerre civile. Qui peut encore garantir l’unité de ce pays ? »

Le responsable russe a ajouté que l’Arabie saoudite et le Qatar entretiennent des relations avec les groupes extrémistes au Yémen, où toutes les options restent ouvertes. « Ces deux pays participent activement aux événements en Syrie en apportant leur soutien aux groupes armés extrémistes et ladite l’Armée syrienne libre. Certains pays arabes sont désormais prêts à tout pour déstabiliser la Syrie », a-t-il conclu. »

Der Spiegel (04 avril 2012) – Ulrike Putz

« Hussein se souvient à peine de la première fois où il a exécuté une personne. Il était probablement dans un cimetière, un soir ou une nuit. C’était certainement à la mi-octobre de l’année dernière, et la victime était chiite, à coup sûr. Elle avait avoué avoir tué les femmes, « les femmes honnêtes, dont les maris et les fils avaient protesté contre le régime du président Bachar al-Assad ». Les rebelles avaient décidé que l’homme, un soldat dans l’armée syrienne, méritait de mourir.

Hussein ne se soucie pas de savoir si l’homme avait fait ses « confessions » sous la torture ou de peur de mourir. Il a commencé à balbutier des prières. Hussein a sorti son couteau et a tranché le cou de l’homme agenouillé. Ses camarades de la « brigade de l’enterrement” inhument rapidement le cadavre ensanglanté dans le sable, à l’ouest du cimetière de la région de Baba Amr, le bastion rebelle de Homs. A l’époque, le quartier était encore aux mains des insurgés.

Cette première exécution était un rite d’initiation pour Hussein. Il est maintenant devenu membre de la « brigade d’enterrement » de Homs. Hussein est actuellement soigné dans un hôpital de Tripoli. Il a été blessé par un éclat d’obus qui s’est logé dans son dos lors de l’occupation de Baba Amr par l’armée régulière, début mars.

« Depuis l’été dernier, nous avons exécuté près de 150 hommes, soit environ 20 pour cent de nos prisonniers », dit-il. Les prisonniers qui ne sont pas reconnus coupables ou qui ne sont pas condamnés à mort sont échangés contre des rebelles ou des manifestants détenus », dit-il. Les bourreaux de Homs ont également exécutés des traîtres dans leurs propres rangs. « Si nous attrapons un espion sunnite, ou si un citoyen trahit la révolution, nous le faisons rapidement », dit l’exécuteur. La brigade de Hussein a mis entre 200 et 250 « traîtres » à mort depuis le début de l’insurrection. »

Source: Tendance de l’Orient, Lundi 9 avril 2012, n°78

Bulletin hebdomadaire d’information et d’analyse, spécialisé dans les affaires de l’Orient arabe.
Préparé et diffusé par Le Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales neworientnews.com
Rédacteur en chef: Pierre Khalaf