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Les droits de l’homme sans les fondamentaux


Par Ahmed Halfaoui

Le monde a fêté la Journée internationale des droits de l’homme. C’est une bonne chose en soi, même si on ne sait plus ce qu’il faut mettre dans ces droits et comment vraiment les défendre. Un exemple vient nous rappeler cette difficulté, celui de cette usine sidérurgique d’ArcelorMittal en France. Le patron veut licencier des centaines de travailleurs, employés dans une partie du complexe dont la rentabilité a baissé. L’idée de nationaliser a fusé dans les débats, mais le cabinet du Premier ministre invoque l’article 17 de la Déclaration française des droits de l’homme de 1789 qui sauve le multimilliardaire indien (Marianne). Cet article stipule que «la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité». La «nécessité publique» n’étant pas constatée, la menace de chômage des ouvriers n’en étant pas une. Ce sera donc le droit de propriété qui aura prévalu, puisqu’il est consigné dans la liste des droits de l’homme et non le travail qui n’y figure pas en tant que tel. En remontant aux origines de la législation française, on trouve que cela a failli se faire. Lors de l’élaboration de la Constitution de 1848, un projet d’article disait, entre autres : «… La société doit, par tous les moyens productifs et généraux dont elle dispose et qui seront organisés ultérieurement, fournir du travail aux hommes valides qui ne peuvent s’en procurer autrement». Les adversaires ont invoqué le danger sur le secteur marchand qui risquait d’être mis à mal par la concurrence de l’Etat. On retrouve, du coup, le pourquoi de l’attitude du FMI, de la Banque mondiale, de l’Organisation mondiale du commerce et de la «communauté internationale», qui n’aiment pas l’intervention publique dans l’économie. On comprend encore pourquoi une certaine militance des droits de l’homme a commencé à se développer et pourquoi militer, dans le domaine, est devenu un travail rémunéré en euros et en dollars par de véritables multinationales (Freedom House, NED…). On comprend surtout le fait que l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir soit considérée comme l’accomplissement de la lutte pour les droits de l’homme ou que le Makhzen soit érigé en «modèle pour la région en matière de démocratie». Et il n’y a pas que le travail qui est concerné, d’autres éléments constitutifs de la vie humaine ne sont pas admis comme droits, partout où le secteur marchand est présent. Il en va de la santé  comme du logement, qui s’ils étaient érigés en droits, qui obligeraient l’Etat à investir de façon à les satisfaire, afin de répondre à une obligation légale. La santé qui prime tous les droits, qui prime tout, et le logement qui est la base de vie. Ils deviendraient ce qu’on appelle des «droits opposables». C’est-à-dire qu’ils cesseront d’être des marchandises entre les mains de vendeurs. Ce qui fait qu’il faudra autre chose que des «printemps» labellisés pour qu’ils soient reconnus, des «printemps» qui auront à la place du soutien de l’OTAN son hostilité et plus, si elle peut.  

Par Ahmed Halfaoui

lesdebats.com