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Les Forces Démocratiques Syriennes regagnent les bonnes grâces des Américains


Publié par Gilles Munier
27 Septembre 2016, 15:49pm

Les Forces Démocratiques Syriennes regagnent les bonnes grâces des Américains
Par Lina Kennouche (revue de presse : L’Orient-Le Jour- 27 /9/2016)*

Le deal passé avec Moscou et la stratégie antikurde d’Ankara bouleversaient les équilibres militaires ; une nouvelle configuration du conflit qui posait un problème pour Washington.
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Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a qualifié dimanche « d’inacceptable » le projet des États-Unis de livrer des armes aux Kurdes syriens qui combattent le groupe État islamique (EI). Jeudi, le chef d’état-major de l’armée américaine, le général Joseph Dunford, avait en effet annoncé, dans le cadre des préparatifs pour l’offensive de Raqqa, une livraison d’armements aux 14 mille combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS). Cette coalition arabo-kurde, dominée par le YPG, milice du PYD, branche syrienne du PKK, est formée et équipée par Washington. Ce général a notamment indiqué que les États-Unis envisagent désormais de fournir des armes à la composante kurde, les YPG, afin d’augmenter « les chances de succès à Raqqa », une déclaration hasardeuse à plusieurs égards.
Dans une sorte de réplique de la bataille de Manbij, les Américains veulent faire des Kurdes leur principal bras armé à Raqqa. Or la configuration est largement modifiée : inciter les Kurdes à se battre aux côtés des combattants arabes, dans une zone farouchement hostile aux Kurdes, ferait apparaître les FDS comme des forces d’invasion. À l’inverse, miser sur les combattants arabes est également problématique, car il est difficile de mobiliser ces forces dans le contexte actuel. Selon des sources proches des forces kurdes, 300 combattants du groupe al-Sanadid, allié au FDS, opérant sous les ordres de Hmeidi el-Jarba, coprésident du conseil militaire de Jezziré et de Hassaké, auraient été arrêtés. La raison de leur arrestation serait leur refus de se battre contre l’armée syrienne dans les combats qui ont opposé les Kurdes aux forces progouvernementales. L’impression qui domine est que les FDS ne disposent pas encore des ressources suffisantes pour reconquérir Raqqa.

Par ailleurs, ces forces doivent faire face aujourd’hui à la concurrence sur le terrain avec la création de trois nouveaux groupes, Liwaa thouar al-Haraka, Liwaa el-Qadissiya et Liwaa thouar al-Jazira qui recrutent des combattants arabes issus de l’ASL et opèrent sous commandement turc. Ces groupes seront chargés de mener l’offensive d’al-bab, étape intermédiaire avant celle de Raqqa. Les divergences entre Turcs et Américains apparaissent de nouveau clairement. Que s’est t-il donc passé depuis la visite de Joe Biden en Turquie le 24 août dernier pour renouer avec Ankara et offrir des gages à leur allié stratégique au détriment des Kurdes ? Comment expliquer ce revirement américain vis-à-vis des Turcs et la consécration à nouveau de l’acteur kurde principal allié sur le terrain ? Trois explications majeures semblent ici s’imposer pour comprendre une situation d’une extrême complexité.

Lutte sourde
Premièrement, si l’opération « Bouclier de l’Euphrate » qui avait pour objectif déclaré la sécurisation de la zone frontalière entre Aazaz et Jarablous (mais visait à affaiblir durablement les Kurdes qui avaient établi une tête de pont à l’ouest de l’Euphrate) n’avait pas immédiatement soulevé de grandes objections côté américain, elle a surtout été bien accueillie côté russe et iranien. Selon des sources proches du régime syrien, cette offensive serait intervenue dans le cadre d’un accord tacite avec Moscou et Téhéran. Le compromis trouvé avec les Russes était d’opérer dans les limites d’une zone de 90 km de largeur et de 12 km de profondeur pour empêcher la constitution d’un corridor kurde entre l’est et l’Ouest de l’Euphrate. Or ce deal passé avec les Russes et la stratégie antikurde d’Ankara dans le Nord bouleversaient les équilibres militaires. Cette nouvelle configuration du conflit posait un problème pour Washington.

Deuxièmement, ces changements inattendus et contradictoires sur le terrain syrien et la difficulté à lire la stratégie américaine pourraient s’expliquer par l’absence de consensus stratégique aujourd’hui sur ce dossier. L’opération de Deir ez-Zor a été, selon un grand nombre d’acteurs, voulue par le Pentagone, la ligne la plus dure de l’establishment américain, afin de remettre en cause l’accord conclu avec la Russie. Cette lutte sourde au sein de l’administration pour la réorientation de la politique étrangère américaine a été longuement traitée dans un article de l’intellectuel libanais Ziyad Hafez : « L’État profond aux États-Unis est le parti de la guerre ». Ziyad Hafez voit dans les contradictions entre Pentagone et l’administration Obama l’illustration d’un véritable « coup d’État » qui marque le retour à la direction des affaires « du parti de la guerre », la Syrie apparaissant comme le champ de compétition et de guerre d’usure avec la Russie.
Enfin, la priorité stratégique des Américains est aujourd’hui la bataille de Mossoul en Irak. Or l’hypothèse la plus vraisemblable est que les Américains ne veulent pas d’une opération à Raqqa et Deir ez-Zor avant la bataille de Mossoul, afin de laisser à l’EI une zone de repli et de se prémunir contre le risque d’une guerre totale, extrêmement coûteuse. Dans cette approche, Washington n’a aucun intérêt à laisser Russes et Iraniens préparer l’offensive sur Deir ez-Zor et les Turcs planifier l’opération d’al-Bab pour éradiquer l’EI, occuper le terrain et reconstituer une profondeur stratégique.
Source : L’Orient-Le Jour

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