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Les Frères et après…


On pourrait croire à une coïncidence que le sigle PJD se soit multiplié ces derniers temps. On a vu des Partis pour la justice et le développement naître dans la plupart des pays arabes ou dits arabes, où le multipartisme est autorisé. Au départ, il y eut un débat sur les «islamistes modérés», ensuite l’AKP est apparu comme le modèle et le moule dans lequel devaient se fondre les mouvements proposant la religion comme «solution». En turc, l’AKP voulant justement dire Parti pour la justice et le développement, il suffisait, pour montrer patte blanche, d’emprunter le sigle et le nom. Tant pis si la formation sociale turque a d’autres arguments à faire valoir que les Arabes et assimilés en matière d’épaisseur historique sur le plan des décantations politiques et celui de la conscience citoyenne. Obéissant, en apparence, à la mode, même la confrérie des Frères musulmans égyptiens a mis sur son fronton les trois lettres magiques : PJD. L’essentiel étant d’adopter ce qui est un signe de ralliement, qui semble bien en voie de représenter le label d’une internationale en construction, si l’on considère l’alignement sans faille sur la stratégie des Etats-Unis pour la région. Si on prend, aussi, en compte la révision radicale des positions sur la question palestinienne, avec l’inauguration de la normalisation avec l’Etat d’Israël «malgré tout ce qu’il a fait». La priorité revenant à la destruction des derniers Etats qui n’obéissent pas, comme il faut, aux canons du nouvel ordre mondial ou qui menacent de laisser place à une radicalisation qui lui est hostile. L’Islam politique abat ses dernières cartes et déroule les attendus de sa longue marche. Il n’aura pas servi contre le communisme pour s’arrêter en si bon chemin. Il lui faut terminer le travail et faire en sorte que pour longtemps ou plus jamais ne renaît la moindre velléité de développement économique ou social, surtout. Il s’agit de maintenir les intelligences, qui ont survécu, dans la défensive et de concentrer le débat sur le mode de vie ou sur les petits faits de la vie quotidienne. La méthode s’attelle, de même, à maintenir le mécontentement dans les limites du fatalisme, loin de sa transmutation objective en mouvement politique centré sur le système économique qui l’alimente. L’entreprise semble payer, pour le moment, puisqu’il est voulu qu’il ne soit plus question que de statut de la femme, de liberté d’expression, de liberté religieuse… sous prétexte, comme le dit Moncef Marzouki, qu’on ne peut pas «demander à un pays qui sort de cinquante ans d’autoritarisme de tout accepter du jour au lendemain».

Mais ces calculs peuvent s’avérer contre productifs à plusieurs égards. Sauf à organiser un chaos permanent, tel qu’en Irak ou en Libye, la réalité est plus forte que toutes les idéologies, surtout celles qui planent au-dessus de la violence exercée par la misère et l’exclusion.

C’est ce que l’on peut observer en Tunisie, où l’agitation des «moralistes» n’empêche pas que les islamistes au pouvoir d’être la cible d’une fronde qui est en voie d’en terminer avec cette épouvantable prétention qu’un parti religieux se situerait sur une sphère immanente et apporterait la «solution». Ce qui laisse à penser que la régression programmée est, a contrario, en train d’aider nos sociétés à régler leurs comptes avec toutes les équivoques existentielles.

Par Ahmed Halfaoui dans lesdebats.com