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Les Frères et Israël


Par Ahmed Halfaoui

 Les Frères ne devaient pas s’attendre à cela, du moins, aussi tôt. Leurs «amis» les mettent dans une sacrée gêne. Ces «amis» qui comptent, bien sûr, les gros. Les Etats-Unis, les Britanniques, les Français…

Les Frères doivent être dans leurs petits souliers.

Israël, c’est autre chose, bien autre chose pour les «amis», pour que les Frères espèrent obtenir quoi que ce soit contre lui pour Ghaza. Alors, ils accusent la Syrie de provocation, même si les Frères du Hamas sont, depuis des années, au front contre les sionistes.

Des Frères qui ont rejoint les «amis du peuple syrien» et que l’on ne peut pas accuser de rouler pour Bachar Al Assad. Pour autant que l’on puisse, sans cynisme, oublier l’oppression israélienne et la réalité de la lutte de libération des Palestiniens.

«Le clan Assad cherche maintenant à enflammer les Palestiniens contre Israël», se permet d’affirmer un journaliste de l’Express. D’autres analystes vont dans le même sens en suggérant que le Hezbollah, les Palestiniens et le régime de Bachar Al Assad se sont ligués pour embraser la région.

Le régime sioniste est donc absout. Plus encore, il serait tombé dans un piège fomenté par Barack Obama, qui cherche à le «bousculer» en activant les «terroristes» et aboutir à tempérer son arrogance au profit de la diplomatie et de la stratégie étatsuniennes. Le Hamas n’a-t-il pas eu l’honneur de la visite de l’émir du Qatar, visite accompagnée de largesses inespérées (400 millions de dollars) ? Son chef, Khaled Mechaal, jouit d’une maison à Doha depuis longtemps et a rompu avec Damas pour se ranger derrière les pétromonarques et l’OTAN contre la Syrie.

Et puis, il y a cette attitude «équilibrée» de François Hollande et de Catherine Ashton de l’Union européenne. Des indices qui plaideraient tous pour la thèse de la manipulation, dont les USA seraient les maîtres d’oeuvre. Et même si cela était, les Frères, au milieu, ne doivent pas trop comprendre ce qui leur arrive, surtout que pour leurs troupes, la réalité du carnage, mille fois répétée, est la seule chose qui compte.

 Au bout de l’implacable crudité des faits, se pose la question de la présence des Frères parmi les pires ennemis des Palestiniens et sur le soutien que ces ennemis leur prodiguent depuis le début des «révolutions».

 Peut-être la réponse se trouve-t-elle déjà dans le texte intitulé «Arab Spring and the Israeli enemy» de Abdulateef Al-Mulhim, un retraité de la Marine royale saoudienne, où il définit «le véritable ennemi du monde arabe… (qui) a gaspillé des centaines de milliards de dollars et a perdu des dizaines de milliers de vies innocentes en combattant Israël». Après force arguments sur les dictateurs, la corruption et les atteintes aux libertés, il nous livre sa conclusion : «le printemps arabe a montré au monde que les arabo-palestiniens sont plus heureux et en meilleure situation que leurs frères arabes qui se sont battus pour les libérer des Israéliens».

 On ne sait pas s’il a interrogé les Palestiniens sur le sujet.

Les Frères semblent bien partager son point de vue, eux, qui ont choisi leur camp et qui finiront bien par en venir au fait. Sinon on les aurait vus commencer par ouvrir le terminal de Rafah, c’est-à-dire cesser de participer au blocus de Ghaza.

lesdebats.com