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Liban – Le rôle de Ben Salmane dans le retrait de Hariri : de la liquidation financière à la politique


Publié par Gilles Munier sur 1 Février 2022, 09:35am

Catégories : #Liban, #MBS

Par AlAhed (revue de presse – 28/1/22)*

L’ex-Premier ministre, Saad Hariri, a-t-il surpris quelqu’un en annonçant la suspension de sa participation à l’action politique ? Et quel est le motif derrière sa décision ?

S’il n’y avait pas de prochaines élections législatives en mai, il n’y aurait peut-être eu aucune raison pour que Hariri revienne à Beyrouth et déclare sa position.

On constate une claire confusion dans les comportements des chefs et députés du courant du Futur à l’égard de l’échéance électorale qui exige des préparatifs logistiques et populaires, ainsi que de rapides alliances.

Cependant, Hariri a retardé ses réponses aux pressions du courant visant à accélérer les démarches relatives aux élections.

Il avait informé des responsables essentiels du Futur, qu’il n’accordait aucun intérêt aux évènements en cours et qu’il envisageait la fermeture des bureaux du courant.

En effet, Hariri est plongé dans le désespoir en raison des énormes pressions saoudiennes à son égard, bien qu’il ait tenu dernièrement à déclarer sa solidarité avec l’Arabie saoudite en toute occasion et lors de toute action militaire yéménite contre le royaume ou à la suite de toute déclaration contenant des critiques au royaume. Tous ces efforts pour rétablir cette relation ont été vains.

Les répercussions du conflit interne saoudien :

Deux raisons sont derrière l’exclusion de Hariri du cercle du soutien royal en Arabie saoudite :

La première, est de nature interne, ce qui constitue la base. La seconde est de nature libanaise, relative à la position de Hariri à l’égard du Hezbollah. De fait, le prince héritier de l’Arabie lui avait demandé d’affronter le parti. Une demande considérée par l’ex-Premier ministre, comme déclencheur de la guerre civile.

Quant à la première raison, il convient d’analyser les moteurs de la relation entre le commandement saoudien actuel et Saad Hariri. Il va de soi que la famille Hariri, depuis le défunt Rafic Hariri, a acquis son rôle politique sur la base du soutien saoudien, à la lumière de la relation étroite avec le roi Fahed Ben Abdel Aziz. Une relation qui a généré un partenariat dans le monde des affaires. Ainsi, la société Saudi-Oger enregistra une énorme prospérité, la plaçant au-devant des grandes compagnies dans le Monde arabe.

Cette relation a continué à la suite de l’assassinat de Rafic Hariri en 2005. Saad Hariri a assumé les responsabilités politiques et financières, à la place de son père.

Les faits ont commencé à changer avec la prise en charge de la deuxième génération de la famille dirigeante saoudienne.

La relation de Saad Hariri avec le ministre de l’Intérieur, Mohammad Ben Nayef (plus tard prince héritier) s’est détériorée à la suite de la fuite d’un discours de Hariri, portant atteinte à Ben Nayef. Plus tard, Mohammad Ben Salmane, considéra Hariri comme un allié à un système d’émirs, qui bloquaient son arrivée au pouvoir.

A rappeler, que tous ceux qui vivaient en lien avec le règne du roi Abdallah sont devenus une cible pour le nouveau prince héritier en raison de la direction d’Abdallah, à la fin de sa vie, de diriger la boussole de sa succession vers son fils, Le prince Metheb, commandant de la Garde nationale, en nommant son demi-frère, le prince Mokren bin Abdulaziz, comme prince héritier, à la deuxième place après le prince Salmane, le prince héritier à l’époque.

Ce dernier avait compris le fond de cette démarche.

Les développements se sont accélérés de façon spectaculaire au cours des derniers mois de la vie d’Abdullah, alors que la course au pouvoir devint claire par les nominations et les décrets royaux.

Dès que Salman est arrivé au pouvoir après la mort d’Abdullah, il a révoqué tout ce que son prédécesseur avait conclu. Il a renvoyé Mokren immédiatement et nommé son neveu Mohammad Ben Nayef à sa place comme prince héritier (comme une manœuvre au sein de la famille régnante) et plaça son fils préféré, Mohammad ben Salman sur le chemin de la succession en le nommant comme prince héritier, sans nommer un second prince héritier jusqu’au moment, illustrant les conflits au sein de la famille régnante.

Mais le conflit ne s’est pas arrêté là. Dès que Ben Salman, plein de doutes, a été nommé comme prince héritier, il a commencé une campagne pour dépouiller ses adversaires de leurs sources de pouvoir, et les a forcés à abandonner une partie essentielle de leur richesse et de leurs entreprises. Hariri en a payé le prix dans «Saudi Oger», tout comme plusieurs autres figures saoudiennes.

Il est important ici de souligner la manière adoptée par Ben Salmane pour soumettre Saudi-Oger et la société Ben Laden. Il arrêta le paiement de leurs cotisations et fonds, sous le prétexte de l’existence d’une mauvaise gestion et de la corruption, accusant la Ben Laden Company de négligence dans l’accident de la chute d’une grue dans la Grande Mosquée de La Mecque le 11 septembre 2015 (Etait-ce juste un accident ?), qui a tué plus d’une centaine de personnes et en a blessé environ 250 autres. Plus tard, le roi Salman a pris des mesures strictes contre la société Ben Laden, ce qui a conduit à son démantèlement.

Toutes ces mesures ont été prises simultanément et furent suivies d’une répression contre un grand groupe de princes détenus à l’hôtel Ritz de Riyad. Ben Salman a accusé Hariri de déloyauté, l’accusant d’être au courant d’un prétendu soulèvement de certains princes contre lui, sans lui rapporter les faits.

Ainsi, la liquidation financière de Hariri était un prélude à sa liquidation politique au Liban. Il fut attiré à Riyad en novembre 2017 après s’en être éloigné pendant une période de peur d’être détenu avec les princes. Mais ce qu’il craignait est arrivé. On le força à lire une déclaration de démission de la présidence du gouvernement libanais.

Bien que la question ait été apparemment réglée après que le président français Emmanuel Macron est intervenu en faveur de la libération de Hariri, qui détient la nationalité française, de son retour au Liban puis du retrait de sa démission, Ben Salman n’a pas changé sa façon de traiter Hariri et l’a convoqué à nouveau à Riyad en octobre 2018 au besoin de propagande, au plus fort de la crise de Ben Salmane dans l’affaire de l’assassinat de Jamal Khashoggi.

L’une des choses remarquables est que la famille Saad Hariri est toujours à Riyad, et malgré la médiation de Mohammed ben Zayed, le prince héritier d’Abu Dhabi, il n’a pas pu les évacuer vers Abu Dhabi pour une raison incompréhensible, autre que d’être otage politique à sa place.

L’escalade du conflit au Liban :

La deuxième raison qui a maintenu la distance entre les deux parties était l’insistance de Ben Salman à mettre Hariri face au Hezbollah. Le chef des « Forces libanaises, Samir Geagea, a joué un rôle dans la dislocation de la position de Hariri auprès du prince héritier saoudien. Il a pris sa place en tant que modèle préféré pour agir contre le Hezbollah; l’ambassadeur saoudien demeurait secrètement et publiquement à Meerab, fermant sa porte devant Hariri.

Ce comportement saoudien a suscité l’étonnement de nombreux dirigeants libanais sunnites, qui considèrent l’Arabie saoudite comme la référence politique et religieuse, dont le devoir est de soutenir les dirigeants sunnites au Liban, et non le chef des Forces libanaises, ayant pour objectif de semer la discorde entre Sunnites et Chiites, aux dépends des autres, notamment entre Hariri et le Hezbollah.

Il n’est pas surprenant que les partisans de Hariri aient visé directement Mohammed Ben Salmane tout en manifestant pour dénoncer sa réticence temporaire à travailler en politique, comme ils ont pointé du doigt Samir Geagea, qui rêve de récolter des votes sunnites et peut-être un certain nombre de leurs sièges parlementaires lors des prochaines élections, en désignant ceux qui soutiennent sa ligne politique.

Peut-être Hariri voulait-il que son déménagement cause un double choc : à la rue qui lui était fidèle, qui le dénonçait depuis un certain temps à cause des critiques sur sa performance politique, puis sympathise maintenant avec lui en tant que « victime d’un complot » interne et externe, et à l’autorité saoudienne pour reconsidérer ses relations avec lui et renoncer à la décision de le détruire financièrement et politiquement.

Pour cette fin, Hariri utiliserait le levier populaire pour créer une forte vague de protestation dans le but de contrecarrer toute tentative de création d’alternatives à son leadership et de rendre difficile la bataille électorale qui doit être menée sans lui contre le Hezbollah sous parrainage saoudien et américain (Hariri a annoncé une «suspension» et non une «fin» de son rôle politique, et ce en suspendant la participation des dirigeants du Futur, afin qu’aucun des aspirants ne prenne sa place en son absence).

Les capitales concernées par la décision vont-elles revenir sur cette décision, qui aurait plusieurs répercussions dans l’arène politique libanaise, notamment dans le camps anti-Hezbollah ? Cela aurait-il un impact sur le déroulement des élections, et peut-être sur la décision de les tenir?

*Source : AlAhed

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