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Liban-Nord…et le feu vert à la Syrie !?


Par Sami Keib

Chaque combattant qui tombe dans la région du Nord Liban est pure perte, car le jeu des Nations est plus fort que tous ceux qui se battent sur ??ce terrain et dépasse largement les instigateurs qui les poussent au combat.

L’équation a changé depuis que Washington a publiquement déclaré qu’al Qaïda avait pénétré l’opposition syrienne, et désormais le premier souci des États-Unis est que s’achève son extermination aussi bien en Syrie qu’au Nord Liban. Au cas où certains auraient négligé cette nouvelle équation, ils feraient bien de revenir sur les paroles du vice-ministre russe des Affaires étrangères, Gennady Gatilov, rappelant qu’Al-Qaïda et des groupes terroristes sont derrière les attentats à la bombe en Syrie. Chemin faisant, ils pourraient aussi tenir compte des paroles d’un haut responsable du district nord de l’entité sioniste rapportées par l’AFP [1] sans mentionner son nom : « l’entité sioniste craint l’implantation d’al-Qaïda sur le Golan syrien ». Ceci en public, mais en secret, les responsables de la sécurité à Damas et à Beyrouth ont pu constater, au décours des deux derniers mois, l’affluence de leurs homologues étatsuniens et européens venus cerner de près le rôle tenu par al-Qaïda en Syrie et au Liban, tandis qu’Étatsuniens et Britanniques lutteraient contre cette même organisation au Yémen !

Un affrontement entre Liban Nord et Liban Sud ayant été décidé, la zizanie sectaire, locale et régionale a été grandement alimentée et concentrée sur l’objectif ultime de l’Occident : encercler l’Iran en torpillant ses deux alliés en Syrie et au Sud Liban. Mais, la magie s’est retournée contre le magicien ! [N’en a-t-il pas été de même de la relation entre les «talibans» de Ben Laden et les USA ?].

Ceci dit, l’équation internationale n’a pas définitivement changé. Il serait plus exact de dire que le changement est à peine commencé. Le président Vladimir Poutine s’est révélé être plus difficile que prévu et a adopté un langage crucial dès son élection à la présidence. Depuis le cœur du Kremlin et tel un Tsar, il a affirmé qu’il était contre l’intervention internationale dans les affaires des nations. Il a insisté sur le rejet absolu des boucliers antimissiles, rejet qu’un certain nombre de responsables militaires russes avaient déjà exprimé. Par sa décision de ne pas se rendre au sommet du G8 à Camp David, et au Sommet de l’OTAN, il a traité les USA et l’Occident avec une certaine condescendance, et a décidé des termes d’un contrat international russe à grande échelle, tandis que le Président Obama qui cherche un second mandat se trouve dans l’incapacité de le conclure.

Vladimir Poutine s’arme de son indépendance alors qu’Obama est à la merci de lobbies multiples, que Nicolas Sarkozy est tombé, qu’Angela Merkel vient de subir un revers électoral face à ses adversaires socialistes, et que les pays européens font face à une grave crise financière. Vladimir Poutine s’arme aussi de ses alliances internationales avec les pays du BRICS [Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud], et de ses alliances régionales avec deux autres pays qui ont prouvé qu’ils étaient encore plus forts que certains ne le pensaient. Le premier étant l’Iran où les récentes élections ont souligné la force des conservateurs. Le second étant la Syrie qui a su maintenir la cohésion de son armée et de son gouvernement pendant que l’opposition se désorganise, sans parler des résultats des dernières élections parlementaires.

L’Occident ne peut que chercher à s’entendre avec la Russie. Le Président russe a dicté ses conditions. L’équilibre des forces semble pencher en sa faveur. Il a été le premier à affirmer la présence de gangs armés et de terroristes en Syrie. Voici qu’al Qaïda signe sa présence en Syrie et au Nord Liban. Et, voici que « le Hezbollah » recalcule, avec un maximum de précision, l’équation d’équilibre de la terreur dans la région, tel qu’il en ressort du dernier discours de Sayed Hassan Nasrallah. Et enfin, voici l’Occident effectivement inquiet de la prolifération des « Frères Musulmans » dans cette même région, surtout depuis qu’il a compris que derrière eux se tiennent les Salafistes dont certains commencent à déclarer ouvertement que l’entité sioniste est l’ « ennemi », et qu’il faudrait reconsidérer le traité de Camp David conclu entre l’Egypte et l’entité sioniste.

Nombreux sont ceux qui espèrent que les négociations [à Bagdad] de l’Iran avec le « groupe 5+1 » aboutiront à un début de solutions. Certains expliquent que le projet d’union des États du Golfe [en particulier celui entre Arabie saoudite et Bahreïn], ainsi que le discours contre l’Iran délivré il ya deux jours par le sommet consultatif du CCG qui s’est tenu en Arabie saoudite, indiquent clairement le mécontentement de ces États, suite aux opérations de « séduction » et de la « hotline » qui semblent fonctionner entre Washington et Téhéran. Comment pourraient-ils ne pas être mécontents alors qu’ils essuient, pour la première fois, un choc venu de l’allié américain qui refuse d’accéder à leur demande d’armer l’opposition syrienne?

Les négociations sur le dossier nucléaire iranien pourraient arriver à une solution comme elles pourraient ne pas aboutir. Il n’empêche que le plus important est de constater un certain recul dans les prises de position de l’axe Occident-Europe, d’autant plus que la déstabilisation qu’il a créé en Irak et en Afghanistan se retourne contre lui et influence ses électeurs en plein milieu d’une grave crise économique.

En ce moment précis, Tripoli explose. Une sorte de coordination entre les services officiels libanais, syriens et occidentaux soulignent la nécessité de stopper l’expansion d’al QaÏda et des mouvements salafistes dans la région … Elle a été précédée par des rencontres entre des responsables de la sécurité au Liban et en Syrie et certains pays du Golfe [y compris l’Arabie saoudite… le Prince Muqrin bin Abdul Aziz le sait mieux que quiconque !].

Tout cela indique un début de feu vert, parce que l’on sait bien qui possède l’expérience suffisante pour maîtriser une telle expansion et ce, quelles que soient les déclarations internationales prononcées à son encontre. Mais si jamais le but est de piéger la Syrie et «Hezbollah», il faudrait craindre le pire !

Sami Keib

16/05/2012

Article original : As-safir

http://www.assafir.com/Article.aspx?EditionId=2151&ChannelId=51433&ArticleId=1505&Author=???? ????

Traduction par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

Sami Kleib, journaliste libanais de nationalité française, est diplômé en Communication, Philosophie du Langage et du Discours Politique. Il a été Directeur du Bureau du journal As-Safir libanais, à Paris, et Rédacteur en chef du Journal de RMC-Moyen Orient. Responsable de l’émission « Visite spéciale » sur Al-Jazeera, il a démissionné en protestation contre la nouvelle orientation politique de cette chaîne.

[1] Israel fears Assad fall may bring Al-Qaeda to Golan

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