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L’Occident a sciemment provoqué la crise des réfugiés syriens



Par Samer R. Zougheib

Comme toutes les questions relatives à la crise syrienne, la classe politique libanaise se livre à une surenchère autour du drame des réfugiés. Dans un pays comme le Liban, construit autour de délicats équilibres sociopolitiques et communautaires, la dramatisation et la surexploitation médiatique risquent d’accentuer la polarisation à tous les échelons de la société. Ce qui est censé être une tragédie humaine devient, alors, une source de tensions et de divisions internes. Ainsi, le Courant du futur, dirigé par l’ancien Premier ministre Saad Hariri, a placé l’affaire des réfugiés au cœur de son discours politique dans le but de dénigrer le gouvernement de sa bête noire, Najib Mikati. Les plus extrémistes au sein de ce mouvement caressent des idées aussi farfelues que la modification des équilibres communautaires dans le pays, en y implantant plusieurs centaines de milliers de sunnites supplémentaires. Un raisonnement simpliste qui part d’un faux postulat selon lequel tous les membres d’une communauté ont des convictions politiques similaires parce qu’ils ont la même appartenance confessionnelle.

D’un autre côté, le Courant patriotique libre (CPL) du général Michel Aoun craint l’accentuation du déséquilibre confessionnel au Liban au cas où l’installation des réfugiés était appelée à se prolonger, comme celle des Palestiniens qui attendent de retourner dans leur terre plus de six décennies après en avoir été chassés par les organisations terroristes sionistes. Par conséquent, le CPL réclame la fermeture des frontières, arguant du fait que le Liban, pays exigu, qui accueille déjà un demi million de réfugiés, n’est plus capable d’en absorber davantage.

Une approche strictement humanitaire

Ce type de discours et les appréhensions qu’il peut nourrir sont malsains. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, l’a bien compris en appelant à « ne pas politiser la question des réfugiés syriens, dont l’approche doit être strictement humanitaire ». Pour couper court à toute exploitation politique de ce dossier, il a souligné que partisans et opposants au régime du président Bachar al-Assad doivent être traités sur un pied d’égalité au niveau de la distribution de l’aide. De plus, pour démentir les craintes communautaires mises en avant par certains, il a invité les Libanais à « accueillir chez eux des familles de réfugiés syriens en dépit de la crise économique » qui sévit au Liban. Mais le plus important dans la partie du discours du 3 janvier de sayed Nasrallah relative aux réfugiés est cette phrase: « Ceux qui sont responsables de l’afflux de réfugiés sont ceux qui alimentent la crise, que ce soit en Syrie, sur la scène régionale ou sur la scène internationale ».

Effectivement, la crise des réfugiés syriens a sciemment été provoquée par les Occidentaux et les Arabes du Golfe pour les besoins d’une longue guerre qu’ils planifiaient contre la Syrie. On se souvient très bien comment les autorités turques ont commencé à installer, dès le printemps 2011, des centaines de tentes -qui sont restées vides pendant des mois- pour y accueillir de virtuels réfugiés. Il s’agissait d’une invitation on ne peut plus directe aux opposants syriens, ou tout simplement aux civils qui craignent pour leur vie, à quitter illico presto leurs villes et leurs villages.

On se souviendra aussi du conseil prodigué par le Département d’Etat américain aux réfugiés syriens à ne pas regagner leur pays après l’amnistie générale décrétée par le président Assad, également au printemps 2011, après l’abolition de l’état d’urgence. Dans le même temps, la nébuleuse humanitaro-médiatique au service de l’Occident s’est mobilisée pour mettre sous les projecteurs le dossier de réfugiés, alors que leur nombre n’était que de 6500 en Turquie et quelques centaines au Liban et en Jordanie. Angelina Jolie et autres « ambassadeurs de la paix » des Nations unies ont bien joué leur rôle dans ce domaine.

Il est évident que les Syriens ont été encouragés à quitter leurs maisons même lorsque les dangers ne le justifiaient pas, et pour l’extérieur de la Syrie, alors qu’ils auraient pu tout aussi bien se rendre dans une région plus sûre de leur vaste pays, à l’instar de centaines de milliers de leurs compatriotes déplacés.

Ceux qui connaissent bien les stratégies d’ingérence mises en place et testées par les Etats-Unis, notamment lors de la guerre d’Afghanistan au début des années 80, savent que les camps de réfugiés constituent une pièce-maitresse du dispositif. C’est dans ces camps de la misère que sont recrutés, formés et entrainés les rebelles. C’est le vivier dans lequel puisent ceux qui alimentent la guerre en Syrie.
Lorsque l’Occident commencera à se désintéresser du sort des réfugiés, cela signifie que la guerre en Syrie aura touché à sa fin.

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