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Maroc-Syrie : c’est l’hôpital qui se moque de la charité


Par : Philippe Tourel

 

Saâd Dine el-Othmani (en haut) et Bachar al-Jaafari.

 

Passe d’armes entre le délégué syrien à l’Onu et le ministre marocain des Affaires étrangères. Ce dernier venait de donner des leçons de démocratie et de droits de l’homme au régime syrien !

Pour plaire à ses « amis » français, Saâd Dine el-Othmani, ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, a cru opportun de sermonner le régime syrien sur le chapitre des droits de l’Homme, devant le Conseil de sécurité des Nations unies réuni sous la présidence de la France.
L’intervention du ministre marocain lors de cette séance était sur le fond très critique à l’égard du régime syrien. Dans ce discours, a déclaré : « Nous formons le vœu pour que cette réunion débouche sur une vision unifiée de la communauté internationale en vue de prêter assistance et soutien au peuple syrien et qu’elle marque le début de la cessation des violences qui ont fait des milliers de victimes innocentes et autant de réfugiés syriens. » Il a déploré que la crise syrienne se soit « transformée en un conflit armé avec usage d’armes lourdes et d’avions de combat ciblant des zones civiles, en plus d’enlèvements et d’exécutions extrajudiciaires avec tout ce que cela suppose comme violations flagrantes des droits de l’homme et du droit humanitaire international ».
Cette intervention s’inscrit dans une longue série de mesures marocaines hostiles contre la Syrie : sanctions, suspension des liaisons aériennes, rappel de l’ambassadeur marocain à Damas, et bientôt accueil sur son territoire d’une conférence des prétendus « amis du peuple syrien » courant octobre.
Le délégué syrien, Bachar al-Jaafari, connu pour ses réparties, a immédiatement réagi à ces propos surréalistes : « Je ne veux pas rouvrir les plaies de certains. J’appelle le ministre marocain à améliorer ses relations avec les pays voisins, à répondre favorablement aux demandes de réformes émises par le peuple marocain et en premier lieu l’abolition du protocole royal en déphasage total avec notre époque qui oblige chaque Marocain à se prosterner devant le roi et à embrasser ses mains. Est-ce que vous voulez qu’on ouvre le dossier du Sahara ? Là aussi, il y a un peuple au Sahara qui réclame ses droits. »
Voir : vidéo de la réplique (en arabe) du délégué de la Syrie, Bachar Al Jaâfari, critiquant, devant le Conseil de sécurité de l’Onu, le 30 août, le registre du Maroc en matière des droits de l’Homme :http://www.youtube.com/watch?v=KXtos6H9kRc&;feature=player_embedded
Plus surréaliste, peu avant cette réunion du Conseil de sécurité, une officine marocaine appelée « L’Association marocaine pour la protection de l’enfance et l’éveil de la conscience de la famille » avait déposé, sans doute sous instruction de Rabat, une plainte contre Bachar al-Assad, depuis Paris, « pour actes de torture et de barbarie sur des enfants syriens », à en croire l’avocat de cette organisation, Me Emmanuel Ludot.
Selon le quotidien Le Parisien, « cette plainte avec constitution de partie civile s’appuie sur la règle de la compétence universelle [une compétence qui n’a d’universelle que le nom !], qui autorise un État à poursuivre les auteurs de certains crimes (crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide) quel que soit le lieu où le crime a été commis et la nationalité des auteurs ou des victimes. » Une bonne idée dont devraient s’inspirer les familles des enfants sahraouis ou des opposants disparus lors des années de plomb, voire la famille du militant tiers-mondiste El Mehdi Ben Barka. Et pourquoi pas les milliers d’enfants marocains abusés sexuellement par les touristes venus de France et des pays du Golfe !