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Moscou répond à Washington


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Moscou répond à Washington
6 mai, 2014

Russie/Syrie/É-U | Géostratégie | Jacques Borde |

Un coup en Ukraine, un autre en Syrie ! Le Wargame se poursuit de plus belle entre les administrations Obama et Poutine.

Sans doute quelque peu pris de court par l’énergie déployée par Kiev pour reprendre la main à l’Est de l’Ukraine, le Kremlin semble se donner le temps d’étudier sa riposte sur le terrain aux réponses particulièrement musclées choisies par le pouvoir sis à Kiev. Il faudra bien réagir, tôt ou tard, mais à la vitesse (sic) où progressent les troupes ukrainiennes, Moscou peut se permettre de donner (un peu) de temps au temps.

Diplomatiquement, la situation semble bloquée.

En effet, côté russe, prenant la parole à Vienne, à l’issue d’une réunion du Conseil de l’Europe, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a clairement jugé « inutile » la tenue de nouveaux pourparlers à Genève, dans la mesure où, selon lui, l’accord conclu le 17 avril 2014 n’avait pas été appliqué sur le terrain.

« Se réunir dans le même format, sans la présence de l’opposition à l’actuel régime ukrainien à la table des négociations, n’ajouterait pas grand-chose », a dit Lavrov en réponse à la proposition formulée par le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier.

Côté ukrainien, le chef de la diplomatie par intérim, Andriy Dechtchitsia, s’est dit en revanche « favorable à de nouvelles négociations » à Genève, mais à condition que Moscou « soutienne le processus électoral » en Ukraine. Ce qui n’est pas demain la veille : Sergueï Lavrov jugeant même « singulier » de tenir le 25 mai une élection présidentielle alors même que, dit-il, les troupes ukrainiennes sont déployées contre des civils. « Il est possible de nous réunir, mais cela reviendrait à tourner en rond, à dire à nouveau qu’il faut mettre en œuvre ce dont nous sommes déjà convenus. Et ce serait aux Ukrainiens de le faire, tant le régime que ceux qui s’y opposent », a poursuivi le chef de la diplomatie russe, décidément en verve.

« Évitons de déchirer l’Ukraine entre l’est et l’ouest et réunissions nos efforts pour les aider à amorcer le dialogue qui conduise à la conciliation des démarches pratiques en vue d’accomplir tous les accords et déclarations antérieurement faits. Mais ces démarches ne peuvent être entreprises que par les Ukrainiens, si l’on n’empêche pas ces derniers à coopérer. Or, nos partenaires occidentaux ne sont pas encore prêts à accepter la participation du sud-est de l’Ukraine au dialogue », a déclaré Lavrov à l’issue d’une réunion du Comité des ministres du Conseil de l’Europe.

« Les contradictions mûrissaient en Ukraine, mais les contradictions en question ont été activement exploitées par nos partenaires occidentaux, aux États-Unis et en UE, pour promouvoir leur ordre du jour unilatéral, promouvoir leurs intérêts unilatéraux au détriment des intérêts du peuple ukrainien, ce qui est évident pour nous. Nous ne le cachons pas, nous parlons franchement y compris avec nos partenaires américains et européens. Toutefois, ils nous assurent que ce n’est pas le cas. Si ce n’est pas le cas, tout est possible », a poursuivi le ministre russe.

En attendant, pratiquant la politique du linkage, la Russie a choisi de répondre sur la Syrie. Comment ?

En choisissant de livrer à Damas un premier lot d’avions d’entraînement et de combat Yakovlev Yak-130 d’ici à la fin de 2014 et la totalité des 36 appareils prévus au contrat d’ici à 2016,

La nouvelle a été rendue publique, le 5 mai 2014, précise le quotidien économique Kommersant, se référant à une source proche de Rosoboronexport1.

Selon Kommersant, 9 appareils seront livrés à Damas d’ici à la fin de l’année ; 12 autre suivront en en 2015 et les 15 derniers Yak arriveront avant la fin 2016.

« De cette façon, nous respecterons nos engagements selon le contrat signé auparavant qui prévoyait la livraison de 36 Yak-130 », a indiqué une source proche de Rosoboronexport au journal.

En juin 2013, Damas avait versé à la Russie un acompte de 100M$US pour les six premiers appareils. À l’époque, une source a fait savoir à RIA Novosti que les avions étaient prêts et « n’attendaient qu’une décision politique » pour être livrés à l’Al-Q?w?t al-Jaww?yä al-Arabia al-S?r?ya (armée de l’air syrienne).

Clairement, cette décision se place dans le bras de fer qui oppose les États-Unis à la Russie qui a, à plusieurs reprise, déclaré qu’elle ne livrait en Syrie, sous embargo militaire, que des armements défensifs, sans violer les normes du droit international.

Par ailleurs, il est à noter que renforcer ainsi les capacités de frappe aéroportée de Damas se situe dans une réponse aux annonce répétées – dont aucune, c’est important de le souligner, n’a reçu de confirmation officielle – de fourniture à l’opposition armée syrienne d’engins sol/air type Manpads2. Les types d’engins concernés par les annonces des Occidentaux n’étant ni précisés ni quantifiés, il est difficile de savoir si la Contra syrienne alignera, un jour, des modèles anciens – type 9K32 Strela-2 (Code Otan SA-7 Grail) ou FIM-43 Redeye – ou plus récents – type 9K38 Igla (Code Otan SA-18 Grouse), FIM-92A Stinger (USA), Shorts Blowpipe (G-B) ou QW-1 Vanguard (Chine).

Les partisans des deux camps n’en finiront pas de discuter sur la nature défensive (ou non) du Yak-130.

Rappelons ici que le Yak-130 est plutôt musclé pour un engin strictement défensif. Équipé d’un radar Zhukovsky Osa (capable de suivre 8 cibles et d’en verrouiller et tirer 4 ) ou Kopyo, il dispose de 9 points d’emport, représentant une charge de 3.000 kg. Il emporte des leurres, un détecteur d’alerte radar et un brouilleur. Un pod de guidage Platan peut être monté, son armement comprend une nacelle canon bitube GsH-23 ou un canon GsH-301, des bombes de 50, 250 kg ou à sous-munitions ; des roquettes B-8M ou B-18. Et il est doté d’une capacité d’emport de missile digne d’un chasseur-bombardier classique:

Missiles air/air :

Matra R.550
Mk2 Magic 2
AIM-9 Sidewinder
R-73 AA-11 Archer

Missile air/sol :

Zvezda Kh-25ML
Izdelyie 713 AS-10 Karen
9A4172 AT-16 Scallion Vikhr
AGM-65 Maverick

Notes

1Agence russe d’exportation d’armements.

2Man-portable surface-to-air missile, Sol air courte portée ou Sol/air à très courte portée, en français, selon la génération.

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